Préalable : L’indispensable relance de l’économie !

Mercredi 22 août 2012 // La France

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Drapeau de FranceLa campagne électorale de Nicolas Sarkozy aura été marquée, dans le domaine social, par de virulentes attaques contre les corps intermédiaires.

Le président candidat n’a pas eu de mots assez durs pour fustiger l’immobilisme, le conservatisme, la crainte d’un monde nouveau.., des organisations syndicales et patronales qui, selon lui, forment écran entre le peuple et le gouvernement. Et de proposer de passer outre les prérogatives des corps intermédiaires en s’adressant directement au peuple. C’est ainsi qu’il comptait réformer par référendum les conditions d’accès des demandeurs d’emploi à l’assurance chômage.

Désireux de prendre le contre-pied de son prédécesseur et soucieux de respecter le dialogue social, qu’il a d’ailleurs promis d’inscrire dans la Constitution, François Hollande a - geste symbolique -invité les partenaires sociaux à sa cérémonie d’investiture, puis demandé à Jean-Marc Ayrault de concrétiser une autre promesse de campagne en organisant avant la mi-juillet une conférence nationale. Le Premier ministre et les ministres chargés des dossiers économiques et sociaux ont ainsi reçu successivement puis simultanément les confédérations syndicales et patronales représentatives (CGT, CFTC, CFE-CGC, CGT-FO et CFDT, Medef, CGPME et UPA), mais aussi - et cela constitue une grande nouveauté par rapport aux pratiques antérieures - les organisations non représentatives (Unsa, FSU et Solidaires, côté salariés, Usgeres et l’UnaPL, pour l’économie solidaire et les professions libérales) : La conférence aura donc lieu les 9 et 10 juillet au Conseil économique, social et environnemental. Sept thèmes seront à l’ordre du jour (l’emploi, la formation professionnelle, les rémunérations, la qualité de vie au travail, le redressement productif, la protection sociale et la fonction publique) qui seront précédés par un échange sur la démocratie sociale introduit par le président de la République en personne.

Il ne faut pas oublier que Nicolas Sarkozy aussi avait, peu après son entrée en fonction dès juillet 2007, tenu à souligner son attachement au dialogue social en rencontrant les numéros un des organisations syndicales et patronales en les conviant à deux tables rondes, l’une sur l’emploi, les salaires et le pouvoir d’achat, l’autre sur l’égalité professionnelle... En novembre 2008, à la veille de sa participation au premier G 20, il avait invité les syndicats à un échange sur leur perception de la crise. Chaque année, en février, le gouvernement organisait une réunion au cours de laquelle était présenté l’agenda social de l’année à venir. Il entretenait donc alors de bonnes relations avec les corps intermédiaires tant décriés ensuite durant la campagne. D’où son incompréhensible revirement.., probablement lié au départ, une fois la réforme des retraites adoptée, de Raymond Soubie.

A la différence de son prédécesseur, qui considérait chaque sommet social comme une opération de communication, François Hollande présente la conférence nationale, non comme une fin en soi, mais comme le début d’un processus qui se déroulera sur l’ensemble du quinquennat, un contrat social de mandature en quelque sorte, à l’exemple de ce qui existe aux Pays-Bas.

En ouvrant la discussion à de nouveaux interlocuteurs, en invitant les partenaires sociaux à se réunir dans un lieu neutre et non plus au Medef comme le voulait la tradition, en se projetant sur les cinq années à venir, en redéfinissant la place de chacun, en établissant clairement ce qui est du ressort du contrat (donc de la négociation entre partenaires sociaux) et ce qui incombe au législateur... le nouveau président de la République et le gouvernement offrent la possibilité de jeter les bases d’un renouveau du dialogue social. Aux syndicats et au patronat de saisir l’occasion.

Ce qu’aucun d’entre eux ne semble vouloir faire : le Medef et la CFDT, parce que l’existant, qui leur permet de manipuler le contenu et la forme des négociations à leur guise, leur convient très bien ; la CGT, parce qu’elle est entrée dans une guerre des chefs qui la sclérose (au moins jusqu’à son prochain congrès au printemps prochain) et l’amène à se replier sur ce qu’elle sait faire de mieux : empêcher la machine de tourner en rond ; la CGT-FO, parce qu’elle ne parvient pas à solder les comptes avec son passé ; la CFE-CGC, parce que la sauvegarde de son statut de syndicat catégoriel l’occupe à plein temps ; la CFTC, parce qu’elle n’ose pas... Restent les petits nouveaux, qui ont pour unique objectif de faire leur trou. Sans compter le pouvoir de nuisance de la CFDT, qui a ses entrées au gouvernement et qui, par l’action en coulisse intense qu’elle exerce, aura à coeur d’empêcher toute décision qui irait contre sa stratégie.

Enfin, concernant les thèmes retenus dans le cadre du contrat social de mandature et le contenu des discussions qui auront lieu lors de la conférence nationale, il est à craindre un manque de créativité de la part des participants. Par exemple, les solutions qui semblent être envisagées aujourd’hui, pour favoriser l’emploi des jeunes et relancer celui des seniors, ne consistent qu’à faire du neuf avec du vieux et à réinventer des dispositifs supprimés par les gouvernements précédents pour leur manque flagrant d’efficacité et leur coût pour la collectivité : c’est le cas des contrats de génération mis en avant par François Hollande durant la campagne pour l’élection présidentielle. Ces contrats consistent à accorder des allégements de cotisation sociale aux entreprises à condition qu’elles s’engagent à embaucher des jeunes et à maintenir des seniors dans l’emploi. On aura beau accorder aux entreprises toutes les aides possibles et imaginables, si elles n’ont pas de commandes, elles n’embaucheront pas.

Le gouvernement semble avoir oublié que toute amélioration du dialogue social et du sort des salariés (raison d’être des corps intermédiaires) passe d’abord par un préalable : la relance de l’économie. Sinon, la conférence nationale pourrait n’avoir pas plus d’effets qu’un cautère sur une jambe de bois.

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