Pierre Fabre

Hommage Par François d’Orcival, de l’Institut

Jeudi 22 août 2013 // Homme d’honneur

Pierre Fabre

Drapeau de France

Il savait tout voir dans le détail en posant sur les êtres un regard chaleureux et indulgent. Créateur d’un groupe de dix mille salariés, il était aussi d’une extraordinaire humilité.

Pierre Fabre aimait son pays. De sa petite patrie natale à la grande patrie française, il aimait de toutes ses fibres la nature, les paysages, les maisons, le patrimoine légué parle passé comme l’architecture tendue vers l’avenir, et puis il aimait les Français, en commençant par les gens de chez lui. Son génie a été de travailler sur les plantes ; personne n’était plus enraciné que lui dans ses terres du Tarn. Paris n’était pas son univers ; en revanche, il recevait dans sa maison du Caria, aux environs de Castres, au milieu des arbres et des pelouses. Il offrait du cidre de ses pommiers avant de vous emmener visiter le siège ultramoderne de ses laboratoires, construit par Roger Taillibert, à Lavaur, et toujours en pleine verdure. Ce qui vient de la nature ne vous trompe pas.

Il avait conservé l’officine d’où tout était parti, avec ses pots de pharmacie, fruits de ses premières recherches. C’était devenu d’immenses laboratoires employant des milliers de chercheurs, jusqu’à l’Oncopole de Toulouse. Une personnalité exceptionnelle, disent les siens, qui savait tout voir dans le détail, en posant sur les êtres ce regard souriant et généreux. Celui qui avait créé quelque 10 000 emplois, dont l’essentiel en France et dans sa région, restait en même temps d’une extraordinaire humilité. Il écartait les caméras, avait renoncé à la Bourse. Il parlait peu, écoutait beaucoup et savait tout. Il avait des visiteurs du soir, petits ou grands élus, petits ou grands patrons. Avec eux, il discutait parfois d’affaires, mais surtout de politique et d’histoire.

I1 était l’ami de toujours d’un député corrézien devenu premier ministre puis président de la République, Jacques Chirac. Son éclectisme était total ; il recevait des personnalités de droite comme de gauche, puisque la France est ainsi faite et que, sur ses terres du Sud-Ouest, l’accent radical et socialiste y est plus répandu qu’ailleurs. Chacun venait se présenter à celui que Nicolas Sarkozy devait appeler « cet alchimiste qui transforme tous les projets en réussites ». Il n’avait pas seulement ouvert des laboratoires, des centres de recherche ou de formation et des usines dispersées dans toute la région, il irriguait ces petites villes et ces bassins d’emplois de la richesse créée dans le monde. Il irriguait ces petites villes et ces bassins d’emplois de la richesse créé dans le monde ; il faisait vivre tant de familles, tant de clubs de rugby — le Castres Olympique lui a donné, cette année, sa dernière joie en devenant champion de France — sans rien leur demander d’autre que de grandir.

Au mois de septembre 2010, Nicolas Sarkozy l’avait donc invité à venir à l’Élysée pour lui remettre les insignes de grand-croix, la plus haute dignité de la Légion d’honneur. Tout le Sud-Ouest, et pas seulement, était là, de toute couleur politique. « Votre parcours représente à mes yeux l’exemple même du capitalisme familial, lui avait dit le président de la République, du capitaliste qui réinvestit toujours ses bénéfices et qui croit aux hommes et aux femmes qui dépendent de lui. » Le 30 mai dernier, c’est son successeur, François Hollande, qui lui rendait hommage à son tour en inaugurant l’une de ses unités les plus récentes, avant d’avoir pour lui, le jour de son décès, des mots émouvants et très chaleureux.

Pierre Fabre était devenu le propriétaire de Valeurs actuelles au mois de mars 2006. Avant tout par affection. Cela remontait à l’amitié ancienne qui le liait à notre fondateur, Raymond Bourgine (emporté par un cancer en novembre 1990), dont il parrainait le prix de la recherche contre le cancer qui porte son nom. Il définissait ainsi les valeurs de son groupe : « éthique, qualité, indépendance ». Comment ne pas y voir celles d’un hebdomadaire comme le nôtre ? Pour réussir dans son métier, il donnait trois conseils : « enthousiasme, curiosité, rigueur ». Depuis sept ans, il aura accompagné notre développement d’une manière absolument exemplaire, jusqu’à prévoir d’assurer sa pérennité et son indépendance.

25 juillet 2013 Valeurs actuelles

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