Présidentielle : La petite Europe.

Mercredi 4 avril 2012 // La France

Drapeau de FranceQuel que soit le vainqueur de l’élection présidentielle française, la France est affaiblie au sein de l’Union européenne, ce qui n’est bon ni pour l’une ni pour l’autre.

Les programmes et les discours des candidats n’ont ici qu’une valeur anecdotique. Ce qui fait problème c’est la réaction européenne aux élections françaises : indifférence, désaffection, regard éloigné dominent partout. Cela exprime une diminution sensible d’autorité, un déni à notre capacité d’influence.

Le candidat socialiste essuie rebuffade sur rebuffade dans les pays européens, y compris quand il s’y déplace expressément. La tournée a-t-elle été mal montée par ses correspondants ? Manque-t-il à ce point de réseaux à l’extérieur ? La prémière question à se poser serait : Pourquôi diable a-t-il besoin d’entreprendre ceevoyages ? Quel candidat à une élection ailleurs en Europe s’est-il rendu en France pour chercher un soutien ou une preuve de sa compétence ? Les conseillers de Hollande sont conscients d’un déficit à l’international de l’ex-premier secrétaire du PS. Cela ne changera sans doute rien au vote des Français mais cela fait tache pour quelqu’un qui a pris l’engagement de « porter haut la voix de la France ». Or, il se heurte à des fins de non-recevoir.

Les contacts internationaux ; certes, ne s’improvisent pas. Néanmoins le malaise est réel, jusqu’à crier au complot. Or si on ne le reçoit pas au bon niveau dans les grandes capitales européennes, ce n’est pas en raison d’une amitié inconditionnelle de nos partenaires pour Nicolas Sarkozy, ni d’une soudaine solidarité entre conservateurs confrontés à un risque de « printemps des peuples » en Europe (style 1848). Mme Merkel a beau dire que le préside français appartiendrait à la même tendance politique qu’elle, ce n’est qu’un faux-semblant. Les capitales européennes, Berlin en premier, savent bien que le sort de l’Union est déjà scellé. Les élections françaises n’y changeront rien. La chute de Sarkozy ne sera pas une révolution en France (pas même style 1830), mais encore moins en Europe. A Villepinte, le 11 mars, le candidat Sarkozy a brandi le chiffon rouge d’un risque de « dislocation de l’Europe ». Ce n’est ni Sarkozy Il ni Hollande qui seront à l’origine d’un changement en Europe. Celui-ci a déjà eu lieu. Les décisions ont été prises à vingt-cinq en décembre dernier (sans Londres ni Prague). Un changement de majorité dans l’un ou l’autre des Etats membres ne vaudra que pour celui-ci, pas pour l’Union. C’est la leçon qu’a voulu nous donner la Chancelière.

L’opinion publique française peut le comprendre quand il s’agit d’un Etat comme la Slovaquie ou Malte. Mais la France ? La vérité veut hélas que le%principe vaut aussi pour l’un des pères fondateurs, sinon l’inspirateur principal de la construction européenne qu’est la France.

La chute de Sarkozy ferait sans doute plaisir à Ankara, peut-être à Londres, et à quelques autres. Mais elle ne rapprocherait pas d’un iota Londres et Ankara du coeur de l’Union européenne. Le rétrécissement de ladite Union, son rapetissement, son repli sont déjà acquis. La petite Europe est devenue réalité : sans la Turquie bien sûr, mais aussi sans Londres, ni Dublin si le énième référendum y est négatif, sans Prague, pratiquement sans la Grèce, mise sous tutelle, sans la Roumanie ni la Bulgarie définitivement hors Schengen, et l’on peut continuer ainsi. Bref, ce que I’on a longtemps annoncé et décrit comme étant le « noyau » est ce à quoi aujourd’hui se réduit le coeur institutionnel du « réacteur » européen.

Où est la part de la France dans ce noyau ? Plus le noyau est dur, moins il est divisible. On a tellement durci le coeur du réacteur européen qu’on ne voit pas ce qui pourrait aujourd’hui refroidir la combustion. En tout cas, pas le résultat de l’élection présidentielle française, ni dans un sens ni dans l’autre.

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