Portraits croisés.

Vendredi 6 avril 2012, par GUILLAUME ROQUETTE // La France

Essais : Quand trois stars du journalisme politique croquent le président de la République, le résultat est étonnamment nuancé.

Nicolas Sarkozy est l’homme politique français dont il est le plus difficile de parler. Dans son dernier livre, Alain Duhamél commence bizarrement son portrait du président-candidat. Ce dernier n’est-il pas au contraire la source d’inspiration essentielle de tous les journalistes politiques du pays ? Mais l’éditorialiste de RTL précise aussitôt sa pensée : la difficulté est de parler du chef de l’État... calmement, « sans charger, sans excuser, sans caricaturer ». C’est précisément l’exercice auquel se livrent notre collaboratrice Catherine Nay comme Christophe Barbier dans des livres sortis ces jours-ci, celui d’Alain Duhamel étant en librairie depuis le début de l’année.

Avec l’Impétueux, Catherine Nay signe assurément la chronique la plus exhaustive du quinquennat :683 pages pourun récit chronologique qui nous replonge dans les éruptions successives de la présidence Sarkozy, si inédites qu’elles déclenchèrent toutes un tourbillon médiatique, si nombreuses qu’elles tombèrent ensuite dans un sel oubli. Des écarts de langage aux inl vations et incongruités en tout ger. Catherine Nay n’omet rien. Mais pa doxalement, cette exhaustivité vaut presque dédouanement pour le chef l’État. On finit par s’habituer à la radicalité du personnage. Catherine Nay, Catherine Pégard, qui sort de quatre années à l’Élysée : « Nicolas Sarkozy n’est jamais dans le gris, il est dans le blanc et le noir et les fait cohabiter. » C’est à prendre ou à laisser. Le récit de Catherine met aussi en lumière le contraste en les provocations du style sarkozysts la prudence dont fait preuve le chef l’État dans l’exécution des grandes formes, qu’il s’agisse des universités, des régimes spéciaux ou des retraites. À chaque fois, entre le président le premier ministre, le plus radical n’est pas celui qu’on pense.

Christophe Barbier, le directeur l’Express, consacre un des chapitres son dernier livre Maquillages au chef de l’État. Il l’intitule : « L’homme maquille ses mains », afin, précise l’auteur, « qu’elles mentent encore mieux lui ». L’accroche est violente mais Barbier n’est pas un méchant. S’il rappelle qu’il avait surnommé Sarkozy « le nénuphar » parce qu’il était mobile mais sans profondeur, c’est pour ajouter que ses racines ont poussé au cours du quinquennat. Et l’auteur considère finalement que si son sujet n’était pas un homme d’État en arrivant à l’Élysée, il a appris à l’être, face à des drames comme la mort de dix soldats français. en Afghanistan au coeur de l’été2008.

« Il a plus la stature que la manière », atteste de son côté Alain Duhamel avec soin assurance coutumière. Le professeur Duhamel note sévèrement les fanfaronnades de Nicolas Sarkozy, sa propension à se mêler de tout mais se montre au final indulgent : « Le changement a eu lieu mais l’irruption de la crise l’a défiguré, » « Une seule chose est avérée : qu’on apprécie ou pas le résultat de ces efforts, Nicolas Sarkozy a nettement plus réformé en cinq ans que Jacques Chirac en douze ans. »

Du côté de la vie privée,Alain Duhamel relève l’influence « apaisante, stabilisatrice » de Caria Bruni sur son époux. Quand Christophe Barbier soutient que la nouvelle première dame, « acceptée pour son professionnalisme mais pas adoptée, demeure ce que la droite déteste », il juge, charmé, qu’elle excelle dans son rôle, avec toute l’élégance, la distinction et la culture nécessaires.

Reste la question à 1 000 euros : Sarkozy peut-il être réélu ? Aucun de nos trois auteurs ne se risque évidemment à un pronostic, chacun pèse le pour et le contre. Si les Français le jugent « à partir d’impressions, de sentiments, de subjectivités, il a perdu. Si c’est en fonction de son charisme, de son poids international réel, de ses capacités, il conserve toutes ses chances », synthétise Alain Duhamel. Christophe Barbier s’en tire lui par un triple Salto dont il a le secret : « Nicolas Sarkozy n’a aucune chance d’être réélu dans un scrutin qu’il a de bonnes chances de remporter »

GUILLAUME ROQUETTE

Portraits souvenirs, d’Alain Duhamel, Pion, 314 pages, 20,50€. L’impétueux, de Catherine Nay, Grasset, 683 pages, 22€. Maquillages, de Christophe Barbier, Grasset, 264 pages, 18€.

Répondre à cet article