Politique : Hollande doit-il partir ?

UMP : l’heure des comptes.

Mardi 17 juin 2014 // La France


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Crise

Affaibli par la défaite aux européennes, Jean-François Copé est à nouveau attaqué sur sa gestion du parti.

Histoire d’une contre-offensive

Un député UMP (Pierre Lellouche) qui porte plainte contre X pour usurpation d’identité ; un ancien premier ministre (François Fillon) qui estime son parti atteint « dans sa crédibilité » et son « honneur mis en cause » ; un autre (Alain Juppé) qui appelle l’UMP à « changer » ; des anciens ministres (Nathalie Kosciusko-Morizet, Bruno Le Maire, Laurent Wauquiez) qui ordonnent respectivement à leur formation politique de « se réformer », de faire la « transparence totale » et d’engager une « profonde reconstruction » : il n’a pas fallu attendre vingt-quatre heures pour que le jeu de massacre commence à droite, après l’échec des élections européennes.

C’est une enquête parue dans Libération qui amis le feu aux poudres : dans la foulée de l’enquête à charge du Point contre Jean-François Copé, quelque temps avant les municipales, le quotidien de gauche révèle, dix jours avant les européennes, que des colloques et des meetings, dont certains sont suspectés n’avoir jamais eu lieu, ont été facturés à l’UMP par l’entreprise Bygmalion, dirigée par des proches du président de l’UMP. Rien de commun avec l’article paru en février, qui accusait Jean-François Copé d’avoir permis une surfacturation de tels événements au profit de ses amis : cette fois, Libération évoque la facturation, bien réelle, de 70 événements, pour une somme de 18 millions d’euros.

Meurtri, en février, par les attaques contre la gestion de l’UMP, Jean-François Copé reconnaît cette fois des « interrogations » sur ces nouvelles révélations. « C’est comme si le plafond lui était tombé sur la tête », témoigne un élu proche du patron de l’UMP. Considérant comme « absolument capital que toute la vérité soit faite », Copé se dédouane de la « gestion quotidienne » de son parti. Avant même le résultat des élections européennes, le patron de l’UMP s’isole dans son bureau et téléphone aux ténors de la droite pour compter ses soutiens : Raffarin, Jacob, Bertrand, Le Maire et Karoutchi, entre autres, lesquels sont sensibles à la détresse de Copé, qui se sent trahi. Le filloniste Pierre Lellouche aussi, qui a déclenché les doutes de Copé en disant à la presse n’avoir jamais été présent à une convention facturée à l’UMP, qu’il était censé animer, croit en la bonne foi de son ennemi.

Mais le scandale pourrait, par ricochet, atteindre Nicolas Sarkozy. Une accusation est lancée par l’avocat de Bygmalion, Me Maisonneuve, selon qui la facturation de ces « fausses » conventions aurait été organisée à la demande de l’UMP pour liquider des excédents dans les comptes de campagne de Sarkozy en 2012. Copé et Sarkozy abordent le sujet lors d’un huis clos dans les bureaux de l’ancien président, rue de Miromesnil, le 23 mai.

Les regards se tournent dans le même temps vers Jérôme Lavrilleux, directeur de cabinet de Copé, directeur adjoint de la campagne de Sarkozy en 2012, proche de Bastien Millot, le cofondateur de Bygmalion, que les fillonistes accusent de malversations dans la gestion du parti. Élu député européen le 25 mai, celui-ci a reconnu des « dérapages » dans la gestion des comptes de campagne, tout en assurant n’avoir jamais informé ni Sarkozy ni Copé de ses écarts de comptabilité.

Soucieux d’éteindre l’incendie avant qu’il ne se propage trop loin des perquisitions ont déjà eu lieu à l’UMP, Copé a convoqué un bureau politique à l’Assemblée nationale, le 27 mai, à 8h30, pour faire « toute la lumière » sur cette affaire. À l’heure où nous mettions sous presse, Jean-François Copé prévoyait d’annoncer son souhait d’être entendu par un juge ainsi que sa volonté de porter plainte contre X, avant de mettre en place une « gouvernance exemplaire » et de renforcer les procédures au sein du parti afin d’éviter toute suspicion sur la gestion des comptes. Une mission de sécurisation de ces procédures, que les copéistes se refusent à nommer "audit", devait également être confiée à René Ricol, un commissaire aux comptes à l’autorité incontestée.

« Copé ne peut pas tenir, il va quitter la présidence », fantasment en chœur les ennemis du président de l’UMP. « La nouvelle gouvernance du parti sera technique, pas politique », rétorque un copéiste, écartant la rumeur d’une « mise sous tutelle » de Copé, qui contre- attaquera prochainement à l’Assemblée avec ses propositions de loi sur la transparence dans les partis politiques et dans les médias. « Copé, quitter sa place à la tête du parti ? C’est mal le connaître, poursuit un copéiste. Il restera président, parce que personne ne veut de son poste et que personne n’aura le courage de le déloger.

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