Prostitution étudiante

Vendredi 5 juin 2015 // Controverses

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Produit de la crise économique, la prostitution étudiante ne semble pas émouvoir nos émouvoir nos gouvernants alors qu’une réaction forte s’impose. ENCORE FAUT-IL LE VOULOIR.

Le Mouvement du Nid, qui lutte contre la prostitution, vient d’établir que près de 4 % des étudiantes du campus de Montpellier ont déjà vendu leurs corps. Traité à l’occasion par la presse, le phénomène de la prostitution étudiante est d’autant plus inquiétant qu’aucune donnée fiable ne permet de l’évaluer. Un tract diffusé en 2006 par le syndicat Sud Étudiant avançait le chiffre de 40 000 étudiants se prostituant. La police l’estime de 15 000 à 20 000. Malgré leur incertitude, ces chiffres doivent être rapprochés de ceux de la pauvreté des étudiants.

Selon la FAGE, le coût d’une rentrée étudiante s’élèverait à 2 400 € et celui d’une année universitaire de 10 500 € à 15 000 €. En 2010, on estimait à 100 000 le nombre d’étudiants vivant en dessous du seuil de pauvreté (650 € par mois). Le faible niveau des bourses, la baisse du niveau de vie des classes moyennes et même de certaines familles aisées, obligent donc nombre d’étudiants à trouver de l’argent.

Selon une enquête réalisée en 2013 sur les conditions de vie des étudiants, 45 % d’entre eux ont exercé une activité rémunérée au cours de l’année universitaire. Les trois quart des étudiants interrogés ont déclaré que cette activité leur permettait d’améliorer leurs conditions de vie et la moitié qu’elle leur était indispensable. Or il est démontré qu’une activité exercée plus d’une mi-temps a un impact négatif sur les études. Pas facile en effet de concilier plus de 20 h de cours par semaine avec un temps partiel mal payé dans une boutique ou un fast-food.

Internet a en effet facilité l’accès à la prostitution de jeunes gens qui n’imagineraient pas faire le trottoir. Les moteurs de recherche regorgent de sites d’annonces spécialisées. Mais, souligne la sociologue Eva Clouet qui a enquêté sur la prostitution étudiante, « l’interface avec l’écran représente une protection illusoire. » Se prostituer, même de façon occasionnelle n’est en effet pas anodin. Aux violences toujours possibles, s’ajoutent les risques de MST, et les dégâts psychologiques profonds, même si, a constaté Eva Clouet, « la prostitution représente pour certaines d’entre elles un moyen de sortir du carcan familial, à travers lequel elles ont reçu une éducation sexuelle très cadrée. »

D’origine américaine comme leur nom l’indique, les sugar babies se multiplient aussi en France. En échange de plus ou moins de compagnie, des sugar dadies paient le loyer d’une étudiante, l’habillent, l’emmènent au restaurant. Que faire face à cette prostitution qui tend à se banaliser ?

En 2013, la FAGE avait lancé une campagne de prévention et de sensibilisation sous le titre « Osons en parler », sur son site.

L’Unef semble se contenter, discrètement, de réclamer l’abolition de la prostitution en général. L’Institut national de la prostitution, considère qu’il « n ’y a pas de phénomène de prostitution étudiante spécifique mais un phénomène de prostitution occasionnelle auquel prennent part des étudiants. »

Sauf erreur, les récents projets de loi contre la prostitution, ne contiennent d’ailleurs pas de mesure concernant particulièrement celle des étudiantes. La prostitution étudiante échappe pourtant aux règles habituelles du genre. On n’y trouve pas, ou pas encore, de réseaux mafieux. Il est donc plus facile de la combattre. Des situations particulières peuvent certes faire l’objet d’un traitement social. Mais pour méritant qu’il soit, le travail des CROUS et des assistantes sociales ne suffit pas.

Seule une approche politique de la pauvreté des étudiants permet d’envisager une solution globale d’un problème qui touche bien sûr probablement tous les pays (4 % d’étudiants en Allemagne). Il y a urgence. Car le mal progresse. « Entre 6000 et 8 000 mineurs se prostitueraient en France selon les associations, qui alertent sur de terribles pratiques se développant dans les toilettes des collèges, et ce quel que soit le quartier » soulignait récemment un article du Figaro Madame.

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