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Pays convalescent, pouvoir évanescent.

15 AOUT 2012 | PAR EDWY PLENEL

Vendredi 14 septembre 2012 // La France

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Drapeau de FranceMardi 14 août, jour des trois premiers mois de la présidence Hollande, la sécurité fut le seul message du changement. Tandis que le démantèlement des camps de Roms tient lieu de priorité estivale du gouvernement, comme d’autres étés sous la droite au point d’inquiéter la Commission européenne, le Conseil de l’Europe et la Ligue des droits de l’homme, le choix de communication fait par l’Elysée – un hommage tardif à deux gendarmes tuées en juin dans le Var était rattrapé par les violences nocturnes d’Amiens, entre jeunes et policiers. Tout changerait donc pour que rien ne change, les usines visitées et sollicitées en campagne électorale étant de nouveau effacées au profit des commissariats, des gendarmeries et des casernes ?

Indéniable, l’apaisement d’avoir tourné la page de l’hystérie sarkozyste n’est pas une rente de situation. Et la normalité, elle aussi bienvenue, sera bientôt dévaluée si elle n’est qu’attentisme, entre passivité et habileté. « Normal » : on le sait, ce seul mot fut le meilleur viatique électoral de François Hollande. Par contraste silencieux, il soulignait l’anormalité de l’adversaire, l’excès et l’abus de pouvoir incarnés par Nicolas Sarkozy et son quinquennat. Mais cette trouvaille reposait sur un malentendu, tant la personnalisation de la compétition présidentielle l’identifiait à la normalité de l’individu alors que l’enjeu véritable, énoncé par le futur président de la République lui-même dès 2006, était la « normalisation » de la fonction présidentielle.

Car l’anormalité sarkozyste n’était pas celle d’un homme, mais la résultante d’un système de pouvoir dont il est le pur produit et dont il a su exploiter les dérives institutionnelles. C’est aujourd’hui tout le problème de François Hollande : il est le président normal d’un système anormal. Sa normalité personnelle revendiquée et affichée ne suffit évidemment pas à résoudre cette contradiction, et ceci d’autant moins que les trois premiers mois de sa présidence n’ont été marqués par aucun zèle ni empressement réformateurs en la matière, les promesses initiales étant renvoyées à une commission ad hoc, confiée à Lionel Jospin – on y reviendra.

De cette anormalité foncière, qui, sourdement, mine, épuise et affaiblit notre démocratie depuis des décennies, témoignent paradoxalement les succès électoraux derrière lesquels le nouveau pouvoir, essentiellement socialiste, peut avoir l’illusion de se croire durablement à l’abri (les résultats officiels de la présidentielle sont ici et ceux des législatives sont là). Avec seulement 28,63% des suffrages exprimés pour son candidat au premier tour de l’élection présidentielle (soit 22,31% des inscrits, un gros cinquième du corps électoral), le PS écrase en effet la représentation nationale de sa domination, ses 297 députés et apparentés représentant à eux seuls plus de la moitié (51,47% précisément) de l’Assemblée (voir ici la répartition des groupes parlementares). Jamais le PS, avec, l’an passé, le passage à gauche du Sénat auquel s’ajoute la majorité de régions et de départements qu’il contrôle, n’avait eu en mains autant de pouvoirs à la fois, nationalement et localement.

Or l’effet d’aubaine momentané du présidentialisme est un miroir aux alouettes, habile à tromper les naïfs ou les satisfaits, les suivistes et les cyniques. Outre l’évidente pluralité partisane qu’il rabougrit et humilie, créant du ressentiment (le Front de gauche et le Front national en sont les premières victimes électorales), il masque les fragilités structurelles de la victoire : non seulement un faible écart final au second tour de 1.139.983 voix (2,47% des inscrits), malgré la dynamique de rejet du président sortant et, surtout, sa campagne d’extrême droite, mais aussi la faible participation, notamment dans les quartiers populaires, aux législatives qui ont suivi (une abstention de 42,78% au premier tour et de 44,60% au second, soit 43,68% et 46,74% des inscrits si on y ajoute les blancs et nuls).

Depuis son avènement, le nouveau pouvoir vit sur le crédit de cette normalité promise et plutôt respectée. Plutôt, car si l’affaire symbolique de la supposée « Première Dame » et de son tweet a servi d’utile piqûre de rappel, en revanche la nomination à la Caisse des dépôts, au risque d’un conflit d’intérêts, de l’ami Jean-Pierre Jouyet, ex-ministre de Sarkozy, restera comme un contre-exemple. Toujours est-il que cette posture rencontre l’état d’esprit provisoire d’un peuple qui s’est senti profondément humilié, malmené et fatigué par l’hyperprésidence sarkozyste, son omniprésence médiatique, sa virulence contre tous et sa complaisance pour elle seule.

D’où cette impression estivale bizarre d’un pays en attente ou en absence, retenant son souffle ou faisant une pause, alors même que les nuages s’amoncellent, que la crise s’approfondit et que les difficultés s’accumulent.

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