Notre Opinion : Par François d’Orcival, de l’Institut.

Obama est dangereux.

Lundi 23 septembre 2013 // Le Monde

L’incohérence du président des États-Unis discrédite ses alliés et encourage ses adversaires. Les Européens y trouveront une raison de plus de ne rien faire.

Barack Obama a sidéré tout le monde. Pas seulement son équipe : la planète entière. On imagine l’incrédulité de Poutine, de Bachar al-Assad et de l’Iranien Hassan Rohani écoutant sa déclaration du 31 août. Après le fiasco britannique, il offrait au premier une victoire politique, au deuxième un succès militaire, au troisième une percée stratégique. À Paris, François Hollande, qui s’était dangereusement avancé dans ses déclarations guerrières, se retrouvait seul et tout . nu. La première puissance mondiale avait peut-être un habile sénateur à sa tête, mais pas un commandant en chef. On avait déjà vu Obama à la manoeuvre en Afghanistan et en Irak pour mettre fin à la mission des alliés : il abandonnait au chaos ces deux pays, où plusieurs milliers de soldats américains, canadiens, britanniques, français étaient tombés.

Allait-il recommencer en Syrie ?

Le samedi 31 août, sur la pelouse de la Maison-Blanche, il redit ce qu’il répète depuis le carnage du 21 août à Damas : « Quel message enverrions-nous au monde entier si un dictateur pouvait gazer des centaines d’enfants à la vue de tous sans qu’il en paie le prix ? Que dirait-on de notre détermination à résister à tous ceux qui se moquent des règles internationales, aux gouvernements qui se fabriquent des arsenaux nucléaires, aux terroristes qui seraient tentés de se servir d’armes biologiques si nous n’agissions pas ? » Une telle rhétorique appelle des ordres. Obama a demandé à son chef d’état-major s’il y avait des impératifs de temps pour agir. « Non », lui a répondu le général Dempsey. Alors, réflexion faite, il annonce à la nation américaine qu’il s’en remet au Congrès.

A cet instant, la question n’est plus de savoir s’il a raison ou tort de vouloir attaquer la Syrie pour la « punir » d’avoir utilisé des armes chimiques, de prendre le risque d’ajouter la guerre à la guerre ou d’ouvrir la porte à une nouvelle conquête islamiste. La question posée est celle de son crédit de leader. Il a engagé ses collaborateurs dans une campagne de déclarations toutes plus belliqueuses les unes que les autres et le voici qui, à l’heure de signer ses ordres, renonce : je suspends tout jusqu’au vote du Congrès. Ce qui signifie que sa parole est négociable, qu’il n’a pas fait son choix ni voulu aller à la réunion du G20 à Saint-Pétersbourg, chez Poutine, en ayant déjà mis ses actes en conformité avec ses paroles. Poutine, lui, ne varie pas : il estime que ses intérêts le conduisent à mettre son veto à toute intervention en Syrie sous label de l’Onu, il le maintient, comme les Chinois, et sans états d’âme. Quand il parle, on le croit.

Du coup, la déclaration d’Obama se retourne. Puisqu’il repousse sa décision, il donne le mauvais signal à tous ceux dont il parlait : Assad gagne du temps, redéploie ses forces, se met à l’abri, brandit des menaces de représailles ; les Iraniens comprennent que rien ne s’oppose à leurs ambitions nucléaires, et les États voyous qui financent, abritent, arment les terroristes savent qu’ils ne craignent pas grand-chose. sauvais signal aussi pour ses alliés, à qui Obama dit : « Faites-moi confiance. » Cette confiance est détruite. Le meilleur exemple en est Israël, sentinelle occidentale avancée au Proche-Orient, menacé par le terrorisme environnant et le nucléaire iranien. Son premier ministre, Benyamin Nétanyahou, qui connaît bien Obama, le lui a dit : « La Syrie est le test », sous-entendu le test de votre incohérence. Il a pris depuis longtemps ses précautions. Et c’est à Baïkonour qu’une fusée russe a mis sur orbite un satellite israélien de télécommunications Amos, le week-end dernier. Un hasard de calendrier qui ne manque pas de signification.

Et la France ? Le Royaume-Uni a dit non, l’Union européenne est absente, l’Amérique piétine, la France s’entête. Mais, la Syrie, ce n’est pas le Mali ; seule, il n’y a rien à faire. Le 9 mai dernier, Valéry Giscard d’Estaing expliquait dans nos colonnes pourquoi, au cours d’un exercice d’état-major organisé en 1980, il avait refusé d’autoriser des tirs nucléaires pour faire barrage à une invasion de blindés soviétiques : parce que les États-Unis, eux, n’intervenaient qu’avec des frappes aériennes classiques. Dans ces conditions, nous n’allions pas, nous, Français, aller tous seuls au suicide, en raison de la disproportion des forces. « Cela montrait qu’il fallait que les États-Unis fussent prêts à s’engager. » L’indécision du leader américain immobilise ses alliés. L’ancien président le redisait, cette semaine, à Jean-Pierre Elkabbach : isolée, la France ne pouvait et ne devait pas intervenir. Pour être crédible, encore faudrait-il y mettre les moyens. L’actuel président de la République l’est d’autant moins que ses déclarations s’accompagnent de l’amputation que l’on sait de nos crédits militaires.

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