ELECTIONS ALLEMANDES : MERKEL-III ?

Pourquoi l’Allemagne a pris les manettes du Parlement européen.

Par Ludovic Lamant.

Mardi 1er octobre 2013 // L’Europe

En plus de positions clés dans les institutions européennes, les Allemands occupent presque tous les postes importants à Strasbourg, et donnent l’impression de tenir l’institution dirigée par Martin Schulz. Une nouvelle manifestation de l’« Europe allemande » ? Leur apparente suprématie s’explique aussi par la défection d’autres élus, à commencer… par les Français.

Qu’ont en commun Werner Hoyer, le patron de la Banque européenne d’investissement (BEI) depuis janvier 2012, et Klaus Regling, à la tête du Mécanisme européen de stabilité (MES), ce fonds d’aide censé éviter la faillite aux pays en crise de la zone euro ? Ils sont allemands. Tout comme Horst Reichenbach, qui dirige, depuis novembre 2011 à Bruxelles, la « task force » de la commission pour la Grèce, cette équipe d’experts censée superviser les réformes en cours à Athènes.

Si José Manuel Barroso, le patron de la commission, est portugais, son directeur de cabinet, lui, est un autre Allemand : Johannes Laitenberger. Et du côté du conseil de l’Union européenne, présidé par le Belge Herman Van Rompuy, c’est un diplomate allemand, Uwe Corsepius, qui occupe depuis juin 2011 le poste de secrétaire général c’est-à-dire qu’il chapeaute l’ensemble de l’administration de l’institution.

À cette liste déjà fournie s’ajoute le nom de Thomas Mirow, qui fut, pendant quatre ans, le patron de la Banque européen pour la reconstruction et le développement (BERD), remplacé en juillet 2012 par un Britannique. Faut-il voir dans cette armada de hauts fonctionnaires allemands, tous placés à des postes clés de la gestion de la crise de la zone euro, une preuve supplémentaire de cette « Europe allemande » décriée par certains ?

Une plongée dans les arcanes du parlement européen permet d’affiner l’analyse. Au plus fort de la crise financière, l’institution a eu du mal à faire entendre sa voix à Bruxelles. Mais ses compétences, en matière d’environnement, de santé ou encore de budget, se sont élargies depuis l’entrée en vigueur du traité de Lisbonne en 2009. Comme tant d’autres lieux stratégiques de la capitale belge, ce parlement s’est-il lui aussi mis à fonctionner à l’allemande ? Les Allemands sont-ils parvenus à faire main basse sur la seule institution européenne démocratiquement élue ?

À première vue, la réponse affirmative ne fait aucun doute. L’assemblée est aujourd’hui tenue par un trio d’hommes forts, tous originaires d’Allemagne. À commencer par son président depuis janvier 2012, le socialiste et hyper-actif Martin Schulz, qui ne cache pas son ambition de présider, un jour, la commission européenne. Schulz est le quatrième président allemand du parlement depuis 1979, année des premières élections au suffrage universel (contre trois présidents pour la France, et autant pour l’Espagne).

Le président du parlement européen Martin Schulz © PE.
Le président du parlement européen Martin Schulz © PE.

Moins connu du grand public, Klaus Welle, proche de l’ex-président du parlement Hans-Gert Pöttering (CDU, droite), est le secrétaire général du parlement européen depuis 2009. À ce titre, « der Generalsekretär » a la main haute sur les procédures internes et l’organisation des séances plénières. Il reste à citer Klaus-Heiner Lehne, un député de la CDU d’Angela Merkel, qui non seulement dirige la commission des affaires juridiques, mais surtout préside la « conférence des présidents de commission »  : c’est lui qui, pour le dire vite, supervise l’avancée des travaux des vingt commissions thématiques de l’institution…

« C’est un pur hasard que Schulz et Welle se trouvent à ces postes-là au même moment », relativise Alain Lamassoure, un euro député français du PPE (droite, majoritaire), qui en est à son quatrième mandat. « Avant Schulz, c’était un Polonais (Jerzy Buzek, ndlr) qui a été aux commandes pendant deux ans et demi », nuance de son côté Rebecca Harms, la co-présidente allemande du groupe des Verts au parlement.

Mais l’influence allemande à Strasbourg ne se résume pas au trio Schulz-Welle-Lehne. Chaque euro député travaille, dans le cadre de son mandat, dans l’une au moins des commissions du parlement, où s’écrivent les textes qui seront ensuite présentés en séance plénière, et où s’effectue, pour le dire vite, l’essentiel des arbitrages politiques.

Or, sur les vingt commissions thématiques du parlement (économie, agriculture, emploi, etc.), pas moins de cinq sont présidées par des Allemands (contre trois pour les Français). Et pas n’importe lesquelles : ce sont souvent celles qui ont les compétences les plus vastes. C’est par exemple le cas de la commission du contrôle budgétaire (dirigée par le libéral Michael Theurer), ou encore de la commission s’occupant des questions de santé, d’environnement et de sécurité alimentaire (encadrée par le socialiste Matthias Groote).

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