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Pieds-noirs : la colère contre la gauche.

Municipales.

Dimanche 30 mars 2014 // La France


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Vent debout contre le pouvoir qui multiplie les provocations à leur encontre jusqu’à reconnaître officiellement le 19 mars comme Journée nationale du souvenir, les rapatriés s’apprêtent à sanctionner la gauche aux municipales. Enquête.

Plus de deux mois après, Christiane Taubira n’a toujours pas répondu. La lettre est datée du 10 janvier. « Madame le Ministre [...], le Cercle algérianiste, première association nationale de Français d’Algérie, souhaite appeler votre attention sur la recrudescence de propos stigmatisants et discriminatoires dont font l’objet les pieds-noirs [...1 C’est ainsi que le Cercle algérianiste a officiellement déposé plainte le 10 décembre dernier auprès du procureur de la République de Paris, pour "provocation à la discrimination, à la haine ou la violence à l’égard d’un groupe de personnes, à raison de leur origine ou de leur appartenance à une ethnie, une nation, une race ou une religion déterminée" contre le politologue Thomas Guénolé.

Celui-ci a tenu, en effet, le 8 juillet dernier, lors du journal de 13 heures de France Inter, des propos insupportables imputant aux pieds-noirs un racisme entretenu culturellement : C’est un fait que, culturellement, le. racisme est quand même plus développé dans le sud de la France. Cela s’explique en partie, il faut dire les choses, par le fait qu’il y a une très forte communauté pied-noire dans le sud de la France, a-t-il affirmé. Nous déplorons que, contrairement à d’autres cas de stigmatisation avérée, concernant d’autres commnautés, aucun responsable public ne se soit exprimé pour condamner ces propos inacceptables qui visent à jeter l’opprobre sur une communauté. Les Français d’Algérie ne sauraient accepter d’être traités comme une catégorie à part qui pourrait être insultée à loisir par des responsables publics, médiatiques ou du monde artistique... »

Suit une double requête : celle de « connaître [la] position » de la ministre, ainsi qu’une demande de rendez-vous. Résultat : « Nous n’avons même pas reçu un accusé de réception », regrette Thierry Rolando, le président du Cercle algérianiste. Un temps, puis : « Il est vrai que nous ne nous faisions guère d’illusions. » Le propos est grave, pourtant : « Imaginez que ce même politologue ait expliqué que la délinquance est plus développée en Seine-Saint-Denis en raison de sa très forte communauté immigrée. Cela aurait constitué une infraction pénale, et nul doute que toute la gauche, Christiane Taubira en tête, se serait mobilisée », affirme Me David Dassa-Le Deist, son avocat. Et si ce n’était qu’un cas isolé... « Depuis l’élection de François Hollande, jamais nous n’avons eu le sentiment d’être niés et piétinés à ce point », constate Bernard Coll, le président de Jeunes Pieds-Noirs, rappelant aussi que le chef de l’État n’avait pas hésité, durant sa campagne présidentielle, à publiquement rencontrer « l’héroïne du FLN » Zohra Drif, l’une des poseuses de bombes du Milk Bar, à Alger, en 1956 (4 morts, 52 blessés dont de nombreux enfants) se sentent « traînés dans la boue ». Mais c’est le 6 décembre 2012 qu’a eu lieu la « provocation ultime » de Hollande, celle qui ne passera jamais : la reconnaissance officielle du 19 mars 1962 comme journée nationale du souvenir des morts en Algérie. Une date (tombant cette année à quatre jours du premier tour des municipales !) contre laquelle se sont toujours battues les associations de rapatriés, au nom de tous les leurs, parents, enfants, amis tombés après l’armistice en plus grand nombre qu’avant !

« Pas d’interlocuteurs, pas de financement, pas de prise en compte de nos douleurs, des insultes permanentes : c’est un sentiment de colère sans précédent depuis cinquante ans que ressentent aujourd’hui les pieds-noirs », assure Thierry Rolando, qui prédit « une très forte mobilisation contre la gauche aux élections municipales ». Celle-ci aurait tort d’ignorer le phénomène. D’abord, parce que selon une étude réalisée par l’Ifop pour la dernière présidentielle, le nombre d’électeurs « se définissant comme pied-noir », ajoutés à ceux qui « revendiquent une ascendance » (parents ou grands-parents), atteint 3,2 millions, soit 7,3 % des personnes inscrites sur les listes électorales. Et bien plus encore dans de nombreuses villes des trois régions abritant le plus de rapatriés : Midi-Pyrénées, Languedoc Roussillon et Provence-Alpes-Côt d’Azur .

