Politique : La tyrannie des tartufes.

Lundi 9 février 2015 // La France

Mélenchon : « C’est face à l’obscurantisme que se mène la bataille. » Le chantre de la laïcité a lui aussi du mal à désigner clairement l’adversaire. D’ailleurs, il n’y a pas pour lui de guerre : « J’ai dit à Hollande de demander à Valls d’arrêter de parler de guerre à tout bout de champ », a-t-il déclaré sur RTL. II se refuse même à utiliser le vocable de "terroristes", préférant celui d’ "assassins". Et tout en estimant que « le motif religieux n’est rien » dans les intentions des djihadistes, il en profite pour appeler le gouvernement à supprimer le délit de blasphème dans le droit local d’Alsace-Moselle, héritage du code pénal allemand de 1871... Est-ce vraiment le sujet ?

Clémentine Autain : le fascisme, voilà l’ennemi !

Malgré les attentats perpétrés en France par des islamistes, certains ont du mal à changer de logiciel. Figure médiatique du Front de gauche, Clémentine Autain appelait ainsi, le 9 janvier, deux jours après le massacre de Charlie Hebdo, à marcher « contre les attaques envers les musulmans. Contre toutes les formes de racisme et de xénophobie. Contre les fascismes »...
Quelques jours plus tard, elle disait redouter, toujours sur Twitter, la « stigmatisation des jeunes de banlieue », critiquant la « réponse liberticide » au terrorisme. Et récusait, sur le site Regards.fr, la « théorie du "choc des civilisations" », qui fonderait à la fois les thèses d’un Zemmour et les « fantasmes romanesques d’un Houellebecq ». Un peu court, comme analyse...

À contre-courant

Longtemps, au nom du fameux vivre-ensemble et de la lutte contre le racisme, des intellectuels et des politiques ont fermé les yeux sur la montée des communautarismes. Aujourd’hui, à l’image de Malek Boutih, ils brisent l’omerta.
Pauvre Aymeric Caron. Comme à son habitude, le chroniqueur d’On n’est pas couché était venu avec ses fiches d’élève bien appliqué, ses questions en batterie, bien décidé à faire feu sur tout ce qui ne rentre pas dans ses cases. Pour lui, le monde se découpe en tranches. Il a la gauche et la droite, le progrès et le conservatisme, les bons et les méchants.

Mais que faire lorsque, face à lui, se trouve un homme à propos de qui le journaliste confie, comme s’il avait été cocufié, qu’il a partagé nombre de ses combats et qui aujourd’hui pense contre son temps et le prêchi-prêcha de la classe médiatique ? Cet homme, c’est Michel Onfray. Le philosophe a longtemps traîné ses chemises noires sur tous les plateaux de télé et déboulonné à sa manière nombre d’idoles. L’auteur du Traité d’athéologie (Grasset) a fait le bonheur des enfants de Mai 68, vendu des livres par centaines de milliers.

Le problème, c’est que Miche ! Onfray ne pense plus comme Aymeric Caron voudrait qu’il pense. En d’autres termes, il pense mal. Ou plutôt, il pense quand la France, encore pétrifiée par la tragédie qu’elle vient de vivre, se réfugie dans une hystérie émotionnelle qui semble ne pas devoir prendre fin. Surtout, crime suprême aux yeux du chroniqueur, le philosophe désigne le coupable : l’islam radical.

Il se refuse à réciter là sourate obligée du "pas d’amalgame" et pointe les responsabilités de son propre camp. « Il y a, à gauche, une tradition islamophile par antisémitisme. » Pour Caron, c’en est trop. La coupe est pleine. Onfray est désormais à ranger aux rayons des réacs. Autrement dit, des infréquentables.

Il va falloir qu’Aymeric Caron s’habitue. Michel Onfray n’est pas le seul à ouvrir les yeux quand une grande part de la classe médiatique s’empresse de sombrer dans le politiquement correct et communie toujours et encore à la grande kermesse de la fraternité. Renaud Dély, dans le Nouvel Observateur, en petit "kapo" de la pensée unique, a même dressé, en septembre 2012, la liste de ces nouveaux fachos - Élisabeth Lévy, Alain Finkielkraut, Éric Zemmour, Robert Ménard, entre autres - qu’il convient d’exclure du champ démocratique et médiatique parce qu’ils forment, selon lui, « une amicale brune ». Rien que ça.

