PHOBIE ET APHOBIE.

Mercredi 14 mars 2012 // Divers

Drapeau de FranceLa phobie est à la mode. Nous avons la phobie de tout ce qui différencie, au point d’en perdre le sens commun de l’ordre des choses. Les exemples sont nombreux, la race, les cultures, les civilisations, la religion, le sexe, la sexualité. On entend parier en permanence, non pas seulement de la phobie du serpent..., mais surtout de l’homophobie, de l’islamophobie, de la christianophobie, de la xénophobie, etc. Celui qui fait une différence, qui prétend comparer, qui souhaite instaurer une échelle de valeurs est immédiatement rejeté au motif qu’il pratique la discrimination, l’exclusion (confère le débat sur la déclaration du ministre de l’Intérieur relativement aux civilisations). Différencier devient exclure, distinguer devient discriminer. Nous sommes dans l’irrationnel ; il y a une véritable « phobie de la phobie » !

Une illustration nous est fournie par cette récente initiative du législateur qui a décidé la suppression de l’utilisation du terme de Mademoiselle. Proposition ridicule, risible, dérisoire certes, mais qui a quand même aujourd’hui force de loi ! On va devoir refaire des centaines de formulaires administratifs, et un jour viendra où on poursuivra pour discrimination celui qui voulant faire plaisir à une jeune femme de 30 ou 40 ans lui aura donné du Mademoiselle ! Discrimination quand tu nous tiens...

Notre société se fonde donc sur un principe sorti des valeurs républicaines et démocratiques comme du chapeau du magicien, celui de la phobie de tout ce qui exclut, compare, différencie. il s’agit de la peur maladive de tout ce qui distingue, de tout ce qui rejette l’uniformité. Et ce principe a aujourd’hui force de loi à ce point que d’innombrables expressions de notre langage populaire ou de pratiques sociales sont frappées du sceau de l’interdit. Ce faisant, nous sommes tombés dans le piège idéologique de soi-disant antiracisme, antisémitisme, anti sexisme qui procèdent d’une inversion totale de la morale et du droit. On en arrive à une telle inversion dans tous les domaines que certains, comme par exemple Alain Finkielkraut vont jusqu’à parler de « francophobie française ». Nous ne savons plus reconnaître les séparations fondatrices, les discriminations qui sauvent ou les frontières qui préservent.

Littré définit la phobie comme étant « une peur instinctive, maladive ». Il s’agit d’un terme récemment introduit dans notre vocabulaire. Un piège s’est refermé. Nous en sommes arrivés à nous interdire de nous protéger ; car il y a dans l’exclusion et la différenciation un réflexe de protection qui n’est pas nécessairement condamnable même s’il nécessite d’être géré pour ne pas tomber dans les excès dont l’histoire nous donne trop d’exemples insupportables.

Nous avons ainsi totalement inversé le cours de l’histoire si l’on se rappelle cette formule d’Aristote pour qui « les Celtes sont tellement grossiers qu’ils ne craignent rien ». A l’époque, et longtemps encore après, le fait de ne pas craindre la différence et ses effets était considéré comme une marque d’inintelligence et d’irresponsabilité. il est sociologiquement et politiquement dangereux de refuser de prendre en compte les différences et les phénomènes naturels d’exclusion. Il ne sert à rien de nier la réalité. 1l faut la gérer ; et c’est précisément le rôle du politique qui n’est pas de souffler sur les braises et d’entretenir la « dissociété »...

Soyons clairs : puis-je aimer, d’un amour vrai, quelqu’un qui n’a pas ma couleur de peau en ne prenant pas en considération notre différence ? Suis-je dans l’impossibilité d’aimer un ami homosexuel parce que l’homosexualité est contraire à mes convictions ? Ce n’est pas en gommant les différences, en niant les évidences, que nous résoudrons nos problèmes sociaux et politiques ! Car, on en est au point qu’à force d’interdire de discriminer ou de distinguer on finira par décréter « l’amour obligatoire de tous par tous ». L’amour obligatoire cache pas !

C’est au nom de la spontanéité, de la gratuité et de la transcendance de l’amour que Saint Paul a pu écrire « Il y a plus de juif ni de Gec, il y a ni esclave ni libre, il n’y a ni homme ni femme ; car tous vous êtes un en Jésus Christ. A ce niveau, il n’y a plus de Madame ni de Mademoiselle…

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