Quand Valls donne raison à "Valeurs Actuelles".

Vendredi 25 octobre 2013 // La France

Manuel Valls et Cécile Duflot : la seconde accuse le premier de mettre "en danger le pacte républicain". « Nous ne sommes pas là pour accueillir ces populations. Seule une minorité de Roms cherche à s’intégrer et leur mode de vie extrêmement différent entre en confrontation avec celui des Français. » Le 24 septembre, Manuel Valls, qui, en 2010, accusait Nicolas Sarkozy de « jeter les Roms à la vindicte populaire », a viré sa cuti. Conscient que le sujet sera au coeur des élections de 2014, le ministre de l’Intérieur estime qu’il n’y a « pas d’autre solution que de reconduire les Roms à la frontière »...

Une occasion rêvée pour Cécile Duflot de ressouder son parti en lambeaux  : « On est au-delà de ce qui met en danger le pacte républicain », accuse la ministre du Logement, exigeant l’arbitrage immédiat de François Hollande. Il en fallait moins pour que la gauche se déchire...Après avoir taclé les « propos excessifs » de Manuel Valls, Arnaud Montebourg se ravise devant l’occasion en or qui lui est offerte de remettre Duflot à sa place. Les deux ministres sont en froid depuis leur différend sur le gaz de schiste. Montebourg souligne ainsi « l’exaspération croissante » des Français face aux Roms. Content d’avoir pu jouer les arbitres, le sémillant ministre du Redressement productif fanfaronnera même quelques heures plus tard en petit comité : « Tu as vu comme je les ai réconciliés ? Valls, Duflot, together ! »

George Pau-Langevin, ministre de la Réussite éducative, vient au secours de la ministre écolo : « Nul peuple n’est délinquant par nature. » La majorité entre alors dans la bagarre, sous l’oeil du ministre des Relations avec le Parlement Alain Vidalies, qui se rassure en affirmant que « chacun joue sa partition ». Jean-Marc Ayrault, lui, croit trouver une porte de sortie en préconisant de « se référer à la feuille de route fixée par le président », signée en août 2012 par plusieurs ministres, dont Valls et Duflot, qui fixait, dit-il, des critères de « fermeté » et d’humanité » dans l’accueil des Roms sur le territoire français. En visite le 26 septembre à Florange, François Hollande et son entourage sont très remontés contre Duflot. En privé, le président soutient même la ligne de son ministre de l’Intérieur, et son entourage accuse Duflot d’avoir « bousillé » ce déplacement en terrain difficile.

"L’overdose" confirmée par l’ancien premier ministre de Mitterrand, Édith Cresson.

L’affaire envenime le débat politique depuis la sortie, le 22 août, du numéro de Valeurs actuelles titré « Roms, l’overdose ». Alors que le sujet était encore tabou, notre dossier soulevait, sur la base d’un sondage Harris Interactive, les problèmes causés par les installations illicites de Roms. Déjà, face à la réalité nue, les ligues de vertu avaient hurlé au scandale : sans crainte du ridicule, David Assouline, porte-parole du PS, dénonçait une couverture « antirépublicaine » et des « valeurs nauséabondes ». Ne manquait qu’un autodafé ou qu’une exécution en effigie ! Le Petit Journal de Canal Plus s’en est chargé, avec une « contre-enquête » dont l’Observatoire des journalistes et de l’information médiatique (www.ojim.fr) a démontré la mauvaise foi.

Cette polémique a ouvert les yeux sur le problème des Roms, symptômes de la capitulation de l’État dans le contrôle des flux migratoires et des frontières. Le 17 septembre, "l’overdose" fut confirmée par l’ancien premier ministre socialiste Édith Cresson, agacée de voir des Roms s’installer dans le parc de son manoir. Le 19, Nathalie Kosciusko-Morizet enchaînait : « Les Roms harcèlent les Parisiens. » Martine Aubry, maire de Lille, soutenait le démantèlement d’un camp... Poussé par l’UMP à se prononcer sur l’entrée de la Roumanie dans l’espace Schengen le ler janvier 2014, l’Élysée vient d’admettre que « les conditions ne sont pas réunies »...

Valls reste malgré tout un "tigre de papier". Il sait que ses expulsions ne serviront à rien tant que les Roms auront intérêt à revenir. La véritable incitation au départ passe par la suppression du "diagnostic social", qui, avant le démantèlement d’un camp, impose de reloger les expulsés et de leur fournir des aides. Mais pour cela, le ministre de l’Intérieur doit avoir le courage de condamner... la circulaire Valls d’août 2012. 

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