Patriotisme « fiscal »

Par FRANÇOIS D’ORCIVAL de l’Institut.

Jeudi 9 août 2012 // La France

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Drapeau de FranceEn ouvrant le débat parlementaire sur les nouveaux impôts, Pierre Moscovici nous a invités à « éviter la caricature et les excès de langage ». Le ministre des Finances devrait s’appliquer à lui-même cette vigilance. Car il est passé maître dans l’art du détournement de sens et de l’abus de langage. En particulier quand il dit (le Monde du 17 juillet) que la taxe à 75 % est une « mesure patriotique » ou que la contribution au train actuel de hausses d’impôt ressort du « patriotisme ».

Depuis la campagne présidentielle, François Hollande et son équipe ont fait porter l’essentiel de leur discours sur la dénonciation des "riches", des patrons et de leurs actionnaires. Ils ont entretenu les réflexes de lutte des classes pour tenter d’attendrir leur extrême gauche, tout en masquant l’agression portée sur les classes populaires. Cette désignation de boucs émissaires à la vindicte publique est le contraire de ce qu’appellerait le rassemblement de toutes les forces dans le même élan, le même effort pour une cause qui vous dépasse. Voilà ce que serait le patriotisme. Où est-il dans cet empilement d’impôts sur les revenus du travail et de l’épargne à seule fin de recruter des fonctionnaires, de préserver le mille-feuille de nos structures administratives et collectivités locales, et d’accueillir la misère du monde ?

Comment se fait-il qu’ils ne disent rien si ce n’est pour condamner la gestion précédente des moyens d’arrêter le déclin de notre compétitivité et de réduire nos coûts du travail ? Le patriotisme, ce ne devrait pas être seulement pour les autres. S’ils ne s’étaient pas voilé la face en voulant ignorer que, depuis dix ans, les 35 heures, la hausse mécanique du smic, les milliards versés en vain pour la RTT et les bas salaires, avaient ravagé nos indus-. tries, ils ne seraient pas aujourd’hui "sous le choc" de la fermeture de l’usine d’Aulnay-sous-Bois.

Sans doute Philippe Varin, le patron de PSA, a-t-il retardé sa décision au point d’aggraver ses pertes, parce qu’il voulait conserver sa production en France et épargner l’opinion publique. La gauche nous dit qu’il a ainsi protégé Sarkozy. Mais n’a-t-il pas aussi préservé Hollande ? Certes, cela aurait fourni des munitions supplémentaires au candidat socialiste pour tirer sur son concurrent, mais il aurait également dû dévoiler ses intentions et ses solutions. Au lieu de quoi, il n’a rien dit. Mais lui comme les siens savaient très bien que, depuis douze ans, l’avantage salarial de 12 % que les Français avaient sur les Allemands avait disparu. Ils devaient aussi savoir ce que rappelle Jacques-Pierre Gougeon, grand connaisseur de l’Allemagne et directeur de recherche à l’Institut de relations internationales et stratégiques (dans son livre France-Allemagne : une union menacée ?Armand Colin) : en dix ans, les coûts de nos industries manufacturières ont augmenté de 36 contre 17,4 en Allemagne et il y a eu depuis 2006 un "petit miracle économique" outre-Rhin, c’est bien parce que les Allemands ont su se donner une ambition nationale, être les premiers en Europe, les premiers en industrie, en valeur ajoutée, en excédents commerciaux... A-t-on entendu le président de la République profiter de son intervention du 14 Juillet pour définir un agenda, poser les jalons d’une telle entreprise, en fournir le cadre fiscal et social ? À la base de l’effort allemand il y a du travail. Or les socialistes français ont un problème avec le travail.

Quand Martine Aubry et Lionel Jospin ont inventé les 35 heures, alors que nous allions entrer dans l’union de l’euro qui ne nous permettrait plus de dévaluer pour neutraliser nos faiblesses, c’était à partir de ce slogan mirage : "Du temps pour moi, du travail pour les autres". On a vu le résultat, 600 000 emplois supprimés dans l’industrie. Eh bien, ils persévèrent ! Que disent-ils pour expliquer la suppression de 2,4 milliards d’euros d’exonération sur les heures supplémentaires ? Qu’en diminuant le nombre de ces heures, ils vont créer de l’emploi ! Comme si ce n’était pas le travail qui créait du travail !

En revanche, 9 millions de salariés modestes, de ces classes populaires qui se lèvent tôt pour travailler, vont perdre 2,4 milliards d’euros en pouvoir d’achat. Et sur qui va peser la hausse à venir de la CSG ? Sur elles aussi. Alors que les entreprises qui les emploient, et notamment les PME, auraient été les bénéficiaires de la baisse de leurs cotisations compensée par la hausse de la TVA que la gauche s’empresse d’abroger.

Il n’y a décidément rien qui puisse soutenir le patriotisme "fiscal" d’une gauche coincée dans l’impasse de ses contradictions. Elle aura du mal à se servir une seconde fois de ce beau mot quand il s’agira de faire approuver le droit de vote aux étrangers.

Valeurs actuelles 19 juillet 2012

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