Par DENIS TILLINAC : Leçon de choses.

Jeudi 5 juillet 2012 // La France

Drapeau de FranceQueuille, Charbonne, Delors, Chirac, Lajoinie : le sol corrézien produit autant de politiques que de cèpes et de châtaignes, et l’ascension de Hollande atteste une tolérance à l’implant.

J’omets volontairement d’ajouter Edmond Michelet, dont les faits de résistance et le comportement héroïque au camp de Dachau justifient un procès en béatification actuellement en cours. C’était un politique, certes, ministre éminent de De Gaulle et de Pompidou, mais dont l’action publique et la vie privée s’inscrivaient dans une sphère plus mystique que partisane. Péguy aurait loué la noble texture de son patriotisme. Un autre Corrézien, qui vient de mourir, nous honore grandement sur un registre du même ordre : le père jésuite Pierre Ceyrac. Issu d’une dynastie bourgeoise de Meyssac, frère de l’ancien patron du CNPF, François, et de l’ancien président du conseil général de la Corrèze, Charles, cet homme dont la foi inondait le coeur a oeuvré en Inde, un demi-siècle durant, parmi les plus déshérités. Un procès en canonisation n’est pas à exclure. S’il aboutissait, Pierre Ceyrac serait acoquiné dans l’au-delà à deux saints corréziens missionnaires, le cistercien Étienne d’Aubazine et le martyr Pierre Borie de Beynat.

Robert Galley n’était pas un saint, mais une très belle figure de résistant et de serviteur de l’État, gaulliste en l’occurrence. Lui aussi vient de mourir, ce qui réduit à un peu plus de deux dizaines le nombre des compagnons de la Libération encore vivants. Ministre au long cours, père de l’atome, maire de Troyes et député de l’Aube, cet homme simple comme bonjour avait épousé une fille du maréchal Leclerc qui fut son chef dans la 2’ DB, depuis l’Afrique jusqu’à Berchtesgaden. À chacun ses références : l’appellation "gaulliste", passablement galvaudée depuis la mort du Général, définit à mon aune une épopée romantique sur les bords, illustrée pêle-mêle par Leclerc, Kessel, Clostermann, Galley et quelques autres. Dont Michelet évidemment.

En Corrèze, lançait jadis Chirac pour le plaisir de scandaliser les journalistes parisiens, les femmes servent les hommes debout.

Avec madame Trierweiler, Hollande aura du mal. On ne saurait mégoter sa compassion à un homme qui a subi le joug de Ségolène à la maison, de MmeAubry au parti, et qui apparemment semble promis à un autre calvaire crypto-matriarcal. Madame Trierweiler focalise en sa personne les symptômes d’une"liberté" revendiquée parles femmes "modernes" dites de pouvoir. Elles veulent au gré d’impulsions variables l’amour, des enfants, des plaisirs, du rayonnement dans la sphère professionnelle, aucune contrainte "verticale" (tradition, bienséance, etc.) et ne tolèrent aucune attache, aucun passé sinon le leur, et encore. Elles entendent vivre leur vie au présent de l’indicatif, soumises à une doxa qui, dans les magazines ad hoc, fait l’apologie de la "femme libre"— la plupart du temps une star friquée qui tergiverse entre soif de reconnaissance, passion amoureuse et quête improbable d’un équilibre.

Il y a une sorte de cohérence dans les aspirations de Mme Trierweiler, elle veut sa place à l’Élysée au plus près du chef de l’État, mais aussi sa place dans la presse, sans renoncer à son droit à l’expression de ses goûts et couleurs, de ses antipathies. Rien ne lui paraît incompatible sur le marché du désir d’être et de paraître. Comment le lui reprocher quand la démagogie publicitaire exalte un "idéal féminin" hédoniste et narcissique ? La "femme libre" est un en-soi imbu de son "autonomie" un instantané d’affects. Son ego ne doit rien à personne.

Mme Trierweiler n’a pas commis une bourde imputable à l’inexpérience, comme la presse le laisse entendre : dans le miroir de sa personne, les présupposés idéologiques de notre société sont mis à nu. Les femmes du sérail journalistes qui la brocardent, par jalousie peut-être, sont toutes captives de la même mythologie, elles veulent le beurre, l’argent du beurre et le crémier. Le leur ne trône pas à l’Élysée mais au même titre que Hollande, il doit s’accommoder d’une réalité pas marrante tous les jours. Ces héros anonymes de la "modernité" — les mecs à nanas en vue —, comme je les plains ! Ils jouent le jeu, ils en ont intériorisé les règles, ils rament comme la mêlée de Toulon, l’autre samedi, face au rouleau compresseur du Stade toulousain. Oserai-je leur suggérer qu’il existe encore, en Corrèze et ailleurs, des femmes pas plus nunuches et aliénées que leurs mantes religieuses, mais moins esclaves de la "modernité".

Valeurs actuelles 21 juin 2012

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