Liberté chérie.

Où nous mènent les islamistes ?

Mercredi 10 octobre 2012 // Le Monde

Pourquoi un sujet est-il au coeur de l’actualité ? Son importance ? Mais qui en décide ? Les journalistes... et tous choisissent le même événement. Est-ce un jugement objectif ? Une guerre qui commence, une paix signée, l’élection d’un dirigeant, une innovation industrielle. vivent être placées à la une. Mais dans le flux des événements, les grands médias n’ont que l’embarras du. choix et ce choix ne devient évident pour le public que lorsqu’il a été effectué.

Comment choisit-on ? Pas selon une analyse aussi fine que possible de la portée de l’événement, mais selon des critères qui sont propres au système médiatique, à une sorte de « grand récit » où il y a-la lutte du Bien contre le Mal, ce qui conduit les grands médias à être du côté des bons contre les méchants.

Lorsque la vidéo L’innocence des musulmans a déclenché des émeutes en Egypte, en Tunisie et surtout en Libye, il y avait en Europe d’autres sujets brûlants par exemple les manifestations en Espagne et au Portugal, deux pays secoués par une crise économique et financière d’une exceptionnelle gravité, Mais ce sont les exactions des extrémistes musulmans qui ont été privilégiées et la publication de caricatures de Mahomet par Charlie-Hebdo, le 19 septembre, a donné à l’affaire une dimension nationale.

Cet hebdomadaire satirique fait partie de l’univers médiatique, tout simplement parce que la plupart des chroniqueurs le lisaient avant de devenir journalistes. Il leur a donc paru naturel de montrer les caricatures à l’ouverture des journaux télévisés. Dès lors, nombre de personnalités ont pris la défense de la liberté d’expression, certaines craignant qu’on interdise le blasphème. Ces prises de position ne pouvaient manquer de susciter l’approbation des médias. Elles ont donné d’autant plus de retentissement à l’affaire que 150 salafistes sont venus manifester le 20 septembre devant l’ambassade des Etats-Unis.

Ce bruit médiatique a recouvert un petit fait vrai : en ce mois de septembre, la. liberté d’expression n’a pas été menacée un seul instant en France puisque la sécurité des journalistes de Charlie-Hebdo et la protection de leurs bureaux a été assurée. Il n’y a pas eu de demande de saisie de Charlie-Hebdo et celle-ci aurait été rejetée par les tribunaux. Et l’hebdomadaire sort renforcé car ses provocations ont été commercialement payantes. Dans une tribune publiée par Le Monde (20 septembre), le chercheur Olivier Roy souligne malicieusement que « l’islamophobie n’échappe pas aux malheurs du temps : le niveau baisse ! Rushdie est un grand écrivain (qui d’ailleurs n Imagina pas un instant l’effet des Versets sataniques), (...] ; les caricatures danoises étaient quelque peu grassouillettes, mais c’était du journalisme, et il fallait les défendre au nom de la liberté d’expression… Par contre avec "L’innocence des musulmans" on est dans l’escroquerie minable, et pas seulement intellectuelle. Publier dans le sillage des caricatures islamophobes ne relève ici d’aucune solidarité, mais d’un opportunisme mercantile ».

Dans une modernité qui tient la négation du religieux comme un progrès, il est en effet opportun d’aller dans le sens du vent et de jouer son rôle dans le grand spectacle du « choc des civilisations » destiné à faire frissonner les foules mais qui se réduit en fait au choc des dévots islamistes de la « sainte ignorance » (1) et des spécialistes du blasphème rentable...

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