Plus les responsables économiques et politiques chercheront à illusionner les peuples en s’illusionnant eux-mêmes, plus la réalité sera difficile.

Lundi 30 juillet 2012 // L’Europe

Merkel Hollande à L'Elysée

Le sommet européen du 28 et du 29 juin n’apporte pas de réponse à la question immense qui se pose désormais aux différentes nations de la zone euro. Est-il possible de maintenir une monnaie unique avec des économies nationales non seulement différentes mais surtout divergentes et, du fait de la crise, de plus en plus divergentes ? Cette question, sans cesse écartée pour conserver des accords d’apparence, va devenir dans les mois, peut-être dans les semaines qui viennent, de plus en plus précise : l’euro institué dans l’euphorie d’une Europe qui s’imaginait à l’époque comme déjà faite et qui, désormais, existe concrètement de moins en moins, est-il encore utile ? N’est-il pas en fait nuisible ? Ses avantages comparés à ses inconvénients sont-ils encore suffisants pour qu’il vaille la peine de continuer l’expérience ? L’expérience ne risque-t-elle pas de tourner au désastre ?

Les milliards irrécouvrables

Que peut-il se passer quand pour maintenir fictivement dans une même zone monétaire un pays, puis deux, puis trois, puis quatre qui sont en faillite réelle, bien que non déclarée, les autres pays partenaires doivent engager des sommes qui, toutes accumulées, représentent à elles seules plus, infiniment plus, que le montant des faillites initiales ? La Grèce, pour ne prendre que cet exemple chiffré, n’aura-t-elle pas coûté à ce jour plus de 350 milliards d’engagements et, concrètement, de pertes sous une forme ou sous une autre ? Absolument pour rien. Après la Grèce, l’Irlande et le Portugal, voici l’Espagne qui demande à son tour de l’aide pour ses banques : 100 milliards, pour le moment... Puis voici Chypre où il serait question de 10 milliards, la moitié de son PIB ; or, ce 17 juillet 2012, Chypre préside l’Union-européenne, alors, qu’elle est placée sous la tutelle financière de la fameuse troïka, Union européenne, BCE, FMI !

L’Italie dans fort peu de temps ne pourra plus soutenir sa dette, en raison des taux ; Mario Monti l’a reconnu et, pourtant, il y a encore trois mois, financiers et experts se félicitaient du redressement opéré dans la péninsule. Les chiffres italiens seront supérieurs aux précédents !

La France, avec sans doute les Pays-Bas et la Belgique, est désormais concernée ; la situation macro-économique est détestable, les comptes très mauvais. Les rapports se succèdent, plus alarmistes les uns que les autres, celui de l’Inspection des finances, celui de l’OCDE, celui de la Cour des comptes ; la Commission de Bruxelles qui commence à s’inquiéter - il est temps !- , y est allée de ses recommandations. Il va falloir que la France donne des gages d’un redressement financier et budgétaire. Le discours de politique générale de Jean-Marc Ayrault et la session parlementaire du mois de juillet ont pour but de donner des assurances de sérieux. Mais ce prétendu « sérieux » sera-t-il pris au « sérieux » ? En dépit de tout ce que l’on raconte, la dette française ne va-t-elle pas apparaître dans sa terrible réalité : abyssale et, donc, intenable ? D’autant plus que les promesses socialistes - même rabotées- vont à l’encontre de tous les efforts entrepris dans les pays qui essayent de se sortir de cette effroyable crise.

 La pression fiscale qui sert de compensation aux économies non effectuées, ne peut qu’achever de ruiner un pays qui devient peu à peu exsangue. « Les remèdes » d’un faux keynésianisme dans lequel la génération d’Hollande a été élevée, n’ont aucune prise sur la réalité d’aujourd’hui : il s’agit de concepts simplistes d’un socialisme de grande école, de salon et d’antichambre ministérielle, manipulés par des gens qui n’ont jamais connu, quant à eux, le risque personnel, la décision politique, économique, financière, humaine de l’entreprise. Les conséquences vont se faire sentir et très vite. Après 2008 et 2010, la France, en tant que telle, a connu une alerte très grave en 2011. La situation s’étant encore dégradée, que sera la prochaine alerte ? C’est à se demander si dans l’Etat, dans la haute fonction publique et économique il est encore des gens responsables.