Ensuite parce que, selon cette même étude, 26 % des pieds-noirs et 31 % de leurs descendants auraient voté pour François Hollande au premier tour de la présidentielle, soit un chiffre proche de son score national (28,6 %). Même si les pieds-noirs ont toujours, historiquement, voté très majoritairement à droite peut à lui seul faire basculer le scrutin. Ajoutant encore, localement, au climat délétère, contre l’exécutif au niveau national...
Car c’est bien un impressionnant vote-sanction qui s’apprête à déferler de la part des rapatriés contre les listes de gauche lors des élections municipales. Certes, la plupart des plus de 500 associations pieds-noires n’ont pas donné de consignes de vote pour le scrutin des 23 et 30 mars. Mais en est-il besoin ? « Le sentiment de colère de nos compatriotes contre le pouvoir se reporte naturellement contre les candidats qui le soutiennent, affirme Thierry Rolando, président du Cercle algérianiste, première association de rapatriés.

Je n’ai jamais reçu autant de courriels d’adhérents furieux. À travers les provocations du pouvoir à notre égard, c’est notre mémoire, celle de nos aïeux et celle de nos morts qui se retrouvent insultés. »

« Colonies : s’affliger quand on en parle », écrivait Flaubert dans son Dictionnaire des idées reçues. Loin, très loin de celles-ci, les pieds-noirs le rappellent en vain depuis cinquante ans : non, ils ne furent pas les "exploiteurs" qu’on a dit : leur niveau de vie, en Algérie, était inférieur de 20 % à la moyenne nationale, les exploitations ne produisaient que 7 à 10 quintaux de blé par hectare et par an, contre 40 à 50 dans les plaines de la Beauce... Mais, en plus de continuer à se battre contre les clichés et les caricatures, toujours les mêmes, c’est aujourd’hui contre un pouvoir ressenti comme « violemment hostile » que les pieds- noirs entendent se défendre. La gauche et ses candidats vont en faire les frais. Reste une inconnue : qui, de l’UMP ou du Front national, en profitera le plus ?

Lors de l’élection présidentielle, Nicolas Sarkozy aurait obtenu au sein de l’électorat pied-noir, selon l’Ifop, 26 % de voix chez les rapatriés et 15 chez leurs descendants, soit moins que son score national (27,2 %). Marine le Pen, elle aurait atteint parmi ces mêmes électeurs 28 et 24 des suffrages, soit nettement plus que son résultat global (17,9 %). Localement, pourtant, nombre de maires sortant UMP, dont une partie des électeurs vote FN aux élections nationales, peuvent se vanter d’initiatives (déclarations, monuments, stèles, noms de rues...) pouvant faire pencher la balance en leur faveur.

Du choix des électeurs pieds-noirs dépendra donc, outre la lourdeur de la défaite de la gauche, l’ordre d’arrivée entre l’UMP et le FN au premier tour dans plusieurs dizaines de communes du sud de la France. Compte tenu des nouveaux rapports de forces à droite, ils n’auront, cinquante ans après, jamais été aussi influents. Une juste revanche.

Ces villes que les pieds-noirs peuvent faire basculer.

Enjeu

C’est à droite essentiellement, entre l’UMP et le FN, que va se jouer le sort de la plupart des villes comportant une forte communauté rapatriée. Tour d’horizon.

Dans ces quatorze villes, toutes situées en région Midi-Pyrénées, Languedoc-Roussillon et Paca, le vote rapatrié pèse plus qu’ailleurs sur lei scrutin, pouvant même se révéler décisif. D’où le survote à droite. Nous aurions pu en ajouter plusieurs autres : Antibes, Arles, Carcassonne, Le Cannet, Montauban, Narbonne, Sète ou Valence, en Rhône-Alpes...

Aix-en-Provence

Dans une ville qui possède l’une des plus importantes Maisons des rapatriés, l’UMP Maryse joissains Masini brigue un troisième mandat. Proche des milieux Algérie française, elle avait créé la polémique en ne se disant « pas opposée » à une rue Bastien-Thiery. Elle a, de même, promu citoyen d’honneur de sa ville le journaliste, écrivain et chanteur engagé Jean-Pax Méfret. Sa réélection face au candidat PS Édouard Baldo, un pied-noir, est loin d’être acquise en raison notamment d’une liste FN, absente en 2008, et d’une liste UDI soutenue par son ex-premier adjoint, Jean Chorro, autre rapatrié d’Algérie.

