Pas de requiem pour les « Guignols de l’info ».

Mardi 22 septembre 2015 // La France

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La disparition programmée des guignols, n’est rien d’autre que cet esprit soixante–huitard qui a fait tant de mal à notre patrie en sapant ses valeurs.

Il arrive que l’actualité nous apporte quelquefois de bonnes nouvelles entre un odieux attentat au Cameroun, un feu de forêt ravageur pas très loin de Bordeaux et surtout la crise épouvantable que vivent plusieurs milliers de paysans affectés par la chute du prix du lait et celle des cours de la viande. Cette heureuse nouvelle tient à la courageuse décision prise par Maxime Saada, le nouveau directeur général de Canal Plus, à l’instigation de Vincent Bolloré, de supprimer les Guignols de l’info des programmes en clair de la chaîne cryptée. Désormais, ceux qui sont assez masochistes pour vouloir assister à ce piteux spectacle du dénigrement de notre société et de ce qu’elle conserve de valeurs devront payer pour se faire mal et attendre chaque jour leur supplice à 20h50.

« Je ne plaisante jamais avec l’humour », assure une fameuse boutade. Les nouveaux dirigeants de Canal Plus ont appliqué cette maxime à la lettre. Quand l’humour ne fait plus rire ; quand il tourne systématiquement au dénigrement ; quand il humilie les plus faibles aux dépens des porte-drapeaux du microcosme médiatique ; quand il est incapable de se renouveler ; quand il n’est devenu qu’une machine à fric pour de mauvais humoristes payés 35000 euros par mois afin de déverser leur bile ; et surtout quand il n’attire plus les téléspectateurs, puisque 400 000 d’entre eux ont déserté ce programme en l’espace d’un an, il n’est pas difficile de comprendre que Vincent Bolloré a décidé de mettre fin à cette mascarade. D’autant plus qu’à force de toujours tirer sur les mêmes cibles - le pape, Nicolas Sarkozy, Bernadette Chirac et quelques autres têtes de Turc, les Guignols de l’info ont dénaturé cette appellation.

Cela fait plus de deux siècles que le fameux Guignol, né à Lyon, enchante nos enfants en prenant toujours la défense des plus faibles et en usant de ce vrai humour dont Pierre Daninos disait qu’il est « une plante gaie arrosée de tristesse ». Et ce Guignol-là a des valeurs, connaît les limites de la dérision, n’est jamais méchant, contrairement au programme télévisé créé en 1988 par des anciens combattants de Mai 68 pour continuer à faire la révolution trotskiste par le sketch. Ce qui est confondant, c’est que la diffusion, il y a quelques semaines, d’une fausse rumeur évoquant la suppression pure et simple des Guignols de l’info a mobilisé toute la classe politique. Depuis Alain Juppé, qui a tweeté « J’aime me voir dans les Guignols. Nous avons besoin d’eux »,jusqu’à Claude Bartolone, qui a déclaré : « Il faut sauver les Guignols, ce côté acide aère l’actualité », en passant par François Hollande, qui, le jour même où un Français était décapité par un islamiste radical, était surtout préoccupé par ses amis de Canal Plus, allant jusqu’à déclarer : « Les Guignols font partie du patrimoine de la télévision. Ce sont des émissions qui, quoiqu’on en pense, appartiennent l’histoire de la télévision. » Heureusement qu’il existe encore des capitaines d’industrie assez libres et courageux, comme Vincent Bolloré, pour ne pas obtempérer aux intimidations du pouvoir et de tout le petit microcosme médiatique.

Mais le plus important dans cette affaire, ce ne sont pas tant les éclats de voix de quelques anarchistes sur le retour, payés près de 500 000 euros par an pour se faire plaisir sur le dos des responsables politiques, que l’absence de réaction des Français, qui se fichent de la mise entre parenthèses de ce programme qu’ils n’étaient plus qu’une poignée à regarder. Bien sûr, dans cette époque difficile tant sur les plans économique et social qu’international, tout le monde a besoin de rire et de s’évader. Comme le disait si joliment Georges Duhamel : « L’humour est la politesse du désespoir. » Mais du vrai humour et non de la méchanceté. De la finesse et non de la malveillance. De la subtilité et non de l’agressivité. Or, il y a un temps pour tout. Un temps pour la légèreté et un temps pour l’égard vis-à-vis de ceux qui dirigent le pays ou aspirent à lé faire à partir de 2017.

Un temps pour la bonhomie et un temps pour le respect des valeurs qui fondent la communauté nationale : l’autorité, la justice, le travail, l’éducation, le mérite. La disparition programmée des Guignols n’est donc rien d’autre que celle de cet esprit soixante-huitard qui a fait tant de mal à notre pays. Cela en dit long sur notre société, sa recherche de sens, de sérieux, de raison, voire même de gravité à un moment où c’est toute notre civilisation qui est attaquée dans ses fondements. Il faut laisser la caricature à ceux qui savent la manier avec précaution et intelligence. Et se féliciter de voir une grande chaîne de télévision mettre fin à ce mélange des genres pernicieux entre la politique et le divertissement.

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