Parlons vrai : La faute aux retraités !

Lundi 22 octobre 2012 // La France

En cette période d’ouverture de 1a chasse, Pierre Moscovici a désigné une nouvelle cible pour le fisc : « Quand on est retraits aisé ou très aisé, on est riche avant d’être retraité », a dit le ministre des Finances souhaitant « que la justice passe par tout le monde ».

Cette harangue a été lancée à la suite d’un rapport de la Cour des comptes constatant que la situation des retraités était en moyenne plus favorable que celle des actifs, justifiant une révision de quelques faveurs fiscales qui coûteraient à l’État près de 12 milliards d’euros par an. Des sommes qui, selon la Cour, pourraient être redéployées pour financer la dépendance ou les actions d’insertion en faveur des jeunes. La Cour recommande notamment la suppression de l’abattementde 10% sur les pensions et l’alignement du taux de la CSG sur les retraites (6,6 %) sur celui appliqué aux salaires (7,5 %) ainsi qu’un élargissement de la base de la cotisation d’assurance maladie. Elle demande aussi que soient revus les avantages consentis en matière de fiscalité locale en fonction de l’âge.

Ces suggestions qui, selon Pierre Moscovici, ne sont plus taboues sont faites au nom d’une prétendue équité dont la Cour des comptes, encouragée par la présence des socialistes aux affaires, s’est érigée en juge. Les personnes âgées, on l’aura compris, sont coupables, puisqu’il faut, comme dit le ministre « que justice passe ». Elles ont eu le temps de reconstituer une épargne, le tort d’hériter de leurs parents et, pour plus de 70 % d’entre elles, d’être propriétaires (ce qui leur procure, selon la Cour, un loyer fictif). Elles ont travaillé suffisamment au temps béni où le chômage était rare pour avoir droit à une pension complète. Tous crimes qu’il convient maintenant d’expier en contribuant davantage à l’effort de solidarité nationale.

La Cour ne fait en cela que suivre une opinion à la mode selon laquelle les papy-boomers seraient les profiteurs de la crise que leur incurie aurait d’ailleurs provoquée et jouiraient égoïstement d’une retraite imméritée tandis que les jeunes seraient par la faute de leurs aînés réduits au chômage et à la précarité. On retrouve cet appel à la guerre des générations à chaque grande crise. Nos financiers justiciers ne font rien d’autre que de demander, comme Keynes en son temps, d’euthanasier les rentiers qui ont eu, en plus, l’audace de voter majoritairement à droite.

Le procès n’a aucun sens de la part d’un gouvernement qui prétend par ailleurs promouvoir des contrats de génération. Soutenir que les retraités aisés ne prendraient pas toute leur part à l’effort de solidarité nationale est une contrevérité. Ce sont eux qui supportent le poids le plus lourd de l’effort fiscal demandé ces deux dernières années, car ce sont eux qui, comme le leur reproche la Cour des comptes, ont accumulé le capital de plus en plus imposé : contribution exceptionnelle à L’ISF, hausse massive des prélèvements forfaitaires, augmentation de l’impôt sur les plus-values... Par ailleurs, en cette période où la jeunesse est particulièrement touchée par la crise, les retraités jouent un rôle majeur dans la solidarité familiale en apportant leur soutien à leurs enfants et à Ieurs petits-enfants. Mais, pour beaucoup de socialistes, la cohésion familiale est encore un scandaleux facteur d’inégalité sociale.

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