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Police : Manuel Valls « ne veut rien imposer »

Mardi 10 juillet 2012 // La France

« Rien ne se fera sans vous. » C’est porté par cette conviction que Manuel Valls, le ministre de l’intérieur a, tout au long d’une semaine dédiée à la tournée des promotions de nouveaux diplômés de la police, commencé à dévoiler sa feuille de route en matière de sécurité.

Revendiquant son titre de «  premier flic de France  », Manuel Valls a rappelé jeudi lors du congrès de l’Unsa Police (troisième syndicat de gardiens de la paix), à Dreux, qu’un de ses premiers gestes de ministre fut d’accrocher le portrait du «  Tigre  », Georges Clemenceau (à l’origine de cette expression pourtant très contestable dans ses implications). « Ma mission est de vous soutenir, de vous faire confiance et de vous protéger », a-t-il assuré aux policiers présents.

Manuel Valls installe le nouveau préfet de police de Paris, à sa droite, le 26 juin.
Manuel Valls installe le nouveau préfet de police de Paris, à sa droite, le 26 juin.© LF

Marquant de véritables ruptures avec la politique sécuritaire de Nicolas Sarkozy (rapprochement police-population, réforme de la politique du chiffre), Manuel Valls s’inscrit toutefois dans la continuité sur d’autres dossiers (renseignement intérieur, vidéo surveillance) et dans la méthode (en rappelant fréquemment sa qualité d’« élu de banlieue » conscient des «  réalités du terrain  »). Une comparaison qui amuse le ministre qui s’est lancé mercredi dans une imitation de l’ancien président : « On dit “Y va sur le terrain, y ressemble à un autre”. » Avant d’ajouter, de façon presque inaudible au milieu des rires : « C’est pénible. »

Contrôle d’identité  : le récépissé s’éloigne

Dans son programme, François Hollande avait prévu une circulaire contre le contrôle au faciès avant fin juin. Le 1er juin, le premier ministre Jean-Marc Ayrault, rentrant dans les détails, avait évoqué la remise de récépissés à chaque personne contrôlée. Manifestement, Manuel Valls n’a pas apprécié d’avoir été ainsi brusqué. « Un débat public sur les contrôles d’identité existe et nous ne pouvons l’esquiver », a-t-il paru regretter, le 28 juin, face aux représentants syndicaux de l’Unsa Police.

Trois jours plus tôt, devant les commissaires tout juste diplômés de l’École nationale supérieure de la police à Saint-Cyr-au-Mont-d’Or, le ministre s’est offert de multiples portes de sortie : « On fera les études nécessaires sur ce projet de récépissé », et « si on voit que techniquement c’est difficile et qu’il n’est pas accepté par les policiers, on choisira ensemble de bonnes solutions ». Les policiers ont très bien perçu le message : « Le récépissé est enterré », a entériné Patrice Ribeiro, secrétaire général de Synergie Officiers (second syndicat d’officiers).

Officiellement, le débat est renvoyé à l’automne et à la remise d’un rapport par le Défenseur des droits. Le ministre de l’intérieur a également saisi la Cnil, dans un souci de protection des données personnelles assez remarquable pour un ministère qui compte 80 fichiers, dont près de la moitié illégaux… « Le traitement des souches pourrait engendrer des fichiers qui ne répondent pas aux attentes de la Cnil  », s’est de son côté ému Philippe Capon, leader de l’Unsa Police, le 28 juin.

À défaut (pour l’instant) de reçu et de réforme du Code de procédure pénale, Manuel Valls compte sur le « discernement » des policiers. Le 25 juin, il a demandé aux commissaires, ses « managers », de bannir les contrôles d’identité « abusivement répétés ou réalisés sans discernement ». « Une institution, pour être respectée de tous, doit être respectueuse de chacun », a-t-il répété à plusieurs reprises, insistant sur le « devoir d’exemplarité » des policiers et son inflexibilité sur les questions de déontologie.

Cela passe, pour le ministre, par « une certaine distanciation professionnelle » et la prohibition du tutoiement. « Même avec une forme de familiarité avec des jeunes de quartier que l’on connaît, il amène très vite à des débordements », a-t-il mis en garde le 28 juin. À plus long terme, est envisagée une « rénovation en profondeur de la formation des policiers », en valorisant la « part réservée aux cas pratiques et aux retours d’expérience ».

Manuel Valls salue les responsables syndicaux policiers, le 26 juin, à Paris.
Manuel Valls salue les responsables syndicaux policiers, le 26 juin, à Paris.© LF

Des policiers mieux protégés

En revanche, le dossier de la protection fonctionnelle des policiers et des gendarmes avance, lui, à grande vitesse. La commission, nommée début juin et présidée par un conseiller d’État, doit rendre ses conclusions fin juillet. « Nous avons une police exemplaire, amenée à faire usage de son arme avec beaucoup de discernement, contrairement à d’autres pays », a salué, le 28 juin, Manuel Valls, qui souhaite mieux protéger ses troupes en cas de procédure judiciaire.

Cette revendication était partie d’un mouvement de colère des policiers dans l’entre-deux tours, suite à la mise en examen pour homicide volontaire d’un de leurs collègues de Noisy-le-Sec, qui avait tué par balle une personne recherchée. « Moi, les uniformes et les sirènes hurlantes au cœur de Paris, je n’admettrai pas et je sanctionnerai les policiers », a toutefois mis en garde Manuel Valls, qui a également exclu toute « présomption de légitime défense »

Comme pour tous les fonctionnaires, l’État est tenu de protéger les policiers et gendarmes en leur fournissant une assistance juridique en cas de poursuites judiciaires liées à l’exercice de leurs fonctions. « Mais, du fait de leur mission, les policiers sont particulièrement exposés, estime Nicolas Comte, leader d’Unité SGP Police FO (le principal syndicat de gardiens de la paix). Afin que la présomption d’innocence soit réellement respectée, un policier mis en examen, sans faute intentionnelle avérée, doit pouvoir conserver son plein traitement et ses primes, quitte à être cantonné à des tâches administratives, en attendant la fin de la procédure pénale. »

À Millau, un policier de la brigade anti criminalité, suspecté d’avoir tué par balle un jeune conducteur qui tentait d’échapper à la patrouille, vient ainsi d’être mis en examen le 29 juin. 

Par Louise Fessard le 01 juillet 2012

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