Parlons vrai : Le triomphe du semblant.

Mardi 22 janvier 2013 // La France

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Beaucoup de choses, souvent justes, ont été dites au sujet des emplois d’avenir, sur leur coût d’abord, dispendieux au regard du modeste objectif visé (selon les propres chiffres du gouvernement, le dispositif ne s’appliquera, au mieux, qu’à 25 % du public concerné), sur le manque de formation attaché aux "métiers" retenus par le gouvernement et sur la nature peu productive de ceux-ci. Certains aussi, trop rares, ont déploré le caractère discriminatoire de cette loi qui oppose les jeunes chômeurs des cités, auxquels le gouvernement donne la priorité, à tous les autres (certes, le dispositif évoque également les zones de « revitalisation rurale », mais ce n’est pas là l’essentiel de la logique politique des "emplois d’avenir" ; par ailleurs, rendra-t-on vraiment vie à ces territoires avec des "animateurs socioculturels » et des "animateurs de tri sélectif « ?).

Mais au-delà de ces considérations, c’est la nature même des emplois d’avenir qui n’a pas été assez relevée.

Qu’est-ce que des emplois financés à 75 % par l’État et, pour la plupart,à 25 %parles collectivités ? Rien d’autre qu’un traitement social du chômage, c’est-à-dire l’utilisation de la fiscalité et de l’emprunt en tant que soins palliatifs à la mondialisation et à l’échec de l’Éducation nationale. Il est d’ailleurs surprenant que le gouvernement cultive encore quelques étranges pudeurs libérales et n’aille pas au bout de sa logique socialiste. En effet, le financement de l’ensemble des 500 000 jeunes sans diplôme n’aurait coûté "que" quelques petits pour-cent du budget annuel de l’Éducation nationale. Une occasion unique d’afficher un taux d’emploi de 100 %o, bêtement ratée par manque d’audace ! Comme c’est dommage...

Le propos peut sembler manquer de sérieux, pourtant, il ne vise qu’à souligner une dimension essentielle de l’action publique dans ce pays : le "faire semblant » : Faire semblant de lutter contre le chômage en "créant" des emplois dont certains auraient laissé rêveurs les pianistes de feu l’URSS (que penser, par exemple, du financement public du métier d"assistant informatique et Internet à domicile mentionné page 7 du dossier de presse des "emplois d’avenir" ?), faire semblant de lutter —sans trêve ! contre la délinquance en diminuant le nombre de policiers, faire semblant de baisser le nombre des immigrés en les naturalisant, faire semblant d’écouter le peuple et le faire revoter jusqu’à ce qu’il vote "bien » ; faire semblant sur presque tout et agir sur presque rien. Le "faire semblant" est à la Ve République finissante ce que le "vivre ensemble" est à la nation française :la forêt de la fiction masquant l’arbre déliquescent du réel.

Est-ce à dire que nos gouvernants ne veulent pas agir ? Je ne le crois pas. Mais, syndics d’un système financier transcendant, leur champ d’action est limité. Le cadastre de leur volonté est strictement borné par les exigences de la mondialisation, la loi de la pensée unique et les intérêt de leur parti. Mieux au fait que les citoyens de la situation réelle du pays, ils alternent piqûres de morphine sociale et hypnose de masse. L’insécurité est une impression. Le travail se partage. Le Français de souche n’a jamais existé. Le plus important est d’éviter les soubresauts, qu’ils viennent de droite ou de gauche. La dissolution d’un peuple, d’un continent, d’une civilisation prend un certain temps. Prière de ne pas faire de bruit pendant l’évaporation...

Jusqu’à quand, jusqu’où irons-nous ainsi ? Quelle hallucination collective nous contraint à admettre pour fatalité ce qui n’est qu’une succession de décisions politiques, économiques et financières, prises souvent à rebours de la volonté du peuple ?

Une fois ces faits constatés, qu’ajouter ? Prédire le pire est une posture politique, jamais une conduite d’Etat. Comment la France et l’Europe peuvent-elles retrouver leur liberté d’être et de vivre, leur souveraineté alimentaire et militaire, replacer le politique au-dessus de l’économique et arracher le destin des peuples aux desseins des financiers ? Les réponses ne peuvent être, ici, qu’esquissées. Pour ma part, au préalable de toute action, je vois deux ruptures indispensables dans l’ordre des mentalités : d’abord le retour au réel, puis le retour au risque. Le retour au réel passe par un discours public de vérité.

Lorsque François Fillon parlait naguère d’une France en faillite, il se plaçait, hélas fugitivement, dans cette perspective. Le retour au risque n’est autre que la responsabilisation. Non, toi qui songes ne rien devoir à l’État, l’État ne te doit pas tout. S’il doit respecter ta vie privée, te permettre la vie publique, veiller à favoriser les conditions de ta vie professionnelle, l’État n’est pas ton père et c’est à proportion qu’il n’est pas ton père que tu deviens digne du nom de citoyen.

Tout ceci, naturellement, comme déjà en 1978 Alexandre Soljenitsyne le remarquait dans son célèbre discours d’Harvard, exige du courage, qualité que nos gouvernants sont habiles à dissimuler. Or, pour faire face aux défis de la relocalisation, de l’inversion migratoire, de la restauration de l’éducation, le politique de demain ne pourra faire l’économie du caractère. 

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