Pour une refondation de la télévision publique !

Lu sur Médiapart.

Mercredi 30 mai 2012, par Laurent MAUDUIT // La France

Il faut prendre la colère qui couve depuis quelques jours au sein de la rédaction nationale de France 3 pour ce qu’elle est : le symptôme d’un mal allant au-delà des causes qui l’ont déclenché, en l’occurrence le projet de licenciement d’un journaliste qui a applaudi un peu trop fort, au goût de la direction, la victoire de François Hollande ; et le malaise d’une rédaction à laquelle cette même direction ne donne pas les moyens de travailler et qui l’a fait savoir de manière énergique. C’est le symptôme d’un mal beaucoup plus profond : celui d’une télévision publique qui a été rendue malade par cinq ans d’autoritarisme et d’ingérence sarkozyste, cumulés à une course effrénée à l’audience dont les ingrédients ont été la vulgarité et l’abêtissement public.

Le nouveau gouvernement de Jean-Marc Ayrault voudra-t-il prendre la mesure de ce malaise qui traverse la télévision publique ? Et prendra-t-il les mesures d’urgence qui s’imposent – sur le court terme en usant de son influence contre le licenciement projeté du journaliste de France 3 et en répondant aux inquiétudes de la rédaction de la même chaîne ; et sur le plus long terme en s’engageant dans une refondation radicale de la télévision publique ? Ce n’est pas le moindre des défis qui l’attendent.
Il y a donc, en premier lieu, « l’affaire Joseph Tual », qui a mis en ébullition depuis quelques jours la rédaction nationale de France 3. Dans une télévision publique qui vit depuis trop longtemps dans la crainte des oukases de l’Elysée et où la révérence et l’obséquiosité sont souvent devenues, du même coup, la règle, ce journaliste, travaillant à France 3 depuis 1987, fait exception. Grande gueule, Joseph Tual fait visiblement partie de ceux qui n’ont pas voulu plier l’échine. Et sa langue, il ne l’a jamais gardée dans sa poche.

Logo de Joseph Tual sur Twitter
Logo de Joseph Tual sur Twitter

Il s’est une première fois distingué le 30 juin 2009 en publiant sur Rue89 un point de vue empreint de moquerie et d’impertinence intitulé « Nicolas, j’irai à ta convoc ». Il était à l’époque convoqué au 122-126, rue du Château des Rentiers, dans le XIIIe arrondissement, à Paris, pour être entendu par la police dans l’affaire de la cassette de France 3 donnant des extraits de l’entretien « off » de Nicolas Sarkozy – affaire qui n’a finalement débouché sur rien.

Le billet commençait de la sorte : « C’est l’esprit tranquille que je me rendrai à la convocation de Nicolas Sarkozy. Les policiers, eux, ma foi, ne font que leur boulot. Ils ne sont en rien responsables de cette situation qu’eux-mêmes qualifient d’ubuesque. Ils sont simplement manipulés et détournés de leur mission de service public, comme nous à France Télévisions et dans bien d’autres entreprises publiques. Le diktat est simple. Le mot d’ordre est "vous êtes tous à ma botte, les têtes qui dépassent seront toutes coupées" : voilà le message de monsieur Sarkozy, dont acte ! Tu es président de la République, OK ! Je vais à la convoc, mais après ? Tu vas me faire quoi ? Me passer au Kärcher ? Tu dis qu’on ne t’a pas respecté, mais Nicolas, pour cela, il faut être respectable, et d’abord respecter son prochain. François Mitterrand ou Jacques Chirac auraient pu venir même à pied de l’Elysée jusqu’à France Télévisions, seuls ou accompagnés de deux ou trois gardes du corps. Crois-moi, personne ne leur aurait manqué de respect ni importunés. »

Avant cela, Joseph Tual avait aussi répondu à l’invitation de Mediapart et de Reporters sans frontières, le 24 novembre 2008, en venant témoigner des difficultés de son métier, à l’occasion d’une soirée au théâtre de la Colline à Paris, le Off des états généraux de la presse, dédiée à la presse libre et indépendante. La vidéo ci-dessous donne un extrait de son intervention (à partir de 4’30’’) : Etats généraux de la presse off : la soirée (1/2) par Mediapart

Et puis, tout s’est emballé, le 6 mai, au soir de la victoire de François Hollande. Moqueur et rebelle comme à son habitude, Joseph Tual a manifesté un peu bruyamment sa joie – en même temps que sa colère contre la reprise en main de la télévision publique organisée depuis cinq ans par Nicolas Sarkozy – en lâchant quelques commentaires sur Twitter.

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