Pakistan : Cricket et Madrasa.

Mardi 5 juin 2012 // Le Monde

Drapeau de FranceLe retrait programmé d’Afghanistan, au coeur des discussions au sommet de l’Otan à Chicago, oblige à composer avec un islam que nous connaissons mal : l’islam indien.

Comme on l’a encore entendu de la part du président Sarkozy dans son débat avec François Hollande, l’intervention en Afghanistan, une fois écarté le personnage de Ben Laden, repose sur un cliché les doigts coupés de jeunes filles qui se vernissaient les ongles, exemple pris parmi d’autres. L’islam de ces régions qui constituaient hier l’empire mongol, puis l’Empire des Indes, passe pour le plus fanatique de tous. Ce n’est d’ailleurs pas propre à l’islam. L’hindouisme et même le bouddhisme, à la sauce sous-régionale, perdent aussi parfois toute raison. Il ne faut donc entretenir aucune illusion : on peut s’attendre à de nouveaux excès si les talibans revenaient au pouvoir sous une forme ou sous une autre. Comment nous y préparer ?

L’islam que l’on qualifie ici d’indien recouvre rien moins que près d’un demi-milliard d’individus, bien plus que l’islam arabe, malais, iranien ou turc. 1.70 millions au Pakistan, 140 au Bangladesh (ex-Pakistan oriental), environ 150 en Inde même, plus de la moitié des Afghans. Le Pakistan a une responsabilité particulière puisqu’il a été conçu comme l’Etat des « purs », la Sion de cet islam indien qui avait vocation à rassembler tous les musulmans-du sous-continent quelle que soit leur origine. Ce rêvé s’est fracassé sur les innombrables divisions intestines, dont la scission avec sa partie orientale en 1971 fut la plus traumatisante. Aujourd’hui encore on annonce régulièrement sa dislocation. Inversement, on reproche aux services secrets pakistanais leur conduite en sous-main de groupes afghans. Les Etats-Unis ont exigé des autorités pakistanaises qu’elles fassent la police sur ces franges. Poussé à devenir un gendarme régional, ne convient-il pas dés lors de lui reconnaître voix au chapitre politique sinon même de lui laisser la main ?

Le pays et ses élites concentrent toutes les contradictions qui affectent le monde islamique. Ils sont confusément à la poursuite d’une troisième voie, entre le tout-islam et le tout-Occident, que l’on peut symboliser respectivement par la madrasa et le cricket. Le prestige de l’ancien capitaine de l’équipe nationale de cricket lors de sa (seule) victoire en coupe du monde en Australie en 1992, Imran Khan, montre bien que ce sport n’est pas que le fait d’une élite éduquée à Oxford. Ses joueurs sortent du système d’éducation nationale en ourdou, et les enfants de la rue, qui ne connaissent que l’école coranique (madrasa), ne sont pas les der mers à lancer la balle.

Imran Khan de son côté a compris que l’islam indien ne se limitait pas à ses caricatures. Sorte de musulman « born-again » qui, comme les évangéliques, a retrouvé la foi à travers des expériences spirituelles personnelles, Imran Khan a quitté sa vie de-play-boy (et sa femme, la fille du magnat de presse britannique, le milliardaire Jimmy Goldsmith) pour se lancer dans la politique. Il a des chances de devenir le prochain Premier ministre du Pakistan. Il se refuse à opposer islam modéré et islam radical mais vise a redonner ses lettres de créance à l’islam des pères fondateurs du Pakistan.

Ses écrits font penser à ceux de l’intellectuel Tariq Ramadan, en tant qu’ils cherchent à présenter à l’extérieur une image moderne, lisse, non barbue, mais, à l’intérieur, une foi musulmane intégrale. Inévitablement, il passe aux yeux des laïques ou libéraux comme Salman Rushdie pour pratiquer un double jeu. Aux autres, il apparaît comme un sauveur, quitte à décevoir.

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