Avignon

La gauche est en mesure de faire basculer la ville, à droite depuis dix-neuf ans. Alors que la maire sortante Marie-Josée Roig ne se représente pas, la liste UMP-UDI, menée par Bernard Chaussegros, n’arriverait qu’en troisième position, derrière celles du PS et du Front national, conduite par Philippe Lottiaux.

Cannes

Dans ce bastion de droite, aucune des deux listes UMP qui s’affrontent n’a reçu l’investiture du parti, qui soutiendra officiellement le candidat arrivé en tête au premier tour. Face à face : le filloniste David Lisnard, soutenu par le maire sortant Bernard Brochand, et le copéiste Philippe Tabarot, frère de la numéro deux de l’UMP Michèle Tabarot. Ce dernier, fils de l’ancien haut responsable de l’OAS Robert Tabarot, compte sur son nom pour rallier le vote pied-noir.

Carpentras

Après y avoir conquis un siège de député avec Marion Maréchal-Le Pen, le Front national est favori pour remporter la ville, aujourd’hui dirigée parle PS, et qui compte une Maison des rapatriés. À la tête de la liste Rassemblement bleu marine, le propre suppléant de la députée FN : Hervé de Lépinau. Sa liste, comme celle de l’UMP conduite par Julien Aubert (concurrencée par une liste divers droite), comporte plusieurs pieds-noirs.

Fréjus

Cette ville symbole, où a eu lieu le débarquement des armées d’Afrique, et où la tenue du général Salan est exposée au musée des Troupes de marine, pourrait, selon les sondages, porter le candidat FN David Rachline à sa tête. Condamné dans une affaire de prise illégale d’intérêt, le maire sortant, Élie Brun, se présente en dissident face à la liste officielle de l’UMP conduite par son ex-adjoint Philippe Mougin. Ultraminoritaire, la gauche ne peut pas l’emporter.

La Seyne-sur-Mer

Face à une liste centriste et... trois listes divers droite, mais aussi une gauche divisée en interne, le candidat FN Damien Guttierez, passé par l’UMP et le MoDem, est en mesure de l’emporter. Plusieurs représentants de la communauté rapatriée lui ont apporté leur soutien.

Marignane

Ancien maire FN puis UMP de cette commune où le nombre de pieds-noirs par habitant est parmi les plus importants, Daniel Simonpieri avait fait ériger en 2005 une stèle en l’honneur des fusillés de l’OAS, qui avait été retirée par décision de justice. Élu en 2008, son successeur Éric Le Dissès, investi par l’UMP, devra affronter une double concurrence à droite : celle de la liste FN, conduite par René Amodru, et celle d’une liste divers droite.

Marseille

Favori des sondages face à la gauche pour un quatrième mandat à la tête de la plus grande ville pied-noire de France, Jean-Claude Gaudin s’est vu reprocher par une partie de la communauté rapatriée la suppression du poste d’adjoint aux rapatriés (créé par Defferre) et l’échec du Mémorial national de la France d’outre-mer promis aux rapatriés depuis trente ans ! La tête de liste FN Stéphane Ravier est proche de cet électorat, tout comme l’ancien militant pro-Algérie Française, et sénateur UMP, Guy Teissier, qui a final ment fait liste commune avec Gaudin.

Menton

Dans cette ville qui compte elle au : une Maison des rapatriés, le député maire sortant UMP, Jean-Claude Guibal, se représente pour un cinquièn mandat. La bataille risque d’être sérrée : celui-ci devra en effet affronter le FN très implanté (42 % pour sa candidate Lydia Schénardi aux législatives et une liste dissidente de l’UDI Patrice Novelli. La gauche et l’extrême gauche sont cantonnées à faire de la figuration.

Montpellier

Alors que Georges Frêche, maire PS de la ville de 1977 à 2004, avait multiplié les gestes envers les rapatriés, s’opposant notamment à toute célébration du 19 mars contre sa propre majorit le candidat socialiste Jean-Pieri Moure, investi à l’issue d’une primaire mouvementée, ne cache pas son hostilité à la mémoire des Français d’Algrie. D’où la polémique, durant cette campagne, sur le devenir du projet de musée de l’Histoire de la France en Algérie voulu par Frêche, que la gauche est accusée par les associations pieds-noires de vouloir transformer ce musée de la repentance. Une volte-face à laquelle s’opposent le candidat UMP-UDI Jacques Domergue et la FN France Jamet, fille de l’ancien 0AS Alain jamet.

Deux pieds-noirs pour un fauteuil à Perpignan.

