Pilier de défense.

Vendredi 14 décembre 2012 // Le Monde

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Huit jours de tension contrôlée entre Israël et le Hamas débouchant sur une trêve ont bousculé les équilibres au Proche-Orient.

Intense mais brève, la crise entre Israël et le Hamas à Gaza n’a pas reproduit le scénario difficile de l’opération « plomb durci » en décembre 2008/janvier 2009. Celle-ci avait duré vingt-et-un jours faisant plus de 1.500 victimes civiles à Gaza. Cette fois la mobilisation aura suffi à éviter là guerre. Les quelque 75.000 réservistes israéliens ont pu regagner leurs foyers sans combat. Les frappes ont été ciblées sur des objectifs stratégiques faisant « un minimum » de victimes civiles à Gaza : 150. La mise en place du système de défense antimissiles a permis d’intercepter plus de la moitié des engins sol-sol que le Hamas s’était procurés sur le marché régional des armements (Libye, Soudan, Iran). Tout de même, pour la première fois depuis 1991 (engins tancés depuis l’Irak pendant la guerre du Golfe), les habitants de Tel-Aviv et de Jérusalem ont entendu les sirènes et rejoint les abris souterrains. Cinq victimes sont à déplorer.

On épiloguera longtemps sur les responsabilités respectives de cet accès de fièvre. Concentrons-nous plutôt sur les résultats qui fournissent sans doute la clé des motivations des acteurs. La résolution du conflit par la trêve conclue au Caire le 21 novembre est en effet riche d’enseignements. Un grand perdant : l’Autorité palestinienne de Mahmoud Abbas ; un grand gagnant : l’Egypte du président Morsi. Israël et le Hamas ont bien joué leurs parties respectives : et s’en sortent internationalement confortés.

Le 29 novembre I’Assemblée générale de l’ONU devait voter sur l’admission de la Palestine comme État non-membre. La manoeuvre avait échoué l’an dernier. Ce projet est porté par le gouvernement de Mahmoud Abbas qui siège à Ramallah. Qui du Hamas ou de Benjamin Netanyahou souhaitait le plus faire diversion ou échec à ce projet ? Le premier résultat de la crise Gaza est la marginalisation des politiques et des diplomates de Cisjordanie. Ce qui se passera à New York est devenu soudain totalement insignifiant. Personne n’a pu se rendre de Ramallah à Gaza. En revanche, les ministres des Affaires étrangères turc, égyptien et qatari sont venus sur place. La légitimité régionale à clairement changé de camp.

Aujourd’hui il y a trois Etats et non deux Israél, là bande de Gaza et l’entité de Ramallah. C’est sans doute un état transitoire. Depuis 1948, les Gazaouites ont toujours été minoritaires dans la Bande de Gaza. Bon nombre de dirigeants du Hamas dont Khaled Meshaal lui-même sont originaires de Cisjordanie. Mais la prise de pouvoir du Hamas en Cisjordanie prendra encore quelque temps. L’Autorité palestinienne en revanche, sous sa forme actuelle, a vécu.

Les crises de Syrie, du Liban, d’Iran, de Libye, avaient occulté la question palestinienne. Elle s’est brutalement rappelée à notre souvenir collectif. Du coup, la puissance dominante régionale est redevenue celle qui n’aurait jamais dû cesser de l’être l’Egypte. La branche du Hamas installée à Damas avait habilement déménagé au Caire au printemps. Désormais, c’est la coalition nationale syrienne qui siège au Caire. Encore un peu et nous reviendrons au temps de la République arabe unie (RAU), la brève union entre l’Egypte et la Syrie au temps de Nasser au début des années soixante. Le nouveau pouvoir à Damas sera intronisé au Caire, de même que le nouveau gouvernement palestinien d’union. Hilary Clinton n’a pas eu à intervenir. Simplement, elle était là. L’Europe, coupable d’avoir mis tous ses oeufs dans le seul panier (percé) de Ramallah, a été prise de court.

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