PCF : La lutte finale, ou la fin des dinosaures.

Dimanche 3 mars 2013 // La France

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Le 36e congrès du Parti communiste français se tient du 7 au 10 février à Aubervilliers en Seine-Saint-Denis. Objectif affiché : « Susciter un espoir de changement véritable » et devenir un « parti de masse » (sic). Objectif réel : sauver ce qui peut encore l’être d’un mouvement aussi dépassé qu’anachronique.

Oui, le Parti communiste français est vivant ! Moribond mais vivant... Il dispose toujours d’une équipe dirigeante, d’une poignée de militants, d’une (en déroute) d’apparatchiks, d’un journal sous perfusion étatique, de statuts, d’un logo : la faucille et le marteau !

Il dispose aussi de locaux trop grands pour son nombre d’adhérents (officiellement 138 000 dont 70 000 à jour de cotisations), au point que ces milliers de mètres carrés pourraient, pourquoi pas ?, héberger nombre de sans-papiers et de SDF... N’est-ce pas Cécile Duflot ?

À vrai dire, le PCF est un ovni politique dans l’Europe de l’Ouest. Avec ceux de la Corée du Nord, de la Chine et de la Russie, il est un des rares PC à ne pas avoir rompu avec la doctrine marxiste-léniniste de la dictature du prolétariat. C’est qu’en dehors des réalités les plus élémentaires, en plein déni économique et social, vieilles chimères et sempiternelles rengaines constituent toujours son pain quotidien. Il y est question de lutte des classes, d’abolition de la propriété privée, de « la fin du capitalisme », rebaptisée très pudiquement pour ce congrès « le dépassement du capitalisme », sans doute pour ne pas effrayer ceux qui y auraient pris goût et qui seraient obligés d’y renoncer à plus ou moins long terme. Celui qui s’auto proclamait le « Parti des 75 000 fusillés » au sortir de la Deuxième guerre mondiale ne parvient pas à se défaire de ses ringardes - et mortifères, utopies. La déstalinisation à partir de 1956 ? La chute du Mur de Berlin en 1989 ? L’effondrement de l’URSS et de ses satellites qui s’en est suivi ? Nos « cocos » français n’en ont cure ! Dans leur monde, on parle encore « grand soir », « centralisme démocratique », lutte contre « l’impérialisme », « matérialisme dialectique » et « matérialisme historique »... même s’ils prétendent avoir rompu avec la plupart de ces dogmes. Vraiment ? Le thème du 36e Congrès s’intitule pourtant :

« Il est grand temps de rallumer les étoiles » (extrait du poème de Guillaume Apollinaire Les Mamelles de Tirésias).

LA LOCOMOTIVE MÉLENCHON

Survivance d’un autre âge, le PCF subit un déclin ininterrompu depuis plus de trente ans, comme en attestent ses résultats aux élections. Loin de son meilleur score réalisé en 1969 - Jacques Duclos, secrétaire général de l’époque, avait pointé à 21,25 % au premier tour de la présidentielle - et de celui obtenu aux élections européennes de 1979 - la liste emmenée par Georges Marchais avait maintenu le score à 20,52 % -, son érosion débute à la présidentielle de 1981(15,35 %) et se confirme à celle de 1998, avec André Lajoinie (6,76 %). La présidentielle de 1995 est son chant du cygne : 8,64 % des suffrages pour Robert Hue qui n’en recueillera, sept ans plus tard, que 3,37 % ! Mais c’était encore presque deux fois plus que Marie-George Buffet en 2007 : 1,93 % !

Les communistes ont finalement disparu des écrans radar en 2012. Soutenant Jean-Luc Mélenchon, ils n’ont présenté aucun candidat à l’élection présidentielle. C’est bien là que le bât blesse. Comme le NPA et une partie de l’aile gauche du PS et des Verts, en succombant au verbiage néo-gauchiste de l’ancien compagnon de Lionel Jospin à l’Organisation communiste internationaliste (OCI), le PCF n’est aujourd’hui qu’un petit wagon derrière la locomotive Mélenchon.

MISE EN SCÈNE

Ce positionnement, ainsi que le fait de ne pas participer directement au gouvernement, lui permet cependant de faire valoir son droit à la différence et d’adopter ainsi un comportement plus clair que celui des écologistes. Les parlementaires communistes l’ont prouvé à plusieurs reprises en joignant leurs voix à celles de la droite pour rejeter quelques textes et amendements. Les sénateurs ont été les plus virulents, en votant contre le traité européen, la règle d’or, le statut des étrangers, et en faisant barrage au projet de budget pour 2013. Toutefois, cette petite mise en scène ne trompe personne. Chacun sait que l’Assemblée nationale a le dernier mot, que les sautes d’humeurs communistes a Palais du Luxembourg, si elles agacent le gouvernement, sont sans effet sur le vote final. Chacun sait aussi que cette relative autonomie n’exonère aucunement le PCF d’être parti intégrante de la majorité de gauche. Les élus communistes ne votent-ils pas, à ces rares exceptions près, tous les textes présentés par le gouvernement ?

« ILLUSION DE L’IMPORTANCE  »

De fait, l’ambition du PCF est de se positionner, à sa manière et avec ses moyens, en aiguillon du pouvoir en place : « Nous ne sommes pas un parti défensif qui cherche à sauver son pré-carré (...) Le Parti communiste achève aujourd’hui sa mue. Nous sommes repassés à l’offensive. Il faut maintenant que les citoyens de gauche fassent entendre leur voix (..) et imposent le respect des choix pour lesquels ils ont voté au printemps dernier », indique Pierre Laurent, secrétaire général du PCF. Autrement dit, il entend gauchiser les discours et les décisions de l’Élysée et de Matignon. François Hollande et Jean-Marc Ayrault seraient bien inspirés de lui rétorquer : « le PCF, combien de divisions ? »

Alors qu’il ne pèse et ne représente politiquement plus rien, le PCF va vouloir se donner « l’illusion de la renaissance, de la consistance et de l’importance ». C’est tout l’enjeu de ce 36e congrès et les instances dirigeantes essaient de faire passer le message à grand renfort de communication. Une première campagne sur le thème « Je suis communiste et ça fait du bien » a été lancé début novembre. Quelques jours plus tard, Pierre Laurent présentait 400 nouveaux adhérents lors d’une cérémonie symbolique destinée à « enterrer l’enterrement » du PCF « sans fleurs ni couronne ».

Cette même journée, le dirigeant du PCF indiquait que plus de 5000 nouveaux adhérents avaient rejoint les rangs de la Place du Colonel Fabien depuis le début de l’année... Fin décembre 2012, un sondage TNS-SOFRES donnait 23 % d’opinions favorables au sein de la population française pour le PCF, un de ses meilleurs scores depuis huit ans.

Dernier enjeu de ce 36e congrès : faire taire une contestation interne qui, officiellement, n’existe pas. En effet, comme le PS, le PCF a ses « courants » : la majorité du PCF (60 %) suit Pierre Laurent ; les orthodoxes, conduits par André Gérin, représentent environ 20 %. Les animateurs de La Riposte (tendance marxiste internationaliste) pèsent 15 % environ. Les deux autres courants (« novateurs » et « réformistes ») se partagent les miettes.

Autrement dit, le PCF, qui tente de remettre le rouge à la mode, est moribond. Mais il n’est pas mort. Il bouge encore.

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