Public-privé : pas si inégaux devant la retraite.

Par Rachida El Azzouzi

Vendredi 21 juin 2013 // La France

Ce devrait être l’une des « bombes » du rapport Moreau sur l’avenir des retraites qui doit être rendu ce vendredi : aligner le régime du public sur le privé, calculer les pensions des agents de la fonction publique sur les dix meilleures années de carrière et non plus sur les six derniers mois quand celles du privé sont calculées sur les vingt-cinq meilleures années. Les fuites parues dans la presse ces derniers jours ne laissent que peu de place au doute, tout comme les signaux lancés par le gouvernement.

Dans un entretien récent au Parisien Dimanche, Marisol Touraine, la ministre chargée de piloter cette réforme, prévient que « tout le monde devra faire un effort ». Tout en défendant les fonctionnaires pour ne pas braquer ceux qui constituent un des électorats clés du PS : « Ils ne sont pas des privilégiés. Ils cotisent le même nombre d’années que dans le privé. De même, la moyenne des retraites versées dans le public est équivalente à celle du privé. »

A Marseille, en 2010, manifestation des salariés du privé et du public contre la réforme Woerth
A Marseille, en 2010, manifestation des salariés du privé et du public contre la réforme Woerth

Sa collègue, chargée des personnes âgées, Michèle Delaunay, le suggère aussi fortement. « Il n’est pas exclu que la volonté d’équité et d’égalité de notre gouvernement rapproche les deux systèmes », a-t-elle déclaré en début de semaine. Bref, l’argument, qui consiste à chaque réforme des retraites à pointer du doigt les différences entre le régime du privé et celui du public, grande injustice pour une majorité de Français selon les sondages, est de retour. Et le débat s’annonce enflammé.

Les syndicats de la fonction publique planchent déjà sur une «  journée de mobilisation et d’action, au plus tard début octobre  ». Dans un communiqué, six organisations (CGT, FO, FSU, Solidaires, CFTC, CFE-CGC) ayant obtenu les deux tiers des voix aux élections professionnelles (hors CFDT et UNSA) exigent le statu quo du calcul des pensions des agents du public, rejetant tout nouvel allongement de la durée de cotisation ou report de l’âge légal de départ.

Pour la CGT, toucher aux règles de calcul de la retraite des fonctionnaires sera « un casus belli irrémédiable » ; pour Force ouvrière, « une ligne rouge ». Pierre Pihet, le “monsieur Retraites” de FO, un des principaux syndicats de la fonction publique, « regrette qu’on jette à nouveau en pâture les fonctionnaires dans la lignée de ce que pratiquaient les gouvernements de droite ». Pas la CFDT. Dans un entretien à L’Express, son chef de file Laurent Berger se dit favorable à « un rapprochement des différents régimes » de retraite, « à condition de prendre en compte la spécificité des carrières et des structures de rémunération », tout en prenant ses distances avec la future réforme, qu’il ne veut pas cautionner.

Les syndicats jouent gros sur cette question. Dans un peu plus d’un an, en décembre 2014, un scrutin important pour leur représentativité aura lieu. Pour la première fois, l’organisation des élections professionnelles se fera de concert dans la fonction publique territoriale, la fonction publique d’État et la fonction publique hospitalière. Et leurs troupes, plus enclines à descendre dans la rue que les salariés du privé, si elles ne se sentent pas assez défendues, pourraient les sanctionner en cas de soutien à une réforme qui viendrait encore mettre à mal leur sort.

La droite n’est pas mécontente de voir le gouvernement pris dans cette réforme qui s’annonce explosive. Depuis toujours, elle milite pour une convergence des deux régimes public et privé. Par ses précédentes réformes, la droite a déjà fait converger le public et le privé sur la durée de cotisation (41,5 années), sur l’âge légal d’ouverture des droits et l’âge de départ à taux plein (62 et 67 ans), sur le taux de cotisation (7,85 %) qui augmente chaque année de 0,27 point pour être progressivement aligné sur celui du privé d’ici 2015 (10,55 %). Elle a aussi mis fin au départ anticipé à la retraite accordé aux fonctionnaires parents de trois enfants, justifiant d’au moins quinze années de service ou encore à la possibilité de toucher le minimum garanti (1 087 euros) sans avoir toutes ses annuités.

« Nous avons entamé l’alignement des régimes du public et du privé, il faut le poursuivre. Aujourd’hui, les Français n’acceptent plus qu’il y ait des différences dans les modes de calcul », martèle Éric Woerth, l’ex-ministre du travail, artisan de la réforme tant décriée de 2010. Luc Chatel, le vice-président de l’UMP, ne dit pas autre chose : « Même si cela ne se fera pas du jour au lendemain, il faut un système de convergence. »

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