Peine perdue pour les prisons ?

Mercredi 27 mars 2013 // La France

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Ce que l’un a fait, l’autre le défait. Pendant le quinquennat de Nicolas Sarkozy, la sécurité était à la mode et les gardes des Sceaux - Rachida Dati en tête - avaient pour mission de renforcer les dispositifs législatifs, en vue de rendre plus efficace la répression : peines-plancher, peines de sûreté, suppression des allégements de peines pour certains mineurs. Les dispositions légales sur la libération conditionnelle devaient être appliquées strictement, avec le souci de la protection et de l’indemnisation des victimes.

Personne n’a dit que ce système était parfait. Son défaut majeur était de reposer, comme tout le système pénal français, sur le mythe de la prison, seule sanction pénale possible et efficace. Or la prison, qui est une peine possible parmi. d’autres, est aujourd’hui la pire des solutions. Non seulement parce que les prisons sont encombrées et qu’il faudrait en construire de nouvelles, mais aussi parce qu’elles sont l’école supérieure ou la « retraite fermée » de la délinquance. La vraie réforme nécessaire du Code pénal demandait une révision non seulement de l’échelle de nos peines, mais aussi de leur nature.

Ce n’est pas ce que prévoit « le comité de travail » qui a rendu son rapport au Premier ministre, rapport dit « Pouvoir prévenir la récidive ».

Logiquement, comme le prévoyait le discours de campagne, il est préconisé de démolir le dispositif mis en place par le précédent quinquennat.

Le praticien, habitué à des allers-retours du droit et de la procédure pénale, en prendra son parti. Mais l’effet général sur la population délinquante sera, évidemment, catastrophique.

Ce n’est pas un avocat qui ira accabler une population que, par devoir et aussi par affection, il est conduit à fréquenter quotidiennement. Mais quel ton faudra-t-il employer, quels cris devrons-nous pousser, voire quels hurlements, pour que ces « experts », ces « comités du doigt dans l’œil », comme disait Bainville, entendent la réalité ? Plus que toute autre, la population délinquante ou en risque de délinquance a besoin de signes forts, de cadres sûrs, de repères fixes et de fermeté. Elle ne demande ni l’injustice de l’actuelle violence interne des prisons, ni le laxisme qui la considère comme victime et irresponsable. Elle comprend très bien le châtiment, la répression, la sanction, à condition que le message soit ferme, clair, juste et adapté.

Il ne fallait pas défaire l’arsenal du précédent quinquennat. Il fallait le compléter par des mesures prises en amont de la possible sanction, et des mesures prises pour le reclassement après la sanction, ou éventuellement à la place de celle-ci.

De courageuses initiatives privées avaient tenté, avec quelques succès, cette diversification des moyens. Non seulement elles n’ont pas été aidées, mais, pour des raisons idéologiques, elles ont été méprisées, voire combattues.

La charité - et, en premier lieu celle de l’Église - a joué, historiquement, un rôle capital dans le domaine. Elle s’efforce de poursuivre ce rôle. Mais, à elle seule, son action est limitée et, à aucun moment, il n’a été sérieusement envisagé par une République arc-boutée sur son absurde laïcisme, de lui donner toute sa place. L’État peut-il le faire ? Sûrement pas. Car s’il a du mal à savoir ce qu’est la justice, il ne sait absolument rien de la charité.

Conclusion : on tourne en rond. Les prisons resteront pleines et violentes. La population délinquante s’accroîtra et l’insécurité grandira, jusqu’au moment où...

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