Peine suprême.

Mercredi 23 juillet 2014 // La France

Une fois encore l’actualité dite « des faits divers » nous ramène à la confrontation directe du crime et de la peine. L’idéologie dominante a consacré, il y a trente cinq ans, la suppression de la peine de mort. Robert Badinter, alors Garde des Sceaux, y a attaché son nom. À la peine capitale, clef de voûte de l’ordre judiciaire et donc de l’ordre politique , a été substitué un principe abstrait, qui est précisément d’enlever la clef de la voûte. Et, de façon très logique, l’édifice judiciaire et l’édifice politique poursuit son effondrement.

Quand la clef de voûte a disparu, pour retarder l’écroulement général, il fallut consolider les parois. Depuis 1981, les réformes du Code pénal et du Code de procédure pénale ont rempli ce rôle sans que l’on sache toujours si les étais posés pour retarder l’effondrement soutenaient l’édifice ou aggravaient ses déficiences. Toujours est-il qu’on ne contredit pas impunément la nature et que les faits, comme disait Le Play, « parlent de leur grande voix ».

En Alsace ou dans le métro parisien, comme à la Gare du nord, des agressions, des viols, réclament une sanction exemplaire. À la Gare du nord, le légionnaire agressé a répondu, réduisant son agresseur de façon radicale. Peine capitale infligée sans débat ni jugement, instruction ni plaidoirie. La justice, façon western, qui est, dans sa concision, l’exemplarité même du « rendre à chacun ce qui lui est dû ». Il faut, dans des temps où l’intelligence s’est égarée dans des subtilités que même les plus doctes n’entendent plus, ces actes simples et symboliques qui rappellent l’animal raisonnable à la première leçon de la raison.

Pour les autres victimes, le cas est plus compliqué. En Alsace, très rapidement, les criminels ont été arrêtés et la population des villages, à la fois soulagée et émue, réclame une peine exemplaire. « On parle même », disent les journalistes, « du rétablissement de la peine de mort ». Avec le Code pénal actuel, nous sommes loin de cette exigence, mais qui faut-il écouter ? Les avocats, les professeurs de droit, les philosophes et les docteurs, les médias ? Ou le cri de la vindicte populaire ?

L’institution judiciaire a pour mission d’arracher l’accusé à ce cri de la vindicte pour faire une œuvre de justice, marquée du sceau de la raison et de l’équilibre, dans une sérénité qui exclut les sentiments de colère et de vengeance. Mais à la racine de cette œuvre, il y a ce cri, que rien ne peut effacer, de la victime, et, à ses côtés, de « ceux qui ont faim et soif de la justice ». La tentation permanente de l’institution est d’oublier ce cri originel et de faire du cas qui lui est confié, autre chose. Les plaignants, alors, ont le sentiment, vrai, d’être incompris. Et, à d’autres moments, c’est l’accusé qui se trouve être, sans raison, l’objet d’une vindicte que personne n’exprime, mais que « la société » pour des raisons qui n’ont rien à voir avec la justice lui fait porter.

La peine capitale ne résout pas tout. Mais elle confère aux juges une dignité, une responsabilité, une hauteur que rien ne remplace. Les victimes le sentent et en sont rassurées. L’accusé le sait et sa défense est ainsi conduite à se tenir à la même hauteur. L’accusation, elle, devant une telle gravité, est contrainte à la prudence.

Combien faudrait-il de vraies souffrances pour que les docteurs, de la loi, les législateurs en chambre, les scribes et les pharisiens laissent la place à la loi naturelle qui veut que le juge, dans l’intérêt de tous, ait les moyens d’aller au bout de sa mission ?

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