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Pour Greenpeace, sur l’environnement, « tous les signaux envoyés par le gouvernement sont négatifs »

JADE LINDGAARD

Jeudi 13 septembre 2012 // La France

Mercredi 22 août, à trois semaines de la conférence environnementale du 4 septembre, le premier ministre, Jean-Marc Ayrault, a estimé que l’interdiction d’exploiter les gaz de schiste n’était pas « tranchée ». « La fracturation hydraulique, a-t-il rappelé, c’est interdit. Par contre, il faut qu’on mette sur la table les différentes solutions qui pourraient exister. » Les protestations fusent depuis les rangs des défenseurs de l’environnement et Jean-François Julliard, directeur général de Greenpeace France, se dit « sidéré » : « On ne s’attendait pas du tout à ce que ce débat-là revienne sur le devant de la scène. » Pour lui, l’exécutif socialiste n’a montré « aucun engagement fort, aucun geste, aucun signal, rien qui nous conforte » sur l’environnement. Son organisation, qui revendique 155 000 adhérents, réserve encore sa décision de participer à la conférence environnement.

Jean-François Julliard, à Paris, 23 août 2012 (JL)
Jean-François Julliard, à Paris, 23 août 2012 (JL)

Comment réagissez-vous aux déclarations du premier ministre ?

On réagit mal car on attend beaucoup de la conférence environnementale et de la transition écologique et énergétique annoncée par François Hollande et reprise à son compte par Jean-Marc Ayrault. Mais si cette transition passe par l’exploitation des gaz de schiste, c’est non !

On a le sentiment qu’il se trompe complètement de sujet. Il nous a reçus avec d’autres ONG fin juillet, et quand nous lui avons demandé ce qu’il ferait si apparaissaient des techniques d’exploration et exploitation qu’il jugerait plus propres, nous n’avons pas eu de réponses. On a bien senti qu’il se réfugiait derrière l’interdiction de la fracturation hydraulique, ce qui est bien commode.

Delphine Batho l’a un peu désavoué mercredi soir (lors de l’université d’été d’Europe Ecologie-Les Verts) en déclarant que la transition énergétique ne passerait pas par de nouvelles énergies fossiles. Mais qui doit-on écouter ?

Les promoteurs des gaz de schiste affirment que leur exploitation accordera à la France l’indépendance énergétique dont elle a besoin, pour alléger son déficit commercial et se libérer de la dépendance au gaz russe. Que leur répondez-vous ?

Franchement, l’indépendance énergétique est un vœu pieux. C’est comme quand Nicolas Sarkozy disait que le nucléaire garantissait l’indépendance énergétique de la France. Non : il faut aller chercher les matières premières au Niger, au Kazakhstan ou ailleurs…

Peut-être qu’à très court terme, avec les gaz de schiste, on pourrait se passer de tout ou partie du gaz russe, mais ça ne va rien résoudre. Ce n’est pas en découvrant de nouveaux gisements d’énergies fossiles qu’on va amorcer une véritable transition. Le gouvernement ne se pose pas la question de la consommation, des besoins, de la sobriété et de l’efficacité énergétique. 

Carte des permis de Guyane Maritime.
Carte des permis de Guyane Maritime.

Quand le gouvernement a autorisé les forages pétroliers de Shell en haute mer au large de la Guyane, il a mis en avant son projet d’utiliser les ressources qui en découleraient pour financer la transition énergétique. Vous n’y croyez-pas ?

Ce n’est pas recevable. La France s’est fixé des objectifs ambitieux de réduction des gaz à effet de serre. Si ce qu’on met en place, c’est l’exploitation d’énergies fossiles, on n’y arrivera pas. S’il faut extraire du pétrole dans des conditions difficiles pour l’environnement pour financer le développement du solaire ou de l’éolien, ça ne va pas ! En plus, c’est le lobbying de l’industrie pétrolière qui a gagné dans cette affaire-là, et qui a eu la tête de Nicole Bricq. Jean-Marc Ayrault a eu beau dire que ce n’était qu’un remaniement ministériel d’après législative, ce n’est pas tenable une seconde.

Croyez-vous ce gouvernement capable de résister au lobbying pétrolier ?

De moins en moins. Si on doit juger sur pièce, pour l’instant non – j’espère me tromper.

Tous les signaux envoyés depuis l’élection de François Hollande sont négatifs. Le seul signal positif, c’est la conférence environnementale. Mais ce n’est pas suffisant, il faut qu’il y ait une proposition politique, un projet, quelque chose. C’est bien de parler de biodiversité et d’énergie, mais c’est la quinzième fois qu’on le fait et ce n’est pas ça qui fait avancer les choses. Depuis le départ, en matière de proposition politique, il n’y a rien de satisfaisant : forages guyanais, ouverture d’une nouvelle mine d’uranium au Niger, et maintenant, gros point d’interrogation sur les gaz de schiste… Nous avons été sidérés d’entendre les premières déclarations d’Arnaud Montebourg déclarant le sujet non clos. On ne s’attendait pas du tout à ce que ce débat-là vienne sur le devant de la scène. Pour nous, les gaz de schiste, c’était terminé.

Nous espérons qu’à l’occasion de la conférence environnementale, le président ou le premier ministre vont prendre l’engagement politique clair de ne pas exploiter les gaz de schiste – même si on y croit de moins en moins au vu de ce qu’il se passe.

Quand François Hollande s’est rendu au sommet de Rio+20, il avait une formidable occasion de marquer le début de son quinquennat par un engagement fort sur l’environnement. On a vu son discours : il n’y a rien. Aucun engagement fort, aucun geste, aucun signal, rien qui nous conforte. 

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