Philippe Bouvard de droite et sans complexe !

Par Stéphanie Leclair De Marco.

Mardi 27 mai 2014 // La France


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C’est dans sa maison parisienne, entre cour et jardin, que Philippe Bouvard, que l’on s’imagine, à tort, plus amateur de bitume que de verdure, nous fait la grâce de nous recevoir. L’animateur pour encore quelques semaines des Grosses Têtes reconnaît deux autres passions majeures : la lecture et l’écriture. En témoigne son bureau-bibliothèque, très semblable à celui de son ami, le regretté Jean Dutourd, où quelque 20 000 livres soigneusement reliés, parmi lesquels nombre d’éditions rares et les classiques de la littérature du XIXe siècle, attendent son bon plaisir sur les rayonnages d’une bibliothèque d’acajou digne d’un club londonien.

Dans cette cellule nullement monastique, où "tout est luxe, calme et volupté", Philippe Bouvard a composé son dernier livre au titre aussi long, mais beaucoup plus drôle, qu’une épitaphe du Grand Siècle : Les morts seraient moins tristes s’ils savaient qu’ils pourront encore se tenir les côtes en regardant les vivants. À 84 ans, il est vrai, penser à sa fin future n’est pas forcément une preuve de pessimisme. Avec la camarde, notre humoriste a décidé d’entretenir des relations distantes mais sereines, après s’être aperçu qu’il pouvait « faire du blé avec la Grande Faucheuse ». Avec déjà 40 000 exemplaires vendus après son apparition dans Vivement dimanche, l’émission de Michel Drucker, son livre est en tête des ouvrages les plus vendus sur Amazon, et dépassera les deux autres titres de sa trilogie.

Un succès qu’il fêtera autour d’une bonne table, car cet épicurien ne cache pas un goût persistant pour les nourritures terrestres : « La table demeure un de mes derniers plaisirs et ne m’emmène plus obligatoirement au lit avec les dames que je convie ! » Colette, son épouse depuis plus de soixante ans - et la mère de leurs deux filles -, ne s’offusque plus, depuis longtemps, de ses saillies !

S’il se penche sur son passé, Philippe Bouvard ne s’écriera pas, comme Napoléon : « Quel roman que ma vie ! », mais il ne pourra s’empêcher de reconnaître, modestement, qu’il a parcouru du chemin depuis sa naissance à Coulommiers, en 1929, d’un père taille et d’une mère opticienne. Après des études nonchalantes et un bref passage à l’École supérieure de journalisme, il fit ses classes au Figaro, en 1953, comme coursier au service photo. Rien qui n’annonce la fulgurante carrière qui l’a mené de la rubrique parisienne du Figaro à la direction de la rédaction de France-Soir, de la création du Théâtre de Bouvard, pépinière d’humoristes, de Mimie Mathy aux Inconnus, à l’émission des Grosses Têtes, que sa verve et sa causticité firent l’un des plus grands succès de la radio. Bavard impénitent, il avoue avoir choisi ce métier « pourparler des autres » : « Mais j’ai surtout parlé de moi ! »

La page est presque tournée, non sans une pointe de nostalgie, mais Philippe Bouvard n’a rien d’un ancien combattant et son appétit de vie et de travail l’a vite relancé. Récemment, le rédacteur en chef de Nice Matin reçut un appel qui le laissa estomaqué : « Bonjour .Je suis un vieux journaliste : et je souhaiterais travailler pour vous. » Depuis, Philippe Bouvard se partage entre Paris et la Côte d’Azur, trouve le moyen de dormir huit à neuf heures par nuit, de faire une sieste et de gérer l’ensemble de ses occupations. L’âge de la retraite, ambition de tout fonctionnaire socialiste, est loin d’avoir sonné pour ce libéral assumé qui proclame sans complexes : « On m’a posé à droite et j’y suis resté ! ».

Les morts seraient moins tristes s’ils savaient qu’ils pourront encore se tenir les côtes en regardant les vivants, de Philippe Bouvard, Flammarion, 288 pages, 19€.

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