Politique sociale : Des syndicats aux abonnés absents.

Samedi 1er mars 2014 // La France


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Alors que le gouvernement fait alliance avec le patronat pour anéantir le pacte social issu du programme du Conseil national de la Résistance, les syndicats, qui ont largement contribué à son élaboration sont réduits à jouer les seconds rôles. Plusieurs raisons à cela : la stratégie du président de la République, la division syndicale et les querelles intestines.

Et s’il en était de la politique sociale comme de la politique économique ? Contrairement à ce que clament haut et fort les principaux dirigeants de la droite et du centre, le patronat et une partie de la gauche, il n’y a pas changement de cap de la part de François Hollande, mais bel et bien accélération de la politique économique ultra-libérale mise en place depuis son accession à la présidence de la République. Il en est de même de la politique sociale : depuis 2012, le gouvernement ne cesse de démolir le pacte social qui fonde notre République. il suffit, pour s’en convaincre, d’examiner les dix-huit mois qui viennent de s’écouler à la lumière des propos tenus le 16 janvier par François Hollande lors de sa conférence de presse. Pour se mettre les syndicats dans la poche, il a procédé par étapes successives.

Dans un premier temps, il devait les caresser dans le sens du poil, leur donner l’impression qu’ils étaient une pièce maîtresse de son dispositif et que les attentes des ménages, qu’ils sont censés représenter, constitueraient une priorité. D’où la multiplication des rencontres entre les responsables syndicaux, le président de la République, le Premier ministre ou les ministres chargés de dossiers sociaux (Michel Sapin, Mari-sol Touraine et Najat VallaudBelkacem) ou les membres de leurs cabinets. Le numéro un d’une confédération reconnaît aujourd’hui qu’en un an et demi, il a été 4s reçu que durant les quinquennats de Jacques Chirac et Nicolas Sarkozy réunis. D’où, également, ces conférences sociales annuelles au cours desquelles, le recul aidant, on peut affirmer, au mieux, que les décisions sont prises avant que la réunion ait lieu, au pire, qu’il ne se passe rien.

Dans un deuxième temps, il fallait pousser les syndicats à négocier eux-mêmes, au nom de la relance de l’emploi, les reculs sociaux à travers des accords nationaux interprofessionnels qui sont autant de renoncements. En témoignent celui sur la sécurisation de l’emploi de janvier 2013. Depuis, l’accord a été transposé en loi et, pour sauver leur emploi, les salariés d’une entreprise en difficulté sont contraints de consentir des baisses de salaires ou de travailler plus sans être payés plus, sous peine de devoir démissionner ou d’être licenciés. Un nouvel accord réformant la formation professionnelle continue vient d’être adopté qui pourrait exonérer les entreprises de leur obligation de formation ; il débouchera dès février sur l’adoption d’une nouvelle loi. La renégociation de la convention d’assurance chômage est en cours qui pourrait remettre en cause la solidarité nationale à l’égard des demandeurs d’emploi. Une dernière négociation devrait s’ouvrir à la demande de François Hollande sur la qualité de l’emploi ; il s’agira de revoir le fonctionnement et les missions des instances représentatives du personnel (Comités d’entreprise, Comité hygiène, sécurité, conditions de travail). Là encore, le pire est à craindre.

En exemptant les entreprises du paiement de la cotisation Famille, le président de la République passe à la vitesse supérieure et place les syndicats, partenaires de sa politique depuis 2012, devant le fait accompli. Il y a fort à parier que l’étape suivante sera sinon la suppression du moins une réécriture complète du Code du Travail. Le prétexte est d’ores et déjà tout trouvé : devant l’échec prévisible du pacte de responsabilité, le patronat pourra toujours prétendre que, outre le coût du travail, le code du travail trop contraignant pèse sur la compétitivité des entreprises, et que tant qu’il n’aura pas disparu, l’emploi ne repartira pas à la hausse.

Face à cette offensive ultra-libérale, les syndicats ne parviennent pas à faire front commun. Ce n’est pourtant pas faute d’essayer. Ainsi, à l’initiative de la CGT et de la CFDT, se sont-ils rencontrés début décembre pour tenter de se mettre d’accord sur une réplique. En vain. Une déclaration commune (sans la CFTC, la CFE-CGC et Solidaires) a bien été rédigée, mais qui. se contente de rappeler de grands principes en matière d’emploi, de rémunération et de pouvoir d’achat (on notera au passage qu’il n’est même plus question de salaire), de fiscalité et de politique européenne. Les divergences sont trop importantes entre une CFDT qui peuple les cabinets ministériels, et une CGT où des oppositions internes se manifestent contre les prises de position confédérales qu’elles soient favorables ou non au gouvernement, à tel point que certains n’hésitent plus à affirmer qu’il n’y a pas de pilote dans l’avion cégétiste. Quant à la CGT-FO, la seule organisation à défendre une approche keynésienne des questions économiques, elle peine à se faire entendre et se retranche dans sa tour d’ivoire.

Enfin, commencent à apparaître des désaccords profonds entre les dirigeants confédéraux complices du gouvernement et une base qui veut des résultats concrets et rapides sur toutes les questions sociales ; aucun des syndicats ne semble épargnés. Ce qui est à la fois une bonne et une mauvaise nouvelle. Une bonne nouvelle, car cette grogne de la base révèle que les salariés ne sont pas dupes de la politique gouvernementale, et une mauvaise nouvelle, car nul ne peut prévoir aujourd’hui comment et sur quoi débouchera ce malaise.

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