Panique a l’Elysée.

Samedi 27 avril 2013 // La France

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Accélérez l’opération transparence, dit Hollande d’un côté ; accélérez le vote de la loi sur le mariage, dit-il de l’autre. Et le mouvement de colère s’amplifie. Hollande a le trouillomètre à zéro.

Pour les militaires familiers de la topographie, le phénomène est classique : quand un chef de section a perdu sa boussole, il se met à courir et il se perd un peu plus. François Hollande ne sort plus de l’Élysée, mais ses instructions courent. Accélérez l’opération transparence, dit-il d’un côté ; accélérez le vote de la loi sur le mariage, dit-il de l’autre. Et le mouvement de colère s’amplifie. Les ouvriers d’Aulnay, à qui on a trop raconté d’histoires, envahissent le conseil national du Parti socialiste. Les militants les plus décidés contre la loi Taubira empêchent les ministres de se déplacer librement sans une forte protection policière. Les manifestations se répètent, le ton monte. Feu sur le quartier général.

Que peut faire le président de la République quand il dispose d’un crédit résiduel de
d’opinions favorables à son action, ce qui signifie qu’il a déjà perdu là confiance de près de la moitié de l’électorat de gauche ? Le chef de l’État est coincé dans une impasse dont il a jusqu’à présent fermé les issues. D’où cette impression de panique à l’Élysée.

I1 y aurait une première issue : un changement de politique. Ce mardi 16 avril,Yvon Gattaz, infatigable porte-drapeau de la cause des entrepreneurs, à travers le triple objectif "l’emploi, l’emploi, l’emploi", offrait à François Hollande, lors des entretiens de l’Asmep-ETI (entreprises de taille intermédiaire), une sortie par le haut. À l’exemple de François Mitterrand. Trente et un ans plus tôt, jour pour jour en effet, le 16 avril 1982, Gattaz avait été reçu à Matignon à la tête d’une délégation de patrons par le premier ministre de l’époque (Mauroy).

Onze mois après l’arrivée de la gauche, la situation de l’économie n’était pas plus brillante que l’actuelle : les entreprises subissaient une sévère crise de trésorerie, la production reculait et le chômage grimpait. Gattaz obtint la baisse de la fiscalité sur les entreprises, la stabilisation durable des charges sociales, le maintien de la durée du travail et une grosse enveloppe de prêts bonifiés. « Ce fut la date du vrai tournant économique », dit-il.

C’est à refaire aujourd’hui, en améliorant le crédit d’impôt compétitivité, en stimulant l’investissement à long terme et en accompagnant cela par le blocage des charges. Hollande le fera-t-il ? Il aurait dû se rendre aux entretiens présidés par Yvon Gattaz mais il y a renoncé et s’est fait remplacer par Arnaud Montebourg.

Or le même Montebourg dînait, le dimanche 7 avril, en compagnie de trois autres ministres, Duflot, Hamon et Taubira, pour préparer les déclarations hostiles à la politique officielle (austérité budgétaire et orthodoxie européenne) qu’il allait distiller durant la semaine. Jean-Marc Ayrault lui répliquait avec véhémence mais sans pouvoir en tirer la conséquence : Hollande n’entendait pas prendre le risque de se couper de son aile gauche. Mitterrand avait changé de politique sans changer d’équipe ; Hollande était tenté par l’inverse : remanier son équipe sans changer de politique.

L’autre issue serait de faire baisser la tension à droite. L’exemple pourrait venir, là encore, de Mitterrand qui, en juillet 1984, avait su arrêter les frais sur l’école libre. Mais plus récemment, Chirac avait procédé de même avec l’affaire du CPE (contrat de première embauche) qui avait crispé la jeunesse, les syndicats et la gauche, en mars 2006. La loi avait été votée, et cela avait encore fait monter la tension. Alors directeur de cabinet du premier ministre (Villepin), Bruno Le Maire avait entendu Sarkozy (à l’époque ministre de l’Intérieur) dire : « On ne va pas tenir comme ça longtemps, je crois qu’il faut réfléchir à une sortie politique. Vraiment, il faut de la souplesse, sinon tout va casser. »Jacques Chirac décida de ne pas promulguer le texte voté.

La loi Taubira n’a rien de comparable avec celle du CPE, rien sauf sur un point : la radicalisation de l’hostilité qu’elle suscite à cause de l’attitude constamment provocante des autorités de l’État, tous ministres confondus, à l’égard des opposants. Cette surenchère dans le déni (au point de faire voter les sénateurs à main levée au lieu d’un vote conforme) a exaspéré toute la droite. Une exaspération dont François Hollande a pris la responsabilité personnelle et qu’il ne peut calmer que par un acte tout aussi personnel.

Or, s’il a une majorité hésitante sur ses choix économiques et européens, celle-ci a voté quasi unanimement la loi sur le mariage gay. S’il voulait retirer le détonateur de la tension pour se consacrer entièrement à la reprise de l’emploi, François Hollande ne pourrait le faire qu’en sublimant sa fonction. Jusqu’à présent, il a préféré la diversion.

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