Dans la capitale des rapatriés, le maire sortant UMP Jean-Marc Pujol est talonné par le vice-président du FN Louis Aliot, tous deux d’origine pied-noire. Une campagne sur fond d’histoire et de mémoire.

Nice

Les sondages prédisent une possible victoire du maire sortant UMP Christian Estrosi au premier tour, dans une ville où deux de ses prédécesseurs, Jacques Médecin et Jacques Peyrat (qui est candidat divers droite), ont été des militants pro-Algérie française. Victime de divisions internes, la tête de liste FN Marie-Christine Arnautu ne semble pas en mesure de retrouver les scores frontistes d’autrefois, malgré le jugement mitigé des très influentes associations pieds-noires sur Estrosi : la plaque en hommage aux Français d’Algérie n’ayant pas fait oublier, chez certaines, la statue en l’honneur du général de Gaulle. De même, sa fête Au soleil des deux rives est-elle contestée par une partie de la communauté rapatriée.

Nîmes

Dans cette ville symbole accueillant chaque année 20 000 pieds-noirs pour le pèlerinage de Notre-Dame-de-SantaCruz, mais aussi théâtre de nombreuses manifestations de rapatriés contre des colloques pro-FLN, le maire sortant UMPJean-Paul Fournier affrontera notamment la PS Françoise Dumas et le jeune candidat frontiste Yoann Gillet. Une bataille indécise.

Orange

La réélection de l’ancien OAS Jacques Bompard, ex-FN et actuel patron de la Ligue du Sud, qui dirige la ville depuis 1995, paraît assurée. Lors des dernières municipales, en 2008, il avait obtenu 61 % des voix dès le premier tour.

Toulon

La ville emblématique de l’armée d’Afrique, où le monument en hommage aux anciens combattants d’Algérie a été l’objet de plusieurs plastiquages dans les années soixante-dix, et dont un carrefour porte le nom du "colonel Salan" (avant l’OAS, donc), devrait réélire son maire, l’ancien secrétaire d’État aux Anciens Combattants Hubert Falco. Bien que crédité de bons scores dans les sondages, le candidat FN Jean-Yves Waquet ne devrait pas pouvoir rééditer l’exploit de son parti en 1995. Plus divisée que jamais, la gauche n’a aucune chance de l’emporter.

Attablé devant un poulpe à la plancha gros comme un ballon de rugby, Louis Aliot arbore une mine gourmande. Pas seulement pour son assiette et l’aïoli qui l’accompagne. Pour sa troisième tentative, le candidat FN y croit. « Il se passe quelque chose, dit-il. Je le sens à la manière dont les gens viennent me parler. » À cet instant, le président d’une association contre le cancer, déjeunant à une table à côté, vient le saluer et lui tendre une invitation pour une prochaine soirée caritative en présence d’une kyrielle de meilleurs.ouvriers de France. « Je compte sur vous, monsieur Aliot », lui lance ce dernier au moment de partir . « Au revoir, monsieur le maire », lui glisse en souriant, pouce levé, un autre client.

C’est peu dire, pourtant, que les jeux sont loin d’être faits. Aliot en convient : « Si sa passe, ce sera de très peu. » Et à deux conditions : « dépasser les 30 % et être en tête au premier tour. » Pour l’heure, les sondages lui prédisent 28 à 29 % et la deuxième place. Très au-dessus de son score de 2009 (9,4 %), mais insuffisant, encore, pour succéder au maire sortant UMP Jean-Marc Pujol. C’est entre ces deux pieds-noirs que va se jouer l’élection dans ce qui est "la" capitale de la communauté rapatriée, dont le poids est estimé à 10 000 personnes, descendants inclus, sur 71000 électeurs (et 120 000 habitants). Troisième prétendant de poids, et troisième pied-noir, Jacques Cresta, le candidat PS, allié au PC mais aux prises avec une liste dissidente menée par l’ex-candidat de 2009 Jean Codognès, ne semble pas en mesure de l’emporter. « Ce sera Aliot ou moi », confirme Pujol.

De vingt années plus jeune que lui, Aliot, fils d’une Algéroise de Bab el-Oued et compagnon de Marine Le Pen, avec laquelle il a acheté une maison dans la banlieue de Perpignan, a conservé de ses années de rugby dans l’Ariège, où il était un troisième ligne redouté, le goût des mêlées et du ratissage de terrain, désormais électoraux. Épicurien, avec l’accent du Sud-Ouest, « c’est d’abord unfidèleetunpassionné », le décrit Mohamed Bellebou, secrétaire général de la Coordination des associations de rapatriés harkis, qui figure sur sa liste.

