Problématiques pénitentiaires.

Jeudi 10 septembre 2015 // La France

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Avec une monarchie comme celles qui sont l’honneur des pays nordique de l’Europe. Que vive la démocratie, que vive le Roi. Pour remettre en question notre régime politique autoritaire qui n’est pas conforme à une véritable démocratie ; nous souhaitons un régime.

Directeur de prison et syndicaliste, Jean- Michel Dejenne a bien voulu nous exposer quelques-unes des problématiques pénitentiaires dans la France d’aujourd’hui.

Royaliste : Peut-on lier l’histoire de la prison à celle de la société française ?

Jean-Michel Dejenne : Manifestation d’un certain progressisme dans l’histoire pénale du monde et notamment de la France, la prison telle qu’on la connaît aujourd’hui est fille de la Révolution française disait Georges Clemenceau. Sous l’Ancien Régime, elle sert à attendre la peine avec des modalités d’enfermement très différentes, quasiment de nature privée. Avec la Révolution, la prison devient la peine en elle-même. Les châtiments corporels sont abolis, puis la peine de mort en 1981. Le système va se développer et se rationaliser lentement avec des à-coups.

La Libération marque un regain d’intérêt pour la prison, un certain nombre de résistants ayant vécu l’épreuve de la captivité. Le terme « prisonnier », sacralisé par la Résistance est remplacé par le terme « détenu ». Les bagnes, colonies agricoles pénitentiaires et colonies pour enfants sont fermés. Un magistrat démocrate-chrétien, Paul Amor, nommé directeur de l’administration pénitentiaire à la Libération met en place une réforme qui fait de l’amendement du condamné l’axe principal de la politique pénitentiaire. On met l’accent sur la réinsertion qui cohabite avec l’objectif de la garde. Mais la priorité est â la Reconstruction et la question de la prison retrouve vite un certain anonymat politique et médiatique. La création en 1958 du juge de l’application des peines (JAP) et de la semi-liberté, banalise cependant l’idée neuve d’une mesure alternative â l’incarcération, mais qui ne se développera que plus tard. II faudra en effet attendre la loi de 1987 pour mettre sur un même plan les objectifs de garde et de réinsertion.

Royaliste Et la période Gaulliste ?

Jean-Michel Dejenne : Les années 60 sont difficiles pour les prisons. L’incarcération des prisonniers dits politiques après les guerres coloniales fait remonter des tensions. Des évasions sont la source de scandales politiques. Le Général ne voulait pas entendre parler des prisons, qu’il qualifiait de « poubelles de l’État ». Il réduisait la mission pénitentiaire à l’empêchement de l’évasion. Cette période très pesante d’un point de vue sécuritaire a marqué la pénitentiaire jusqu’au milieu des années 70.

Royaliste : La période suivant mai 68 marque-t-elle un tournant ?

Jean-Michel Dejenne : À ce moment, les luttes sociétales, libérales et libertaires, atteignent les prisons où arrivent des militants maoïstes ou trotskistes. La prison devient un objet politique, avec des mutineries et des révoltes. Michel Foucault publie Surveiller et punir en 1975.

Le pouvoir politique reprend pourtant la main. En 1972, René Pleven adoucit certains éléments du régime de détention. Mais c’est surtout Valéry Giscard d’Estaing qui aborde la question de manière libérale. Élu président, il fait scandale en serrant la main de détenus. Il nomme Hélène DorIhac, médecin du travail et démocrate-chrétienne, secrétaire d’État à la Condition pénitentiaire. Elle a pour mission de réformer les prisons pour rendre le temps de l’incarcération plus digne car l’aptitude à la réinsertion en découle et parce que la prison est une institution de la République.

Dans la mise en oeuvre de cette politique libérale et humanitaire, Madame Dorlhac va rencontrer l’opposition de son ministre de tutelle, le Garde des Sceaux Jean Lecanuet et surtout celle du Premier ministre Jacques Chirac. Malgré ces difficultés et les éternelles accusations de laxisme, la vague réformiste lancée à cette époque ne s’arrêtera plus. Depuis 1972, on n’a jamais repris le moindre droit accordé aux détenus. Mais l’apparition de la crise économique suscite d’autres priorités et il faudra attendre 1981, avec la nomination de Robert Badinter pour remettre les prisons au premier plan des préoccupations et voir une deuxième vague de réformes centrées sur les droits des personnes détenues.
 
Que représente l’administration pénitentiaire aujourd’hui ?

Jean-Michel Dejenne : Administration de l’État, définie comme un service public depuis la loi de 1987, l’administration pénitentiaire est une direction du ministère de la Justice, avec un budget de trois milliards d’euros. Elle compte 36000 fonctionnaires, y compris les surveillants (le terme gardien a disparu des textes il y a un siècle !). 190 prisons réparties dans tous les départements, à l’exception du Gers, contiennent 58 000 places que se partagent 66 000 détenus. Il a aussi 180 000 personnes faisant l’objet d’un contrôle et d’un suivi par 300 antennes en milieu ouvert. Les trois quarts des personnes suivies par la pénitentiaire sont donc libres. Depuis 1993, l’ensemble des personnels sont formés dans une école unique à Agen.

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