Printemps romain.

Mardi 9 avril 2013 // L’Europe

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Un nouveau chef spirituel, un nouveau président, de complets nouveaux venus en politique, le printemps arabe a-t-il traversé le canal de Tunisie ?

L e 11 février, lorsque le pape Benoît XVI a annoncé sa renonciation, était veille de mardi-gras. Deux semaines plus tard, le grand gagnant des élections générales italiennes était un ex-comique, un Coluche italien a-t-on dit, Beppe Grillo, emmenant à Montecitorio des centaines de parlementaires sortis de nulle part. Nulle opposition plus profonde à première vue entre les deux rives du Tibre. N’avait-on pas répété à l’envi que le favori de Benoît XVI était le Premier ministre sortant, le professeur d’économie Mario Monti, qu’il avait reçu six fois en quinze mois et dont le gouvernement comptait presque autant de catholiques pratiquants que de ministres ? Monti était aussi le favori de la chancelière allemande, An-gela Merkel qui, elle, n’a plus guère qu’un seul catholique pratiquant dans son cabinet démocrate-chrétien et ne passe pas pour avoir eu beaucoup d’atomes crochus avec Ratzinger, mais au moins parlait la même langue : on se comprenait.

Une Italie grillosconesque, vocable issu de l’adjonction des deux noms de Grillo et de Berlusconi (même s’il est important de distinguer le poujadiste fiscal qu’est Berlusconi du candidat anticorruption et antisystème qu’est Grillo), passe en effet aux yeux de ses censeurs pour une arlequinade jouée par des clowns et autres figures de carnaval. Et ce papier, d’ailleurs rédigé à la mi-carême, aurait dû être intitulé le carnaval romain, si l’on n’avait craint d’étendre ce qualificatif indifféremment aux deux périodes d’interrègne qui se sont ouvertes pratiquement le même jour, le 28 février, au Vatican qu’a quitté le pape Benoît, et au palais Chigi par M. Monti qui a remis sa démission au président de la République italienne, le nonagénaire Giorgio Napolitano.

Le mandat de ce dernier, ancien stalinien reconverti, arrive lui-même à échéance en mai, son successeur au Quirinal devant être élu par ces nouvelles assemblées de bouffons. Il serait en effet parfaitement irrévérent de comparer les 115 cardinaux du conclave à ces grands électeurs novices élus par les Italiens indignés. Néanmoins, si on écarte les images du conclave imaginé et filmé par le réalisateur Nanno Moretti dans Habemus Papam, pas loin du carnavalesque par moments, il faut bien se rendre à l’évidence d’une sur représentation italienne et surtout de la Curie romaine où les étrangers, africains compris, se font plus romains que nature.

Or ces impressions sont superficielles et doivent être combattues. Car l’une comme l’autre de ces deux vacances du pouvoir peuvent produire exactement l’inverse de tout ce qui est redouté par les esprits frileux et les éternels frustrés. « Vox Populi, vox Dei » : comment ne pas voir au contraire dans l’actualité romaine de ces quelques semaines les signes précurseurs du printemps ou dans le langage religieux, de la résurrection de Pâques ? Le grand sociologue du catholicisme, Émile Poulat, aime à répéter ce mot du polémiste catholique du XIX° siècle Louis Veuillot : « on voit ce qui meurt et on ne voit pas ce qui naît ». Il y a évidemment un grand déséquilibre dans l’information entre ce qui est et ce qui devient, car leur naissance est nécessairement fort inégale. Il est très difficile de repérer les jeunes pousses dont beaucoup ne porteront pas de fruits ou de feuilles. Mais il y a plus : la peur. Les médias ne sont pas portés à l’anticipation, encore moins à la prophétie. Ils redoutent de se tromper, d’annoncer de fausses nouvelles, de se lancer sur de fausses pistes. Ils sont par nature et par inclination conservateurs de ce qui est. Leurs prévisions sont contenues dans le strict prolongement de ce qui est. Or l’histoire est aussi importante par ses ruptures que par ses continuités.

L’Eglise est un modèle de ce point de vue. Et si les Italiens devaient être finalement déçus de leur nouvelle chambre et de leur nouveau président, au moins pourront-ils se consoler avec leur nouveau pape. Même s’il ne devait pas être Italien, il sera toujours, par définition canonique, l’évêque de Rome, donc romain. Ils préféreront un miracle à deux ou à pas du tout.

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