OGM : Quel danger ?

Lundi 10 décembre 2012 // Santé

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Un truc à savoir : quand, dans un dossier scientifique traité par les médias, apparaît le mot danger, c’est que l’on sort du domaine de la recherche pour entrer dans celui du fantasme.

En effet le danger est un concept qualitatif scientifiquement vide de sens : si est dangereux ce qui réduit l’espérance de vie, alors tout est danger. La recherche pour sa part se fonde sur le concept probabiliste de risque, qui a une valeur statistique mesurable, exprimée par la variance de la mesure, et à partir duquel un choix devient possible.

L’effervescence autour du travail de Gilles-Éric Séralini (1) est un bel exemple du flou qu’apporte le discours autour du danser : On finit par ne plus savoir de quoi l’on parle, et la confusion devient complète au niveau des médias. Alors, que retirer de ce vacarme, une fois les informations mises à plat ? Qu’il est bien difficile de mesurer le risque sanitaire que représentent les OGM ; que ce risque existe peut-être mais sans être vraiment significatif et M. Séralini le montre a contrario par sa difficulté à présenter des résultats expérimentaux convaincants ; que le passage de la recherche à l’expertise n’est pas simple et ouvre la porte à tous les excès et tous les soupçons ; que les agences nationales et internationales, qui font sans doute correctement leur métier, ne peuvent qu’être les cibles des médias du fait de leurs positions raisonnables ; que les groupes de pression pro et anti ajoutent à la confusion par des lectures volontairement biaisées des travaux scientifiques.

Bref, rien que nous ne sachions déjà. Seule avancée sur ce dossier : selon Mme Delphine Batho, ministre de l’Écologie, il faut désormais réfléchir à « des études à long terme, qui portent sur les effets cumulés des OGM et des pesticides qui les accompagnent et revoir la procédure d’évaluation. » (2)

Tout ceci a comme effet secondaire que les risques majeurs des OGM, sur l’environnement et sur l’économie, (3) sont complètement passés sous silence. Or ils sont pour leur part démontrés, mesurables et décrits depuis longtemps. On apprend par exemple au hazard de ce dossier que la filière viande de notre pays est entièrement soumise aux diktats de Monsanto, puisque l’alimentation du bétail est à 80% dépendante des OGM.(4). On voit aussi que ces derniers ne sont pas mis au point comme réponse à la demande alimentaire écologiste de la planète, mais pour vendre plus ( Monsato continuant à fabriquer des OGM compatibles avec son Roundup, au lieu d’en concevoir qui n’aient pas besoin d’engrais ou de pesticide). Mais il en est des OGM comme du nucléaire : les réactions sont subjectives et centrées sue la peur d’un effet sanitaire individuel. Cette peur du danger des OGM fait oublier aussi plusieurs choses.

La première, c’est qu’ils sont certainement moins dangereux du point de vue sanitaire que nombre de comportements et d’habitudes parfaitement assumés : l’automobile, le tabac, l’alcool, la malbouffe, présentent des risques infiniment plus élevés que les OGM alimentaires, et pourtant ils ne sont pas vraiment remis en cause.

La deuxième, c’est que l’on ne peut déjà plus s’en passer : à la question « Pour éviter le risque (supposé) des OGM, êtes-vous prêt à stopper votre consommation de viande ? », la réponse sera certainement non, comme est non la réponse à la question : « Êtes-vous prêt à réduire votre consommation d’énergie pour pouvoir fermer une centrale nucléaire ? »

La troisième enfin, et l’on retombe toujours sur ce facteur clé quand on parle d’écologie, c’est que pour nourrir correctement et écologiquement sept, puis bientôt neuf milliards d’habitants sur notre planète, les OGM sont déjà et seront de plus en plus une des rares solutions viables. Encore faut-il que les gouvernements soient conscients des priorités et des vrais risques qu’ils font courir et soient capables d’imposer des règles écologiquement et économiquement satisfaisantes aux fabricants.

Nous en somme hélas bien loin, et les palinodies autour des travaux et discours de M. Séralini sur un supposé danger sanitaire ne font pas avancer les choses, en focalisant l’attention sur un risque possible mais sans doute peu ou pas supérieur au bruit de fond du risque sanitaire qu’impose au citoyen notre société moderne.

François VILLEMONTEIX

le Nouvel Observateur, septembre 2012 ; Le Monde, 27 octobre ; Libération, 23 octobre...
Le Monde, 22 octobre. La (3) Cité n° 39 ; Royaliste n° 756, 968, 987, etc.
http://www.webagri.fr/conduite-elevage/alimentation/article/20-du-marche-selon-coop-de-france-1172-83340.html

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