Pourquoi tant de haine ?

Samedi 1er décembre 2012 // La France

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Etrange schizophrénie que celle de nos gouvernants. Un jour Jean-Marc Ayrault prononce le discours d’ouverture de l’université d’été du Medef, affirmant son respect des entreprises et son attachement ; un autre jour Arnaud Montebourg agresse verbalement tel grand groupe qui cherche à se restructurer. Le matin François Hollande reçoit à l’Élysée le gotha des entrepreneurs parisiens pour remettre le prix de l’Audace créatrice et promet la stabilité fiscale jusqu’à la fin du quinquennat ; l’après-midi Pierre Moscovici et Jérôme Cahuzac présentent un budget qui chamboule la fiscalité pour ceux qui ont précisément fait preuve d’audace en risquant leur patrimoine pour enrichir la France de nouvelles entreprises.

Tout se passe comme si nos gouvernants éprouvaient une sorte de fascination pour ces mécanismes de marché qu’ils comprennent mal, mais dont ils voient bien cependant qu’ils créent la richesse sans laquelle ils ne pourront tenir leurs promesses sociales. En même temps, ils ressentent vis-à-vis de cet univers entrepreneurial, si étranger à leurs dogmes et à leurs préjugés marxisants, une répulsion qui les amène à des comportements hostiles et irrationnels, comme s’ils devaient prendre une revanche sur des réalités contraires à leurs chimères.

Témoin cet échange que j’ai eu avec le ministre des Finances, Pierre Moscovici, à l’Assemblée nationale, la semaine dernière à propos du budget : « Pourquoi tant de haine envers les autoentrepreneurs et les autres ? », demandai-je en m’insurgeant contre ce qu’il faut bien appeler une agression fiscale, voire un racket s’agissant de l’imposition des plus-values de cession. Et le ministre de me répondre : « Je peux vous assurer que nous ne nourrissons envers les entrepreneurs aucune forme de haine mais, au contraire, une très grande considération », avant d’opposer ceux qui entreprennent, innovent et créent des emplois à « ceux qui spéculent o u profitera t de la fiscalité pour faire jouer je ne sais quels mécanismes d’optimisation ». Comme si prévoir l’avenir, agir en conséquence et tirer le meilleur parti de la réglementation fiscale ne faisaient pas partie de la gestion quotidienne d’une entreprise !

Mais chez tout socialiste sommeille la lutte des classes entre bons et méchants, honnêtes travailleurs et odieux spéculateurs, petits et grands, entre ceux qui visent le bien de la société et ceux pour qui le profit personnel est le seul ressort. À titre d’exemple, Pierre Moscovici a prétendu que les PME seraient épargnées, les dressant implicitement contre les entreprises du Cac 40 et faisant référence à Jean-François Roubaud, le président de la CGPME, sans doute pour le mettre en valeur face à Laurence Parisot, la présidente du Medef, qui ale mauvais goût de considérer son projet de budget « avec effroi ». Il ignorait alors que la CGPME allait lancer une pétition pour exprimer son exaspération face à la taxation des plus-values de cession à 60 % et la soumission à cotisations sociales de la distribution de dividendes à des dirigeants non salariés au-delà de 10 des fonds propres, pénalisant ceux qui se rémunèrent en dividendes.

En réalité, il n’y a pas de bonnes PME et de mauvais grands groupes internationaux mais des entreprises qui travaillent ensemble, et qui, toutes, n’aspirent qu’à grandir. En cela, quand Pierre Moscovici se targue de multiplier les effets de seuil, autorisant par exemple la déductibilité des intérêts d’emprunt en deçà de 3 millions d’euros, la limitant au-delà, il gèle toute possibilité de développement des petites structures comme des grands groupes. Si la plupart des chefs d’entreprise sont motivés par la volonté de réaliser un grand dessein utile à la société, nul ne saurait leur reprocher d’aspirer à en tirer profit pour améliorer leur train de vie et celui de leur famille.

Quand Pierre Moscovici assure qu’il veut favoriser les entreprises, les défendre et les protéger, et même promouvoir l’esprit d’entreprise, qu’il en tire les conséquences dans son budget : qu’il commence par faire confiance aux entrepreneurs. Ce serait bien préférable à tous ces mécanismes artificiels d’incitation suivis aussitôt après par la taxation des plus-values, des revenus et du patrimoine en, mettant en place un appareil de répression fiscale fondé sur le soupçon.

On ne peut un jour promettre un "choc de compétitivité" tout en abrogeant la TVA sociale qui aurait pu le provoquer et le lendemain charger lourdement les entreprises de 10 milliards d’impôts nouveaux. Les chefs d’entreprise n’ont que faire d’être aimés, ils souhaitent simplement être mieux compris dans ce qu’implique leur passion d’entreprendre.

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