Tant de folies pour une folie

Ainsi, en France, en Europe, les folies s’ajoutent-elles aux folies. Vient un jour où les folies dépassent le niveau du possible. C’est le cas aujourd’hui. Il est des gens qui savent compter leurs sous. Les Allemands en sont, toutes tendances confondues. Vouloir opposer sur ce sujet la chancelière Angela Merkel au SPD n’est que manoeuvre dérisoire. S’imaginer que l’Allemagne au nom de l’Europe, de la solidarité européenne et de la croissance future, consentira à mutualiser les dettes, à émettre des euro-obligations, à financer encore et encore des projets de dépenses publiques pour favoriser des relances illusoires, c’est littéralement infantile. Aucun Allemand n’est dupe de pareilles propositions qui pour eux reviennent toutes à payer pour tout le monde, y compris la France qui révéle par là-même sa faiblesse en s’accrochant désespérément à cette solution. C’est donc qu’elle n’en a plus d’autre !

Angela Merkel a été obligée de préciser que, « elle vivante, elle ne verrait jamais d’eurobonds ». D’ailleurs ne doit-elle pas répondre de ses décisions devant le Bundestag et n’attend-elle pas l’arrêt de la cour suprême de Karlsruhe ?

Parti sur de telles bases, le sommet européen ne pouvait rien donner de précis et de concret, sauf des considérations générales sur la croissance qui doit équilibrer la rigueur budgétaire, avec des fonds ramassés à la hâte et dédiés à des projets incertains. Reste que l’Allemagne impose sa loi sous forme d’alternative : ou l’Europe fédéralisée à l’allemande avec contrôle budgétaire et bancaire strict ou rien.

Et voilà les Français, en réalité les politiciens et toute l’oligarchie en place, de courir dans cette voie : oui, plus d’intégration européenne, oui, le saut fédéral, oui, l’union budgétaire et contrôlée, oui, l’union bancaire, oui, tout ça et vite.., et pourquoi ? Parce que tout ce beau monde, financiers compris, veut s’assurer une sorte de garantie des dépôts et tout aussi bien des autres actifs dont d’innombrables toxiques, à commencer par ceux de la BCE, par ce moyen d’une pseudo-solidarité et d’une pseudorépartition des risques. Comme les subprimes ! Car ce qu’ils redoutent et qu’ils ne disent pas, c’est la panique monétaire, bancaire et obligataire qui les menace d’un moment à l’autre. Alors, les mots sont les derniers recours. Pour se cacher les réalités.

A quoi sert de courir vers l’abîme en refusant de le voir au motif qu’il n’y aurait plus d’autre solution que de continuer dans la même voie en allant de plus en plus vite et en se rassurant les uns les autres de ce que tout le monde y va d’un même pas ? Les experts se font pressants : ils ne nient pas le danger ; ils disent qu’il faut l’enjamber. Rien ne serait plus simple si on les écoute : au bord de la falaise d’où nous risquons de nous précipiter, il suffirait de construire le pont du fédéralisme européen - et puisque nous le voulons en imagination, il est déjà construit ! - et, alors, en courant toujours dans la même direction, nous passerons de l’autre côté du précipice et nous entrerons dans le monde merveilleux de nos rêves où des peuples égaux et indifférenciés vivront tous sur le même pied avec la même monnaie dans une croissance exponentielle de richesses et sans plus aucune distinction, même pas de compétitivité !

Vous aurez beau leur dire : ça n’existe pas. Ils feront comme si. En se jetant dans l’irréparable. Gageons que les Allemands et les Anglo-saxons ne joueront pas ce jeu d’une si stupide crédulité.

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