Paris vaut bien une femme.

Dimanche 19 mai 2013 // La France

La bataille de Paris a commencé. Les deux principaux partis fourbissent déjà leurs armes pour (re)conquérir la capitale. Qui sera le meilleur candidat pour succéder à Bertrand Delanoë ? Le futur édile de la capitale pourrait bien être « une maire ». État des lieux. Dans la course pour la conquête de Paris, deux groupes sont déjà identifiés : il y a ceux qui iront et ceux qui n’iront pas. Dans le second groupe, Jean-Louis Borloo et François Fillon ont d’ores et déjà jeté l’éponge. L’un préfère, officiellement, se consacrer à la construction de l’UDI. L’autre se réserve pour l’élection présidentielle de 2017. Qui reste-t-il ?

Essentiellement des femmes. Et c’est une première dans l’Histoire ! Anne Hidalgo pour le PS, NKM pour l’UMP, Chantal Jouanno et Rama Yade pour l’UDI, Marielle de Sarnez pour le MoDem, Cécile Duflot pour les Verts, Martine Billard pour le Front de Gauche... Toutes veulent prendre la capitale. Seul un homme reste pressenti pour sauvegarder un peu les apparences de la parité Wallerand de Saint-Just, actuel trésorier du FN.

PRIMAIRES

À droite, les candidates (et candidats) de l’UMP vont devoir se soumettre au vote des militants à l’occasion de primaires dont les candidatures sont closes depuis le 9 avril. Ils n’ont été que six à recueillir les dix parrainages d’élus parisiens (conseillers d’arrondissements compris) issus d’au moins trois arrondissements différents et les trois cents parrainages de Parisiens inscrits sur les listes électorales (en réalité surtout des militants ou des sympathisants) issus d’au moins cinq arrondissements différents. Il s’agit de l’archi favorite, Nathalie Kosciusko-Morizet (NKM), de Pierre Yves Bournazel, de Jean-François Legaret, de Chenva Tieu et de Franck Margain. Le premier tour doit se tenir du 31 mai au 3 juin, et un éventuel second tour du 7 au 10 juin.

CANDIDATE NATURELLE

Au PS, il existe officiellement des primaires qui doivent départager les candidats potentiels, dans les villes de plus de 10 000 habitants. Paris était donc concerné et la question s’est posée jusqu’à récemment pour elle. En effet, l’ex strauss-kahnien Jean-Marie Le Guen visait aussi la place de Bertrand Delanoë. Il avait souhaité que les primaires puissent se tenir à l’automne quand Anne Hidalgo préférait le mois de juin. La question qui aurait pu être tranchée par le Conseil national du PS (le parlement de la rue de solferino) ne se pose plus : Jean-Marie Le Guen a annoncé le 15 mars dernier son retrait de la primaire après avoir rencontré François Hollande à l’Élysée. Le chef de l’État, qui n’a pas besoin d’un problème supplémentaire, l’a convaincu de renoncer. Il n’est donc plus question de primaires au PS, faute d’opposants à Anne Hidalgo. Et puis, la candidate « naturelle » avait été adoubée par le maire sortant, Bertrand Delanoë. Elle dispose également du soutien des maires d’arrondissement et des adjoints PS de l’exécutif parisien. Convaincue et sûre de son bon droit, Anne Hidalgo a même refusé d’être ministre de François Hollande pour se consacrer à l’Hôtel de Ville. La directrice du Travail à la retraite, qui passe pour sectaire et autoritaire, est assez légitime et favorite pour briguer la mairie de Paris.

RECONQUÊTE

Malgré ses simagrées de pseudo-démocratie dont la gauche a l’habitude - et le secret ! - le duel final pourrait se résumer à une confrontation entre NKM et Anne Hidalgo. D’ores et déjà, les sondages donnent les deux femmes au coude à coude. Au premier tour, Hidalgo virerait en tête (34 %) devant NKM (33 %). Cécile Duflot (les Verts) recueillerait 8 % des voix et Rama Yade, pour l’UDI, 5 %. Au second tour, Anne Hidalgo l’emporterait avec 51 % des voix contre 49 % à sa rivale de l’UMP. C’est dire si les premières estimations sont serrées. Il est clair que « la droite fera des municipales dans la capitale un élément majeur de sa volonté de reconquête », a estimé le désormais lucide Jean-Marie Le Guen. En somme, Paris devient un enjeu national dans la perspective de 2017. Reconquérir Paris c’est, pour l’UMP, s’ouvrir un peu plus la voie de l’Élysée ; pour le PS, conserver la capitale serait un élément de résistance dans la perspective de la prochaine élection présidentielle.

TRAVAIL DISSIMULÉ

La tension qui règne malgré tout dans les états-majors des rues de Solférino et de la Convention explique peut-être pourquoi les deux femmes sont à couteaux tirés. La première adjointe de Bertrand Delanoë a porté plainte pour diffamation contre la députée-maire de Longjumeau (Essonne). NKM l’accusait d’avoir été condamnée en 2012 à 20 000 euros d’amende pour « travail déguisé à l’Apur », l’Atelier parisien d’urbanisme. Ce qui est à la fois vrai et faux. En effet, Anne Hidalgo a bénéficié d’une dispense de peine...

CONVAINCRE

Comme toujours, c’est la capacité de rassemblement et les petits arrangements entre amis qui devraient être déterminants. Autrement dit, qui va soutenir qui et à quel prix, en contrepartie de quel poste-clé ? Anne Hidalgo sait qu’une alliance avec les Verts et le Front de Gauche est impossible au premier tour : elle a encore du mal à digérer la présence de Cécile Duflot qui s’est fait parachuter dans la capitale pour les législatives. Est-ce la ministre du Logement qui sera candidate des Verts ? Pas si sûr, car sa motion a été mise en minorité lors de la dernière Assemblée générale du mouvement EELV. La aussi, une primaire devrait départager les candidats écologistes en juin prochain. Quant au PCF, il se demande encore s’il doit présenter des listes autonomes, avec le Parti de gauche de Jean-Luc Mélenchon, ou s’allier dès le premier tour avec son puissant allié socialiste, comme en 2001 et 2008.

A droite, NKM bénéficie d’un assez bon capital de sympathie à l’UMP et au centre, et d’une certaine « virginité » dans la capitale. Ces atouts seront-ils suffisant pour convaincre l’UDI de faire liste commune ? Les discussions sont en cours.
Et s’il est vrai qu’être la candidate officielle et favorite n’est pas toujours une sinécure (Ségolène Royal en sait quelque chose), la mairie de Paris reste un tremplin formidable pour des échéances électorales nationales. Les femmes l’ont bien compris !

UNE VILLE-DÉPARTEMENT

Conformément à la loi PLM (Paris-Lyon-Marseille) du 31 décembre 1982, la capitale française est à la fois une ville et un département. Les 163 conseillers qui élisent le maire de Paris sont également conseillers généraux. Le maire de Paris est à la fois maire de la Ville et président du Département de Paris. Toutefois le maire de Paris voit ses pouvoirs de police limités par le préfet de Police de Paris.

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