Afrique Education

Pour un Nigeria stable.

Par Paul TEDGA

Dimanche 13 juillet 2014 // L’Afrique

Lee représentant spécial du secrétaire général des Nations-Unies pour le Sahel, Saïd Djinnit, estime que la stabilité, au Nigeria, est nécessaire pour celle de toute la sous- région ouest-africaine : « Là-bas, au Nigeria, j’ai pu mesurer l’importance de la stabilité, et de la préservation des acquis démocratiques, et il est important que le Nigeria continue à perpétuer ces acquis pour son bien, et pour la stabilité de toute la sous-région ». Saïd Djinnit a fait cette déclaration, au sortir d’une audience, chez Mahamadou Issoufou, président du Niger, dont le pays, est, également, menacé de déstabilisation, par la secte Boko Haram. Ce dernier, aidé par l’indolence du pouvoir nigérian, est en train de faire plier l’Etat fédéral, ainsi que, toutes ses forces de défense, de sécurité et du renseignement. La chute de la première puissance économique et démographique du continent, avec ses 170 millions d’habitants, voire, plus, risque d’entraîner, inexorablement, celle du Niger, du Bénin, du Tchad et du Cameroun, pays avec lequel il partage 2.000 kilomètres de frontières.

D’autre part, les frontières, en Afrique, étant poreuses à souhait, l’exode massif (attendu) des Nigérians, vers des pays plus ou moins, stables, mais tout aussi fragiles, comme le Gabon, la Guinée équatoriale, le Togo et le Ghana, aurait, aussi, tôt ou tard, des répercussions néfastes, sur eux. Voilà pourquoi, il y a des drames (humanitaires) qu’on peut souhaiter, pour des raisons multiples, parfois, pour tester la capacité de réactivité de certaines organisations de solidarité internationale, devant une catastrophe donnée. Mais, ici, ce n’est pas le cas : l’écroulement du Nigeria, entraînerait des conséquences en chaîne, à tout point de vue, en Afrique de l’Ouest et du Centre. Personne n’en doute. Personne ne doit le souhaiter. Les uns et les autres devraient, plutôt, travailler, main dans la main, pour que le pire ne survienne pas.

Dans le numéro 392 du 11, au 15 juin, Afrique Education a fait sa Une sous le titre exclusif : « Nigeria : Nord et Sud bientôt séparés en 2015 », avec un article de 5 pages, très riche en détails sur la façon, dont le Nigeria devait être « coulé. » Il appartient, maintenant, où l’Union africaine sort de son silence, après avoir été, écartée du Sommet de l’Elysée, sur Boko Haram, le 17 mai dernier, que les Nigérians, eux-mêmes, prennent leur pays en main. Ils en ont la capacité. Les pays qui ont volé à leur secours, comme les Etats-Unis, ne cessent de dénoncer l’incompétence, l’incurie et l’inaction des forces armées de défense et de sécurité du Nigeria, devant la tragédie, qui prévaut dans le Nord du pays.

On ne comprend pas qu’en l’espace d’une semaine, le Camerounais Paul Biya, avec une armée de taille nettement plus réduite, ait réussi à sécuriser l’Extrême-Nord de son pays, sans l’aide d’aucune armée étrangère, bien que le Cameroun ait enregistré des offres de toutes natures venant des pays amis, les unes plus inopportunes que les autres. Après avoir déclaré la guerre, à Boko Haram, à Paris, Paul Biya s’est montré logique et conséquent avec lui- même : il a mobilisé plus 3.000 soldats de l’armée dont ceux du fameux BIR (Bataillon d’intervention rapide), soutenus par des chars, des blindés, des avions et des hélicoptères de combat, pour éradiquer Boko Haram du Nord- Cameroun. Le gouvernement a, en outre, impliqué les dignitaires traditionnels et religieux dans son combat. C’est ainsi que toutes les personnes suspectes, dans des villages, dans des quartiers de villes, sont signalées auprès des autorités compétentes, pour traitement Conséquences : les jeunes filles camerounaises qui redoutaient des rapts, semblables à celui de Chibock, voient leur peur s’éloigner, d’autant plus que l’armée restera, dans cette partie du pays, autant de temps que le danger Boko Haram planera sur les populations.

Que fait, de son côté, le Nigeria, a priori puissance militaire africaine, et puis, principal concerné, pour combattre Boko Haram, chez lui ? Apparemment, pas grand-chose. Le pouvoir nigérian est, toujours, aussi acculé et impuissant. Pour preuve, les attentats ne se limitent pas au Nord. Le Centre et la capitale politique, sont, régulièrement, frappés, comme pour montrer que l’Etat fédéral est dépassé par les événements. Pire, pour narguer les autorités, Boko Haram a procédé, à un nouveau rapt de 20 autres jeunes filles. Pour humilier Abuja, au maximum, la secte les a enlevées dans une localité proche de Chibock, au moment où, d’importants moyens sont mis en oeuvre, pour libérer les 200 lycéennes, enlevées depuis mi-avril.

Le temps commence à être très long. Parties pour être mariées de force, elles pourraient contacter, pour certaines d’entre elles, des grossesses non désirées. On se retrouverait devant d’autres problèmes. C’est la raison pour laquelle le Nigeria doit, véritablement, se ressaisir. Sinon, sa déstabilisation signerait celle de toute l’Afrique de l’Ouest et du Centre.

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