Politique Française : Des paris risqués pour le gouvernement.

Samedi 13 octobre 2012 // La France

Le président est « en situation de combat ». Il veut « fixer le cap et le rythme » du « redressement ». Le 9 septembre, sur le plateau de TF1, les mots ont été choisis pour évoquer le volontarisme afin de balayer les accusations de mollesse. Quant aux moyens, ils sont classiques : réduction du déficit budgétaire grâce à un alourdissement des impôts pour lés entreprises et pour les ménages ; réforme du marché du travail pour « inverser la courbe du chômage d’ici un an » ; soutien public à l’investissement des entreprises.

Les principaux commentaires ont porté sur la ponction fiscale, mais celle-ci ne peut être appréciée hors du dispositif général que le gouvernement va mettre en place en fonction d’une croissance de 0,8% l’année prochaine. Tout repose donc sur la pointe fine de cette prévision. Or les instituts et services de recherches estiment que la croissance ne dépassera pas 0,3% dans le meilleur des cas et 1% dans le pire. La ré- cession impliquerait une baisse des recettes fiscales qui se situerait entre 9 et 12 milliards d’euros. Pour réduire le déficit budgétaire à 3% du PIB, il faudrait opérer de nouvelles ponctions sur les ménages, ce qui ralentirait l’activité économique et entraînerait de nouvelles baisses de rentrées fiscales.

Pour ce qui concerne le chômage, le gouvernement sait que le nombre de demandeurs d’emploi va augmenter : au moins 500.000 personnes supplémentaires jusqu’en juin 2013. Les effets bénéfiques du « pacte de croissance » ne sont plus évoqués car les sommes engagées seront faibles et la future Banque publique d’investissement aura des ressources trop modestes pour retourner la tendance.

Pourquoi François Hollande et Jean-Marc Ayrault décident-ils de persévérer dans la politique d’austérité engagée par leurs prédécesseurs ? Trois principaux arguments sont avancés par leur entourage : le gouvernement espère que les entrepreneurs français et étrangers vont retrouver confiance dès que la zone euro sera renforcée par le Mécanisme européen de stabilité (MES) et parle Pacte budgétaire ; une amélioration de la conjoncture internationale est par ailleurs attendue hors d’Europe et la demande des pays dynamiques relancera l’activité dans la zone euro ; enfin, la réforme du marché du travail devrait renforcer la compétitivité de l’économie française.

Ces trois paris sont excessivement risqués. La tendance à la baisse de l’investissement est nette dans les principaux pays européens à l’exception de l’Allemagne et il est douteux que le MES et le Pacte budgétaire parviennent à inverser le cours des choses. La Chine et l’Inde sont sur le chemin de la récession et vont faire des efforts pour exporter en Europe, au détriment de l’activité économique de notre zone. Quant à la réforme du marché du travail, elle ne produira ses effets qu’à moyen terme dans le scénario optimiste, mais on commence à s’apercevoir que le modèle danois de « flexisécurité », qui inspire le gouvernement, n’a pas résisté à la crise.

Bien entendu, ces prévisions sont strictement économiques. Elles ne peuvent tenir compte des réactions sociales aux diverses mesures envisagées et aux effets de contagion que les mouvements protestataires dans les pays voisins surtout l’Espagne pourraient produire dans notre pays. Le gouvernement redoute cette perspective et espère que les syndicats pourront calmer le jeu. C’est un autre pari, à la limite le moins risqué.

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