Où va Hollande ?

Mercredi 12 septembre 2012 // La France

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Drapeau de FrancePour le président « normal » l’automne s’annonce plutôt exceptionnel, dans le plus mauvais sens du terme. Une crise de l’euro qui s’amplifie à mesure que la Grèce peine à respecter des engagements que François Hollande lui-même jugeait "intenables" au printemps ; une majorité qui se divise sur le reniement de la principale promesse présidentielle, à savoir la renégociation du pacte budgétaire européen ; enfin et surtout le doute qui s’installe, dans chaque camp, sur la capacité dudit président à fixer une ligne claire, fût-elle clivante ; comme du temps de Nicolas Sarkozy... Bref, tout se passe comme si le gouvernement de Jean-Marc Ayrault était à deux doigts de se voir intenter un double procès : en impuissance par la gauche et en irresponsabilité par la droite à l’heure où l’étroitesse des marges de manoeuvre exigerait au contraire de s’accrocher à une feuille de route.

En 2007, certes, Sarkozy lui aussi avait mal "géré" ses cent premiers jours : de la soirée inaugurale du Fouquets à ses vacances aux États-Unis en passant par sa "retraite" sur le yacht de Bolloré, les symboles coruscants s’étaient multipliés au point d’aider la gauche à imposer, jusque dans les classes moyennes de droite, l’image du "président des riches". Mais tout cela avait été compensé par l’hyperactivité du personnage qui ne passait pas un jour sans faire parler de lui, proposant ici une réforme, là une révolution... Qui avait su, en somme, enrôler ses excès au service d’une action que seule la crise allait, au bout du compte, rendre inopérante. Avec Hollande, c’est l’inverse : ce qui, pendant la campagne, avait pu séduire son côté escargot, se riant des obstacles médiatiques pour tracer sa route allait, à la faveur des vacances, se transformer en présomption d’indifférence, voire d’amateurisme. Un seul exemple de cet été « très moyen » (dixit Libération) : la visite estivale du chef de l’État aux forces de l’ordre. Un poste de police est-il attaqué le 13 août à Amiens par des voyous ? Le lendemain, le président, qui se repose au fort de Brégançon, décide de rendre visite à la gendarmerie de Pierrefeu-du-Var pour y tenir des propos définitifs sur la violence. Mais le fait-il parce que, sept semaines plus tôt, deux femmes gendarmes originaires du lieu avaient été assassinées non loin de là par un forcené - ce qui s’appelle, pour le moins, du retard à l’allumage ? Ou parce que Pierrefeu se situe à moins de 30 kilomètres de Brégançon, et Amiens à plus de 1000 ?

Et ainsi de suite, s’agissant des annonces démenties du ministre de l’Éducation nationale, Vincent Peillon, sur la semaine de quatre jours à l’école, jusqu’à celles du ministre du Budget, Jérôme Cahuzac, relatives à la défiscalisation maintenue du Livret A (mais non encore décidée, selon le premier ministre, Jean-Marc Ayrault), en passant par les allers-retours étourdissants d’Arnaud Montebourg sur le dossier Peugeot, ou de Pierre Moscovici sur la baisse du prix de l’essence...

Résultat : un décrochage conjoint du président de la République et du premier ministre dans l’opinion, avant même que soient effectifs les premiers grands arbitrages budgétaires du quinquennat. Moins 9 points en trois mois pour le chef de l’État (49 % d’opinions favorables) et moins 7 pour le premier ministre (49 % également), selon CSA ; moins 11 aussi, mais en un mois seulement, pour François Hollande, selon Ipsos qui mesure son crédit à 44 %, contre 47% d’opinions défavorables…

À titre de comparaison, Mitterrand recueillait encore 71 % de bonnes opinions en août 1981, Chirac 65 % en août 1995 et Sarkozy 63 % en août 2007, selon la Sofres qui, en cette fin août 2012, trouve encore 50 % de sondés favorables pour Hollande... Circonstance atténuante pour celui-ci : la dureté de la crise. Mais lorsque l’institut CSA, mandaté par les Échos des 24 et 25 août, demande aux Français si, face à cette crise, le gouvernement est suffisamment actif 72 % des personnes interrogées répondent par la négative, contre 24 % qui le trouvent dynamique et 4 % sans opinion !

Plus inquiétant encore, c’est à gauche que le gouvernement, et le président de la République en tête, perd le plus de soutiens. L’explication n’est pas difficile à trouver : l’incroyable contradiction entre le candidat Hollande s’engageant à amender le traité budgétaire Merkel-Sarkozy du 1er mars dernier, et le président Hollande, s’engageant à l’exact inverse, ce 23 août à Berlin, où promesse a été faite à la chancelière que le traité serait ratifié intact avant la mi-octobre, certes enveloppé d’une dédaration liminaire sur la nécessaire recherche de la croissance, mais sans un iota de différence, sur le fond, s’agissant des "sanctions automatiques" subies parles États en cas de dérapage.

Pendant la campagne des législatives de 1997, Lionel Jospin s’était adonné au même exercice : promesse de renégocier le Pacte de stabilité négocié un an plus tôt par le président Chirac et le chancelier Kohl... Et une fois élu, application rigoureuse du texte au grand dam des souverainistes de gauche qui avaient cru à sa bonne foi (en l’espèce, les chevènementistes qui tenaient alors le rôle des Verts et de Mélenchon réunis). Seule différence entre ces deux moments dés : la bonne santé de l’économie européenne d’alors qui a permis à la France de se soustraire aux sanctions prévues parle Pacte de stabilité (et à Jospin de sacrifier le blé en herbe de la croissance pour lancer la France dans l’aventure des 35 heures qui, aujourd’hui, obèrent si fort notre compétitivité).

Quinze ans plus tard, la profondeur de nos déficits n’offre plus la moindre échappatoire au gouvernement : ce que la France aura ratifié, elle devra l’appliquer. D’où l’étrange sentiment exprimé dans le Figaro du 24 août par Jean-Christophe Cambadélis, qu’on avait connu plus "flambard" : « Nous sommes encore dans cette espèce d’entre-deux, entre le sucre de la victoire et l’inquiétude de gouverner. » L’inquiétude face aux responsabilités ? C’est que, cette fois, et contrairement à 1981 comme à 1997, la dureté des temps ne laisse aucun sursis à la gauche pour revenir sur terre : ou elle assume ses engagements, au risque d’échouer ; ou elle se soumet à ce qu’elle prétendait éviter, au risque de se renier. Autant dire que la gauche n’est plus seulement au pied du mur, selon la formule consacrée. Mais, sauf coup de théâtre, bel est bien dedans !

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