Préparons l’avenir de la Nouvelle-Calédonie.

Dimanche 6 mai 2012 // Le Monde

Drapeau de FranceStatut  : ll n’y a pas de majorité en faveur de l’indépendance.

L’analyse de Pierre Frogier, président de l’Assemblée de la province Sud.

Qu’attend la Nouvelle-Calédonie de l’élection présidentielle ? Et quelle est la situation sur place ?

Je me dis souvent qu’on mesure mal, depuis Paris, combien les choses ont changé en Nouvelle-Calédonie. La Calédonie vit en paix. Sa croissance économique dépasse 4% par an, en moyenne, depuis vingt ans. Les accords de Matignon ont été signés en 1988, l’accord de Nouméa en 1998 ! La création des trois provinces a permis d’associer chacun à l’exercice du pouvoir. Le comité des signataires de l’accord de Nouméa se réunit régulièrement pour suivre son application. Nous travaillons en bonne intelligence.

Cet accord prévoit la tenue d’un référendum sur le statut de l’île. Quand aura-t-il lieu ?

Entre 2014 et 2018. Or, je le dis depuis longtemps, nous devons préparer cette consultation au plus vite, c’est-à-dire dès maintenant pour qu’elle se déroule au mieux des intérêts de tous. Nicolas Sarkozy l’a bien compris, il s’est intéressé à la Nouvelle-Calédonie plus qu’aucun de ses prédécesseurs. Il a raison de dire que « nous ne pouvons pas attendre passivement la date de 2014 » pour réfléchir à l’avenir de la Nouvelle-Calédonie. Nous devons le faire ensemble. Les événements des années 1980 m’ont appris une chose : nous ne pouvons pas fonder notre avenir sur le seul rapport de force électoral et sur une approche strictement partisane. Dans une société insulaire, des compromis sont nécessaires.

Comment préparez-vous cette consultation ?

Nous avons créé trois groupes de travail au sein du comité des signataires : le premier porte sur la stratégie du territoire vis-à-vis du nickel, parce que c’est le socle sur lequel se construira l’avenir de la Calédonie ; le deuxième concerne la mise en oeuvre de l’accord de Nouméa ; le troisième a pour but d’étudier l’ensemble des solutions institutionnelles imaginées dans le monde, et notamment dans le Pacifique, par des territoires engagés dans un processus comparable à celui de la Nouvelle-Calédonie.

L’accord de Nouméa précisait que la Nouvelle-Calédonie devait se doter de "signes identitaires". Vous avez proposé que flottent côte à côte les deux drapeaux, français et canaque. Pourquoi ? Parce que ces deux drapeaux sont le symbole d’une histoire que nous avons entrepris d’écrire ensemble. La reconnaissance de ces deux légitimités historiques était nécessaire à la poursuite d’un destin commun.

Selon l’accord de Nouméa, le référendum portera sur « le transfert à la Nouvelle-Calédonie des compétences régaliennes ». Quelle solution institutionnelle souhaitez-vous pour l’île ? J’ai une conviction : il nous faudra faire preuve de beaucoup de pragmatisme pour adopter, voire venter une solution qui conviendra à la Nouvelle-Calédonie. Gardons-nous des schémas préconçus ! Cette solution devra prendre en compte nos spécificités, notre personnalité, notre double identité française et océanienne. Elle devra nous offrir plus de libertés plus de responsabilités, mais ne pourra s’établir que dans la France. C’est dans la France notre destin commun a commencé, c’est dans la France qu’il va se poursuivre. Nous le construirons ensemble.

Les indépendantistes sont-ils d’accord ?

Ils dirigent deux provinces, ils ont mesuré les exigences de la responsabilité politique. Ils savent qu’il n’y a pas, en Nouvelle-Calédonie, de majorité en faveur de l’indépendance. Ils veulent que leur identité soit respectée, nul ne le discute. Je suis convaincu que nous trouverons ensemble les bases d’une solution durable offrant, s’il le faut, une représentation internationale à la Nouvelle-Calédonie, mais laissant à la France l’exercice des compétences régaliennes. Nous étudions en ce moment le statut des îles du Pacifique (la Micronésie, les îles Cook...) et celui des Antilles britanniques et néerlandaises. Nous tirerons ensuite les leçons de cette étude.

La question du corps électoral est-elle réglée ?

Pour le référendum, oui. Mais pas pour les élections provinciales :25000 personnes sur un corps électoral de 150 000 ne peuvent pas y participer — dont 60 % à Nouméa, en raison du gel qui nous a été imposé et qui prive du droit de vote ceux qui sont arrivés en Nouvelle-Calédonie après novembre 1998. La réintégration de ces personnes dans le corps électoral devra faire l’objet d’un accord politique.
C’est la question de la citoyenneté, de son contenu et de sa définition qui est ici posée. Nous ne pourrons pas l’éluder.

Propos recueillis par FABRICE MADOUAS

Valeurs actuelles 19 avril 2012

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