Préparer la nouvelle donne.

Jeudi 15 mars 2012 // La France

Drapeau de FranceEntre droite et gauche, l’affrontement semble classique. Mais après les élections, les deux camps connaîtront des changements qui se préparent dès à présent.

La droite de gouvernement, chiraquienne puis sarkozyste, mais toujours « légitimiste » dans la mesure où elle se range sans discuter derrière un seul et même leader, pouvait estimer, après sa victoire de 2007 et l’échec de Jean-Marie Le Pen, qu’elle serait vite libérée du problème posé par le Front national. Puis Marine s’est affirmée comme héritière et s’est lancée dans la bataille avec des arguments nouveaux : aux thématiques sur l’immigration et l’islam, elle a ajouté la défense des services publics, le protectionnisme et la sortie de l’euro.

Face à cette offensive, Nicolas Sarkozy ne peut opposer que des mesures ponctuelles en matière de protection de l’industrie car il est engagé avec l’Allemagne dans une politique de sauvetage de la zone euro qui suppose le libre-échange et implique l’austérité budgétaire. D’où la tentation d’essayer d’empêcher Marine Le Pen d’obtenir les 500 signatures ! Cela permettrait à Nicolas Sarkozy de rassembler les électeurs de droite et du centre en mettant en avant son expérience de chef d’Etat. La victoire sur François Hollande lui permettrait peut-être de marginaliser à nouveau le Front national qui peut cependant rebondir car les politiques de déflation favorisent les formations les plus radicales.

Mais en cas d’échec du président sortant, la droite classique aurait à relever un double défi : la présence du Front national et, par ailleurs, la compétition entre les candidats à la candidature pour 2017 François Copé étant depuis longtemps sur les rangs. Le combat des chefs se doublerait d’un débat de fond car il y a dans la majorité actuelle une droite très,affirmée qui peut envisager une alliance avec le Front national (sur le modèle italien de l’accord entre Silvio Berlusconi et la Ligue du Nord) et des groupes modérés qui refuseraient une telle perspective. 

La gauche n’est pas moins exposée à des mouvements profonds. La défaite de François Hollande provoquerait la relance des rivalités habituelles mais, surtout, elle dynamiserait le Front de gauche qui pourrait affirmer que le Parti socialiste est beaucoup trop modéré pour arracher la victoire. Comme les Verts n’ont pas promis à un beau résultat, le Parti socialiste se trouverait confronté à une extrême gauche aussi incontournable que l’était le Parti communiste il y a trente ans. Jean-Luc Mélenchon pourra rassembler les communistes, les socialistes « durs » et les trotskystes dépités par l’effondrement du Nouveau parti anticapitaliste délaissé par Olivier Besancenot. Cettitgauche mélenchonienne, résolument antilibérale, capterait nombre de voix dans les milieux populaires.

La direction du Parti socialiste se trouverait alors placée devant un choix : ou bien durcir son discours et rebuter l’électorat réformiste et européen qui est le sien ; ou bien chercher une alliance au centre mais en ce cas elle se couperait définitivement des catégories populaires. Les dirigeants socialistes peuvent aussi choisir une ligne floue et masquer aussi vite que possible des divisions profondes, comme l’a fait François Hollande quand il était Premier secrétaire. Cependant, une conduite opportuniste sera difficile à tenir car la crise va accroître les tensions sociales. Les manifestations violentes qui se multiplient en Grèce, les démonstrations massives suscitées par les mesures de rigueur au Portugal et en Espagne, se produiront un jour ou l’autre en France. Elles placeront les partis de gauche devant des choix difficiles dans le domaine de la politique industrielle et de la politique sociale. Nous serons loin, alors, des propos de campagne.

Répondre à cet article