Persistances bolcheviques en Russie.

Vendredi 3 août 2012 // Le Monde

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Drapeau de FranceDeux événements se sont produits au début du mois en Russie, qui, d’apparence secondaire ou anecdotique, illustre la persistance de pratiques soviétiques. Celles-ci ne se limitent pas, en effet, aux divers sosies de Lénine et de Staline qui posent complaisamment du côté de la place Rouge, à proximité du mausolée de Lénine qui n’est actuellement fermé qu’en raison des champignons qui s’attaquent une fois de plus à la momie du fondateur de l’URSS et du buste de Staline un peu perdu au sein de ceux des dirigeants précédant Mikhaïl Gorbatchev.

Tout d’abord, c’est l’adoption, à l’initiative du parti de Vladimir Poutine, Russie unie, soutenue par les députés nationalistes et communistes, d’un projet de loi contraignant les organisations non gouvernementales bénéficiant, même partiellement, de soutiens financiers extérieurs, à se faire désormais enregistrer comme « agents de l’étranger » lorsqu’elles « participent à une activité politique sur le territoire russe ». Il est même prévu que les médias qui les citeront devront mentionner que ces ong appartiennent à cette catégorie. En s’appuyant sur de vieux réflexes xénophobes et identitaires, il s’agit évidemment de remettre au goût du jour la vieille -crainte de ce qui n’est pas russe et qui pourrait polluer le pays ; ces pratiques dignes de la guerre froide rappellent la vieille crainte de l’espion qui vient d’ailleurs. C’est le même esprit qui préside à la délivrance tatillonne des visas pour les touristes et aux contrôlés effectués dans les hôtels, tenus de signaler à la police tout voyageur qui ne serait pas en règle.

Le tourisme est d’ailleurs atteint par des mesures de plus en plus restrictives concernant les accès aux musées - souvent des palais extraordinaires suscitant l’admiration des visiteurs. Ainsi, la municipalité de Saint-Petersbourg vient juste de mettre en place un système empêchant les cars de simplement stationner quelques instants à l’entrée des sites à découvrir. Cette mesure intervient alors que le nombre de touristes diminue dans le pays, malgré une demande forte et d’incontestables efforts accomplis du point de vue linguistique auprès des personnels concernés. Mais, d’un côté, on vante l’impact touristique et, de l’autre, on l’affaiblit sans hésitation. Quand cela se combine, surtout en dehors de Moscou et de Saint-Petersbourg, aux mines revêches d’employés repoussant le client, aux insuffisances de la nourriture en qualité et en quantité ainsi qu’à l’absence de tout sens commercial dans certains établissements, il ne faut pas s’étonner de cette dégradation.

Alors, on se rappelle que le président est un ancien responsable du KGB, que nombre de statues et d’avenues assurent à travers tout le pays la présence de Lénine, que la terre reste propriété de l’Etat et que la nostalgie d’un système où tout était rigoureusement encadré demeure auprès de ceux que révulsent les changements. Néanmoins, la multiplication des entreprises pas uniquement celles des oligarques, le développement du parc automobile avec une conduite pourvoyeuse d’accidents et la préservation du patrimoine augurent d’un avenir meilleur.

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