La liste ne cesse de s’allonger. Dernier repenti à se déclarer : Malek Boutih. Dans le Point, le député socialiste de l’Essonne pointe du doigt ces « élus locaux corrompus [qui] ont pactisé avec les gangsters et les islamo-nazis ». Pour lui, l’après-7 janvier est l’occasion de dire enfin les choses, de désigner ce cancer français en phase de métastases. « Le moment de la clarification est puissant. On a un problème de ghetto, on a un problème avec l’antisémitisme et on a un problème avec l’application des règles laïques. Quand, dans certaines municipalités, on propose des horaires aménagés pour les femmes à la piscine, c’est déjà un problème. Ça n’est plus acceptable. Quand les parents refusent que leur fille porte un short pour aller au cours de gym, c’est un problème. » Tout un symbole. Le député de l’Essonne avait pourtant allégrement donné dans le prêt-à penser et le politiquement correct, au point d’en faire profession.

Il a beaucoup marché. En tête de cortège dans toutes les manifestations antiracistes depuis le début des années 1980, traînant sa patte folle, souvenir d’une polio qui a conduit cet enfant d’immigrés algériens à l’hôpital à l’âge de 9 mois. Il a 19 ans lorsqu’il commence son apprentissage militant. Nous sommes en 1983. Le Front national enregistre sa première percée aux municipales. Le parti de jean-Marie Le Pen franchit pour la première fois la barre des 10%. Malek Boutih, qui agrandi à Levallois-Perret (Hauts-de-Seine), participe à la "marche des beurs". Un an plus tard, SOS Racisme est créé.

Contrairement à ses camarades, Boutih ne marche plus dans la combine. Malek épingle une petite main jaune sur son éternel col roulé et rejoint la longue cohorte des professionnels de l’antiracisme. Un job à plein temps. Les subventions pleuvent sous Mitterrand. Il est aux côtés de Julien Dray et d’Harlem Désir, brave la pluie, le vent et surtout les idées forcément nauséabondes du FN. Quinze ans plus tard, il succède à Fodé Sylla et devient le troisième président de SOS Racisme. Il alors 35 ans et est propulsé sur le devant de la scène médiatique.

Celui qui chantait, des années plus tôt, « la France, c’est comme une Mobylette, elle fonctionne aux mélanges », fait du métissage son credo. En réalité, il carbure au vivre-ensemble et participe (malgré lui ?) à la montée des communautarismes avant d’embrayer, à la fin de son mandat, sur un poste de secrétaire national aux questions de société au Parti socialiste. Aujourd’hui, Malek Boutih ne marche plus dans la combine. Ses camarades proclament qu’il y aura « un avant et un après Charlie », mais continuent d’entonner le même refrain sans prendre leur part de responsabilité dans la tragédie qui s’est jouée sous leurs yeux grands fermés. Ils fuient les vrais débats. À commencer par ce système clientéliste mis en place dans certaines banlieues, où des élus - de gauche comme de droite - n’hésitent pas à faire des concessions aux communautés pour engranger leurs voix. « Vous recevez discrètement des gens et vous leur donnez des petites revendications, un local ; vous acceptez qu’il n’y ait pas de magasin qui distribue du porc au milieu du quartier, vous acceptez telle ou telle chose et puis, dans les urnes, comme par hasard, vous gagnez les élections. »

Bronca générale dans son camp. À l’exception de Philippe Esnol. Le sénateur PRG des Yvelines va même plus loin. Il affirme que, lorsqu’il était maire de Conflans-Sainte-Honorine, il a reçu la visite du procureur de la République. Il « m’a confié que des ordres avaient été donnés pour qu’on ferme les yeux sur le port de la burqa afin de ne pas reproduire les émeutes qui, à la suite d’un contrôle de police, avaient mis le feu à Trappes à l’été 2013 ». Pour lui, François Hollande a commis une « faute politique » en s’entêtant à faire des musulmans « les premières victimes du fanatisme ». Seule Marine Le Pen « profitera » de ce discours de Bisounours du pouvoir. L’aveuglement volontaire ou le FN. Le voilà prévenu.

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