Proche-Orient : le pacte Moscou-Damas.

Mardi 6 mars 2012 // Le Monde

Drapeau de FranceLe veto russo-chinois à la résolution des Nations Unies sur la Syrie conduit non à une solution négociée mais à une radicalisation des parties et à une intensification des combats.

Assad ne vaut pas mieux que Saddam et pourtant le climat à New York, en ce début février, ne rappelle en rien le moment où le Conseil de sécurité se réunissait sur l’Irak. Lavrov n’est pas Villepin : il n’a pas été applaudi-et il n’y a eu que le collègue chinois pour voter avec lui le 7 février. Les treize autres membres ont approuvé le projet de résolution, y compris les grands émergents qui en octobre s’étaient abstenus : le Brésil, l’Inde et l’Afrique du Sud ont cette fois voté avec les Etats-Unis et la France. Si les circonstances n’étaient pas telles en Syrie, on saluerait une victoire diplomatique.

La différence entre le cas Assad et le cas Saddam est aussi qu’en Irak, il fallait retenir le bras armé des Etats-Unis prêt à s’abattre sur Bagdad. En Syrie, aucune intervention militaire étrangère n’est en vue. Moscou peut croire le contraire. La Russie estime avoir été flouée dans l’affaire libyenne et... jura qu’on ne l’y reprendrait plus. Elle avait finalement donné son aval à la résolution pour se retrouver quasi boycottée par le nouveau pouvoir, ses contrats remis en cause, et sa diplomatie humiliée.

Outre le précédent libyen, Moscou redoute d’autres répétitions du principe d’intervention humanitaire et de changement de régime, un jour plus près de ses frontières (Turkménistan, Biélorussie ?), mais en tout cas demain dans un endroit autrement plus dangereux que la Syrie : l’Iran. Derrière le cas syrien, se profile en effet l’Iran. Si les Occidentaux venaient à prendre pied militairement chez ce vieil allié de Téhéran, les canons syriens (de fabrication russe) seraient retournés vers l’Est : l’Irak et l’Iran. C’est à l’évidence le calcul du Qatar, de l’Arabie Saoudite et sans doute d’Israël. Cela, Moscou ne peut le permettre. Encore moins Pékin.

Pour arrêter l’idée qui monte d’une intervention étrangère, Moscou doit absolument convaincre Assad de réduire l’insurrection armée et d’empêcher la situation de dégénérer en guerre civile, laquelle ouvrirait la porte à toutes les « ingérences ». Après plus de neuf mois de protestations civiles, l’opposition « bourgeoise » a semble-t-il été débordée ou a laissé la voie par désillusion et fatigue et « l’armée libre syrienne », dont le QG est en Turquie (sur un territoire donné par la France mais toujours revendiqué par la Syrie), a pris les armes. Même si l’on peut comprendre l’exaspération des protestataires, c’était une erreur, car c’était prêter le flanc à la propagande du régime et l’autoriser à lâcher l’armée. On risque ainsi de se retrouver dans la situation libyenne avec pour résultat non pas une transition démocratique mais le chaos et la radicalisation des nouveaux pouvoirs, sans garantie d’en finir avec Assad comme on l’a fait avec Kadhafi.

Après l’échec de l’ONU, il n’y a plus de choix qu’entre deux maux : la solution russe (et chinoise, se souvenir de Tienanmen) : l’écrasement de l’insurrection massif et expéditif (Fate ma face presto) pour ouvrir ensuite un canal sans doute lent mais sûr, car celui qui réprime ainsi est définitivement discrédité - de départ et de transition avec les civils , l’autre solution à laquelle réfléchissent de plus en plus de stratèges occidentaux, s’appuie sur le précédent kosovar (honni de Moscou) : des frappes ciblées pour immobiliser l’armée syrienne. Mais qui en prendra la responsabilité ? Si seulement il y avait eu une belle entente, main dans la main, entre Ankara et Paris. Mais c’est tout le contraire : hélas pour les pauvres civils syriens, leurs meilleurs amis se détestent cordialement !

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