Pacte contre pacte.

Mardi 17 juillet 2012 // La France

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Drapeau de FranceFrançois Hollande et ses amis se félicitent des points qu’ils auraient marqués à Bruxelles ; mais l’Histoire ne retiendra sans doute pas le sommet européen des 27 et 28 juin comme un événement décisif.

Tout au long de sa campagne, le candidat socialiste avait affirmé sa volonté de renégocier le Pacte budgétaire en le complétant par un plan de croissance. Promesse tenue, affirme le quotidien Libération qui, emporté par l’ambiance footballistique, titre que François Hollande l’a emporté sur Angela Merkel « 1 à 0 ». D’ailleurs, le Président a exprimé publiquement sa satisfaction à la fin du sommet, le 28 juin. N’a-t-il pas obtenu la mise en oeuvre d’un « pacte de croissance » qui permettra d’investir 120 milliards dans l’économie défaillante ?

Mais les euro-obligations, dont la chancelière ne voulait pas entendre parler, la réforme de la Banque centrale européenne et le « juste échange » qui semblait annoncer un dispositif de protection de l’économie de l’Union européenne ont été oubliés en route. Quant aux 120 milliards, ils sont l’addition de fonds européens non dépensés (55 milliards), avec 10 milliards pour la Banque européenne d’investissements qui permettront 60 milliards de crédits et 5 milliards de « projets bonds », ces sommes devant être dépensées sur plusieurs années. La part de crédits nouveaux étant faible (une quarantaine de milliards), la relance de l’économie sera des plus timides.

Surtout, les effets « pacte de croissance » seront neutralisés par le Pacte budgétaire que le gouvernement va faire adopter par le Parlement et qu’il a anticipé en annonçant de nouvelles mesures de rigueur, afin de ramener le déficit public à 3% du Produit intérieur brut en 2013 : il y aura des réductions d’effectifs de 2,5% par an dans l’administration - sauf pour l’enseignement, là police et la gendarmerie -, les dépenses de fonctionnement des ministères seront réduites de 15% sur trois ans et les dépenses d’intervention subiront des coupes sévères.

Lundi matin 2 juillet, la Cour des comptes a rendu au gouvernement français son audit qui fait ressortir que, en se basant sur un taux de croissance de 1% (au lieu du chiffre de 1,7% prévu par le candidat Hollande), le gouvernement devra faire 33 milliards d’économies l’année prochaine (en les répartissant en hausses d’impôts et baisses des dépenses) s’il veut atteindre l’objectif de ne pas dépasser la barre des 90% de dette publique rapportée à son PIB... La TVA et la CSG devront augmenter...

Dans une économie déprimée, ces mesures auront pour conséquence, comme partout ailleurs, de contribuer au ralentissement de l’activité économique.

La déception des électeurs de gauche se manifestera sans doute dès l’automne. Le gouvernement table cependant sur la faiblesse de ses opposants. Non seulement la droite est en pleine recomposition mais le Front de gauche ne peut rien sur le plan parlementaire et fort peu dans la rue. L’unité d’action syndicale reste quant à elle hautement problématique. La CFDT` mène une stratégie d’influence, la CGT est paralysée par ses conflits internes et les petits syndicats ne peuvent pas lancer de mouvement de-grande’ ampleur. Seule Force ouvrière est résolue à « combattre toute politique d’austérité, socialement, économiquement et démocratiquement suicidaire » selon la déclaration adoptée le 28juin.

A défaut de soutien enthousiaste, le gouvernement socialiste peut donc profiter des divisions qui règnent chez ses adversaires potentiels pour gagner du temps et retarder, par diverses négociations, les échéances sociales.

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