Obama : Zéro pointé en économie.

Mardi 18 septembre 2012 // Le Monde

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Drapeau de FranceLe peuple des Etat-Unis d’Amérique sont déçu par la gestion du locataire de la Maison-Blanche. Ils n’ont plus foi en Obama, sans pour autant croire en Rommey.

I1 y a quatre ans, Barack Obama, premier Africain-Américain à accéder à la présidence des Etats-Unis, entrait dans l’Histoire. S’il était réélu en novembre, il relèverait un nouveau défi : remporter un second mandat alors que la plupart des Américains disent que leur vie ne s’est pas améliorée depuis son arrivée dans le Bureau ovale.

" Vivez-vous mieux aujourd’hui qu’il y a quatre ans ? " Depuis l’affrontement entre Ronald Reagan et Jimmy Carter, il y a plus de trente ans, cette question est devenue incontournable. Et aujourd’hui la réponse est non. En tout cas pour 56 % des électeurs des douze Etats clés [et 55 % dans l’ensemble du pays], selon le dernier sondage USA Today/Gallup. Même si cette question n’a pas été systématiquement posée au cours des campagnes de réélection de présidents récents, les chiffres actuels sont les plus mauvais depuis la défaite de Jimmy Carter, en 1980.

C’est le médiocre bilan économique du président qui ouvre la voie à une élection sanction, soulignent les analystes de tous bords. Selon le sondage, les électeurs ont perdu une bonne partie de leur confiance en la capacité d’Obama à améliorer la situation économique. Mais ils n’accordent pas pour autant leur confiance à Romney. Pour les rallier à sa cause, le candidat républicain compté sur la Convention nationale du Parti conservateur et sur les débats présidentiels du mois d’octobre.

Un vote Romney sans enthousiasme

"Je suis vraiment partagée, et contente de ne pas avoir à voter aujourd’hui", reconnaît Kerry O’Hearn, 55 ans, de Grandville (Michigan). "Il y a quelque chose chez Romney que je ne suis pas certaine d’apprécier." Elle a voté pour Obama il y a quatre ans mais, si elle devait le noter aujourd’hui sur l’économie, elle lui mettrait un D [une très mauvaise note]. Reste que, pour l’instant, Kerry O’Hearn voterait quand même pour lui. "Je suis prête à donner une autre chance à Obama. Mais est-ce que l’économie irait mieux avec Romney ? Je ne sais pas." Elle va désormais être plus attentive aux spots télévisés qui inondent le Michigan et va aller sur Internet se renseigner sur le candidat républicain, affirme-t-elle.

Greg Miller, 54 ans, de Sugarcreek (Ohio), prévoit, lui, de voter pour Romney, mais sans enthousiasme. Il veut en savoir plus sur les solutions préconisées par l’ex-gouverneur du Massachusetts. "Nous, à la campagne, on a l’impressiond’avoir plein de problèmes qui ne sont jamais évoqués, explique Miller. La pénurie d’emplois est difficile à vivre. J’ai l’impression que nous avons perdu confiance non seulement en notre système politique, mais aussi en notre système financier."

Lors de la table ronde qui s’est tenue la semaine dernière dans le cadre d’une série de rencontres organisées par l’Annenberg Public Policy Center de l’université de Pennsylvanie, les échanges entre douze femmes venues de la banlieue résidentielle de Milwaukee ont clairement reflété les résultats de l’enquête de l’institut de sondage Gallup.

" Il a fait tellement de promesses ! " On leur a demandé d’écrire l’économie actuelle en termes météorologiques, et aucune n’a vu la moindre parcelle de ciel bleu. "Pluie", a répondu la première. "Brouillard", "Tsunami", "Nuages", "Séisme", "Tempête", ont ajouté les autres. Ces femmes, qui ne militent pour aucun des candidats, ont pour la plupart vu leur entourage proche secoué par des turbulences avec des licenciements, une saisie immobilière et la faillite d’une entreprise familiale. Dix des douze participantes avaient voté pour Obama en 2008, mais huit affirment être aujourd’hui indécises, dont deux pencheraient plutôt pour le président.

Elles sont déçues par la présidence d’Obama. "Il a fait tellement de promesses !"regrette Michelle Wienke, 31 ans, mère de trois enfants. Elle a perdu son travail dans une usine Harley-Davidson il y a trois ans et n’a pu trouver que des emplois d’intérimaire depuis. Elle est bien consciente de la situation de crise dont a hérité Obama, mais déplore que rien ne change. Aujourd’hui, elle doute même de la possibilité d’une évolution : "Je ne pense pas que je serai encore en vie quand les choses reviendront à ce qu’elles étaient avant."

Ces femmes admirent le sens des affaires de Romney, mais elles ne le connaissent pas beaucoup et n’apprécient pas vraiment ce qu’elles savent de lui : il serait distant et élitiste - comme un voisin capable d’apporter du homard lors d’un repas à la bonne franquette, plaisante l’une d’elles. Elles s’interrogent : ne cherche-t-il pas à cacher quelque chose en refusant de dévoiler ses déclarations d’impôt au-delà des deux dernières années ?

Pour la majorité des personnes interrogées par Gallup, Obama n’a pas aussi bien géré les difficultés économiques qu’on aurait pu s’y attendre. Parmi ceux qui disent ne pas mieux vivre aujourd’hui qu’il y a quatre ans, six sur dix estiment qu’Obama en est responsable. Et pour les quatre prochaines années ? Les Américains sont optimistes, mais seulement si le candidat qu’ils soutiennent l’emporte. Parmi les partisans d’Obama, 81 % prédisent qu’ils vivront mieux dans quatre ans si le président est réélu et 84 % des partisans de Romney déclarent qu’ils vivront mieux dans quatre ans si ce dernier l’emporte. Toutefois, aucun des deux candidats n’obtient la confiance de la moitié de l’électorat global. Et lorsque les électeurs sont forcés de choisir entre les deux adversaires sur la question "Avec quel président leurs familles ont-elles le plus de chances de mieux vivre en 2016 ?" le résultat ne fait que souligner à quel point l’élection reste serrée : Obama 44 %, Romney 44 %.

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