Concurrents, mais pas ennemis, les deux hommes, à défaut de s’apprécier, se respectent. Rien àvoir, lorsqu’ils parlent l’un de l’autre, avec les propos qu’ils tiennent contre leurs adversaires de gauche et d’extrême gauche. « Aliot est aimable », dit de lui Pujol, selon lequel « le FN se situe dans l’espace républicain », ajoutant : « Ce sont des adversaires, rien d’autre, ni plus ni moins que d’autres. » Le candidat frontiste reconnaissant, de son côté, que le maire de Perpignan n’est « pas antipathique » et qu’il entretient avec lui, lorsqu’il le croise, des relations « courtoises ». Mais pas question, chez aucun des deux, d’aller plus loin. Notamment lorsqu’on aborde la question, sic ntrale dans ce scrutin, de la communa é rapatriée.

C’est sur son bilan que s’appuie Pujol pour convaincre les pieds-noirs de le soutenir. « Perpignan est la ville de France qui afait le plus pour la reconnaissance et l’hommage aux pieds-noirs », affirme-t-il. Et de dresser la liste des réalisations de l’époque Alduy à aujourd’hui : les trois stèles du cimetière du Haut-Vernet dédiées aux Français d’Algérie, aux harkis et aux défenseurs de l’Algérie française, l’avenue Bachaga-Saïd-Boualam, le rond-point des Harkis,le Mur des disparus et le Centre de documentation des Français d’Algérie, sans oublier, devant le palais des congrès, l’olivier planté à la mémoire des disparus, dont la liste a été enterrée au pied de l’arbre.

 « Le 19 mars 2013, rappelle Pujol, j’ai mis en berne le drapeau de la mairie avec un crêpe dedeuil pour protester contre la décision scélérate du gouvernement d’en faire la datedecommémoration officielle des morts de la guerred Algérie. Cela m’a valu de très violentes attaques de la part de la gauche, dont un journal communiste local, le Travailleur catalan, qui m’a présenté avec une croix nazie dessinée sur la tête. » Affirmant « ne rien regretter », il annonce qu’il s’apprête à récidiver ce 19 mars. Ajoutant même qu’il envisage, s’il est réélu, de proposer la création d’une « rue Pierre-Sergent », du nom de l’ancien chef de l’OAS condamné à mort par contumace, qui fut ensuite député et candidat à la Mairie de Perpignan du... Front national.

« Mensonges et récupération », répond Aliot,dont la permanence élector le s’orne de plusieurs photos du même Pierre Sergent ; la veuve de celui-ci, Shouki, faisant partie de son comité de soutien. « Lorsque j’ai fait moi-même, pour la première fois, cette proposition en 2008 au conseil municipal, le PS avait accepté, mais le maire s’y était opposé », affirme-t-il. Selon le candidat FN, « Pujol n’est pour rien dans la plupart des réalisations dont il se vante. Non seulement elles sont antérieures à sa nomination comme maire, mais elles sont dues, pour l’essentiel, à des initiatives privées, comme la stèle en hommage aux combattants de l’Algérie française, qui a été érigée par l’association Adimad, ou celle en l’honneur des harkis, qui a été financée par le collectif Agir pour les harkis. Alors qu’un journal algérien lui reprochait cette stèle, Pujol lui a même fait adresser un droit de réponse parson avocat pour en niertoutepaternité !Etquedire, aussi, du jumelage en 2012 de Perpignan avec Mostaganem, sa ville natale, dirigée par le FLN ! »

Sincères, assurément, l’un et l’autre lorsqu’ils évoquent, avec les mêmes mots, leur « double culture » le candidat UMP se souvenant de son départ d’Algérie à 10 ans, « plein de larmes » ; celui du FN, de l’immense photo d’Alger devant laquelle sa mère pleurait dans le salon familial , les deux se retrouvent aussi pour condamner, toujours dans les mêmes termes, la « trahison » du général de Gaulle en 1962. Tout en soulignant, là encore de manière quasi identique, la nécessité de juger l’homme « sur la totalitédeson parcours » (Pujol), en « prenant l’histoire et les institutions dans leur ensemble » (Aliot).

Les deux hommes affirment surtout partager le même objectif : faire de Perpignan la « capitale de la mémoire pied-noire ». Afin qu’elle ne s’éteigne pas. Marquée par l’Histoire, cette campagne pas comme les autres aura déjà permis de la ranimer. 

ARNAUD FOLCH.

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