Protectionnisme : Un air du temps.

Mardi 3 avril 2012 // La France

Drapeau de FranceLongtemps resté dans les marges, le thème protectionniste est maintenant exploité par les deux principaux candidats. Jusqu’à un certain point...

Depuis le traité de Rome, le protectionnisme est rejeté par les grands partis politiques, qu’il s’agisse de la protection de l’économie nationale ou même de la protection de l’Union européenne depuis l’abandon du « tarif extérieur commun » et de la « préférence communautaire ». Seuls quelques économistes soutenaient depuis les années quatre-vingt-dix la nécessité d’une protection tarifaire : Maurice Allais, Jean-Luc Gréau, Jacques Sapir, Emmanuel Todd... Le Parti communiste avait tenté une campagne sur ce thème avant de l’abandonner et c’est Marine Le Pen qui l’a inscrit dans son programme. Puis Arnaud Montebourg s’est prononcé pour la démondialisation...

Le discours prononcé par Nicolas Sarkozy à Villepinte le 11 mars semble avoir changé la donne. L’idée d’une obligation d’acheter des produits européens sur le modèle du Buy Agierican Acta été d’autant plus favorablement accueillie par François Bayrou que cette intention est exprimée par la Commission européenne. Et François Hollande a soudain décidé de faire d’Arnaud Montebourg son représentanrspécial afin de donner des gages aux socialistes qui s’étaient opposés au projet de traité constitutionnel européen.

Seraient-ils donc tous devenus protectionnistes ? Assurément non. Nicolas Sarkozy annonce qu’il envisage de ne plus accepter les accords de Schengen mais il s’agit là de l’entrée et du séjour des étrangers n’appartenant pas à l’Union européenne : il n’est pas question d’élever des barrières douanières contre les produits en provenance de certains pays. François Hollande est convaincu des vertus du libre-échange et les plus proches de ses conseillers Pierre Moscovici, Michel Sapin avaient été partisans de la « concurrence libre et non faussée » inscrite dans le projet de traité de 2005. Le projet économique de François Bayrou est lui aussi dans le champ de la Commission européenne.

Pour les candidats de la droite, du centre et de la gauche, il n’est pas question de contester le traité de Lisbonne, voire de le dénoncer. On ne voit pas Nicolas Sarkozy, s’il est réélu, remettre en cause l’accord franco-allemand. François Hollande espère en fait une victoire du Parti social-démocrate aux prochaines élections allemandes et un arrangement avec un Chancelier de gauche sur une politique plus favorable à la croissance.

Et Jean-Luc Mélenchon ? Le candidat soutenu par le Front de gauche a obtenu un beau succès le dimanche 18 mars en mobilisant une foule importante sur la place de la Bastille preuve est faite qu’il mobilise un électorat de gauche et d’extrême gauche qui se réjouit de voir cet ancien trotskiste taper à bras raccourci sur la droite ce qui va sans dire et sur un François Hollande jugé trop complaisant pour les théories et les pratiques néolibérales.

Le pilonnage des positions de la droite et de la gauche classiques cesse pourtant dès qu’il s’agit de l’Europe. Les raisons ne tiennent pas à un calcul opportuniste mais à une conviction profonde : l’internationalisme prolétarien du jeune militant trotskiste s’est transformé en un fédéralisme européen qui a été constamment affirmé par la Gauche socialiste à l’intérieur du Parti socialiste puis à l’extérieur de cette formation. Jean-Luc Mélenchon est un partisan de la monnaie unique et son programme ne contient pas de mesures protectionnistes. Il pourrait donc siéger dans un gouvernement socialiste cherchant une renégociation douce du nouveau traité européen.

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