Obama : Désillusions.

Lundi 29 octobre 2012 // Le Monde

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Onze ans après les attentats du 11 septembre, les USA sont apparemment toujours autant haïe du Sahel à l’Indonésie. Un milliard de musulmans continuent à brûler le drapeau étoilé au moindre mot d’ordre. Modérés comme extrémistes, hommes et femmes, arabes et non-arabes, jaunes, noirs`ou blancs.

Dieu sait pourtant si Obama prénommé Hussein avait fait l’impossible pour dissiper ce qu’il considérait comme un profond malentendu. N’avait-il été à l’école coranique en Indonésie ? Il savait citer quelques versets du Coran dans ses discours. Il s’était donné au Caire le beau rôle en anticipant ce qu’il ne savait pas être encore le printemps arabe mais en ringardisant Moubarak, ce qui n’était pas trop difficile. Retraits d’Irak et d’Afghanistan alternaient avec prudence en Libye et en Syrie. Il laissait les Saoudiens régler en douceur la transition au Yémen, où chacun -l’ambassadeur américain en premier - annonçait un nouvel Afghanistan. Il tirait dans la coulisse les fils du théâtre de marionnettes somalien qui réussit encore le 10 septembre à faire illusion en élisant un nouveau président. Il s’assurait des fins de mois des Palestiniens pour qu’ils se tiennent tranquilles. Bref que demander de plus ? N’était-ce pas un parcours pratiquement sans faute ? 

Enfin, il éliminait Osama Ben Laden là où tous ses prédécesseurs avaient échoué, et, par drones, décapitait les chefs terroristes les uns après les autres, au Pakistan, en Somalie, au Yémen, où que ce soit dans le monde. Le nouveau n°2 d’Al-Qaïda, un certain Abou Yahya al-Libi, venait d’être ainsi assassiné au Yémen. Comme son nom l’indique, l’homme était libyen. On pouvait penser qu’il avait encore quelques amis ou parents sur place. L’ambassadeur américain en Libye y laissa la vie. (Eil pour oeil.
Les deux combats s’emboîtent l’un dans l’autre comme des poupées russes : un combat présenté comme défensif contre les atteintes à l’Islam, le non-respect des croyances musulmanes ; l’autre offensif, le djihad, qui frappe loin en avant sur le territoire ennemi, à New York, à Londres, à Bali, à Moscou, à Nairobi.

Le second combat s’enrichit du premier qui le justifie : résistance à l’oppresseur, la défense de la foi ou du fidèle attaqué est, selon le livre sacré, la seule justification de la guerre sainte. Personne dans le monde musulman n’a pris le deuil de Ben Laden, ni n’a cherché à l’époque à envahir les ambassades américaines à Tunis, à Islamabad ou à Paris. Et pourtant, Ben Laden tombé, les dictatures tombèrent les unes après les autres pour être remplacées par des démocraties musulmanes. De la même façon que l’URSS étant tombée, les partis ou les régimes autoritaires qui tiraient leur justification de l’anticommunisme disparurent avec elle.

Qu’est-ce donc que le Premier ministre israélien reproche à Obama ? De ne pas lui donner son feu vert pour attaquer les installations nucléaires iraniennes ? Pas vraiment, car Israël pourrait y aller seul s’il le décidait. Netanyahu et une majorité de Juifs en Israël et dans la diaspora lui reprochent d’avoir laissé faire l’islamisation du Moyen-Orient et du Maghreb. Washington pouvait-il changer quoi que c,, soit au devenir de l’Egypte ? Rien n’est moins sûr`. Des précautions pouvaient-elles être prises, des garde-fous érigés, des lignes rouges tracées, des garanties exigées ? Cela a partiellement été fait, discrètement. Washington pouvait-il éviter le mauvais coup du Consulat à Benghazi ? Oui. La faute pourrait coûter sa place au président des États-Unis, commandant en chef des forces armées. L’effet risque d’annuler l’avantage acquis par le succès contre Ben La-den exploité à satiété lors de la convention démocrate : enfin, se disait l’Américain moyen, un démocrate qui sait dégainer. Et Hillary Clinton semblait avoir la cote à Jérusalem. Peine perdue.

Les stratèges des deux camps, islamiste et sioniste, savent ce qu’ils font en excitant les passions, quel que soit le motif, contre Obama. Ils ne veulent pas de dialogue, pas d’ouverture à l’autre, pas de négociation ; le jeune ambassadeur américain à Tripoli était de cette race de jeteurs de ponts, de communicateurs, de pacificateurs. Ce sont les premiers à être éliminés.

Yves LA MARCK

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