Pourim pour Obama.

Mardi 27 mars 2012 // Le Monde

Drapeau de FranceLe Premier ministre israélien Netanyahu, lorsqu’il a rencontré le président Obama à la Maison Blanche le 5 mars, lui a offert le livre d’Esther, à la veille de la fête juive de Pourim qui commémore l’action de la reine qui sauva les Juifs d’un massacre par les Perses, ancêtres des Iraniens...

Qui retiendra cette fois le bras de Khamenei ? Cherchez la femme. Serait-ce Catherine Ashton, la ministre des Affaires étrangères de l’Union européenne, qui a accepté, le 6 mars, la reprise avec l’Iran des négociations 5 + 1 (cinq membres permanents du Conseil de Sécurité + Allemagne) dont elle se retrouve être la coordonnatrice ? Celles-ci, interrompues il y a un an, pourraient reprendre après le Nouvel An iranien célébré le 20 mars.

La démarche de Netanyahu à Washington visait à préempter cette étape ou, indirectement, à renforcer le camp de la négociation et, en dramatisant les enjeux,, partir d’une position de force. Il s’agissait pour Israël de verrouiller la position américaine avant la négociation, mais aussi dans la perspective de l’élection présidentielle du 6 novembre. Il est exclu que le soutien à Israël soit un enjeu de campagne mais aussi qu’Obama ne tienne pas ses promesses une fois élu (en 2008 il était partisan de la « main tendue » à Téhéran). C’est dans la période comprise entre six mois et un an que la fenêtre de frappe opérationnelle sera la plus critique. Netanyahu est apparemment d’accord pour ne rien tenter pendant la campagne électorale. Mais en échange, il s’estime en droit d’exiger un soutien des capacités militaires aériennes américaines, à-savoir les bombes anti-bunker dont Israël ne dispose pas. Pour Jérusalem, le choix était donc entre intervenir tout de suite avec ses seuls moyens, ou dans six mois à un an mais avec toute la panoplie des moyens américains.

Le pari est risqué des deux côtés : si, d’un côté, Washington en 2013 ne suivait pas, Israël jouerait son va-tout. Le Premier ministre Netanyahu a évoqué,le précédent d’Auschwitz : le Congrès Juif Mondial en 1944 avait demandé à Roosevelt et Churchill de bombarder les accès et l’usine de la mort. Même si Netanyahu est favori à sa reconduction, beaucoup d’israéliens, surtout à droite (qui donne la priorité aux territoires palestiniens), ne semblent pas le suivre dans cette emphase rhétorique. Si, de l’autre côté, les Etats-Unis cette fois tenaient leurs promesses, ils s’engageraient dans une nouvelle guerre au Moyen-Orient. Pour le moment Téhéran est isolé, les pays arabes sunnites l’ont lâché, l’économie est affaiblie par les sanctions pétrolières et financières, et le président Ahmadinejad est sorti battu dans son bras de fer avec l’Ayatollah Khamenei aux élections législatives du 2 mars.

Si la diplomatie trouvait une porte de sortie, celle-ci pourrait ne pas être du goût des israéliens. On voit l’ancien secrétaire d’Etat Colin Powell, qui jura qu’on ne l’y reprendrait plus après le débat sur les armes de destruction massive que l’on prêtait à Saddam Hussein, placer la barre nettement plus bas que ne le souhaite Netanyahu du côté des capacités que l’on pourrait autoriser au nucléaire iranien. Netanyahu ne veut pas plus de 3,5% d’enrichissement ; le seuil pour développer une bombe serait de 20%. Powell propose de transiger à 15%.

Le président Obama a dit aux Iraniens et aux Israéliens (et aux électeurs américains) qu’il ne « bluffait pas ». Dans le jeu de poker qui a commencé, qui bluffe ? Les Israéliens ou les Iraniens, ou les négociateurs ?

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