Des choses a dire

OCCIDENT Questions de civilisation.

Par STÉPHANE DENIS journaliste, écrivain.

Lundi 22 octobre 2012 // L’Europe

Le mariage des homosexuels est une vieille tartine que le gouvernement a beurrée pendant la présidentielle pour nous la faire avaler dès les premiers frimas. Je ne suis pas persuadé que les Français soient passionnés. Peut-être parce qu’ils estiment que la chose ne presse pas. Qu’elle est anecdotique. Qu’il y a mieux à faire. Et s’ils s’en fichaient ? Tout le monde ne passe pas ses journées sur la question. Mais peut-être aussi un référendum réveillerait-il les consciences. C’est pour cela que le lobby homosexuel réfute le référendum et trouve des porte-voix pour expliquer qu’il est anticonstitutionnel.

On fait pourtant ce qu’on veut de la Constitution, les présidents l’ont prouvé de De Gaulle à Sarkozy. Ce référendum serait peut-être gagné par les adversaires du projet. En tout cas, il y a une possibilité qu’il le soit. C’est pour cela qu’on le refuse, alors que le mariage des homosexuels est une telle révolution humaine qu’un gouvernement n’a pas le droit d’y consentir sans permettre à chacun de se prononcer. Mais je me trompe : il en a le droit, puisqu’il le mettra en avant pour refuser le référendum. C’est le devoir qui va lui manquer.

L’autre commentaire que ce projet m’inspire est que les militants des associations homosexuelles ne veulent pas tellement que les homosexuels soient comme les autres. D’où la nécessité de faire disparaître la famille traditionnelle, obstacle, par ce qu’elle représente d’exemple, de morale et d’éducation, à l’acceptation de la théorie du genre et à l’indifférence des statuts sociaux. Référendum ou pas, la loi sera votée, je n’en doute pas, et ce sera un peu de civilisation qui s’en ira.

A propos de civilisation, les émeutes et les attentats antioccidentaux en Égypte et en Libye étaient tellement prévisibles qu’ils ont été prévus et justifient la méfiance que suscitait le "printemps arabe" Les islamistes au pouvoir sont débordés par plus islamistes qu’eux, c’est l’histoire de toutes les révolutions. Que les mobiles soient religieux ne change rien à ce principe ; l’idéologie de la révolution française était aussi une religion. II n’y a aucune raison pour que cela s’arrête, et comme l’écrivait Samuel Huntington, nous assistons à une guerre de civilisation. Nous y assistons de tellement près que nous avons-nous aussi nos salafistes.

Que la majorité des musulmans en France soient des citoyens lambda ne prouve pas que l’islam est compatible avec la démocratie mais qu’en France, la démocratie est plus forte que l’irrédentisme religieux. Je dirais encore plus forte... Quant aux Américains qui n’étaient pas très chauds pour intervenir en Libye et qui l’ont fait quand même, ils découvrent médusés que leur politique étrangère a toujours les mêmes conséquences : elle se retourne contre eux. Mais en Libye, la responsabilité est d’abord celle des Français et des Britanniques qui ont mis l’anarchie au pouvoir. C’est curieux ; on n’entend guère, et même pas du tout, les hérauts de l’intervention française. En fait, ce n’est pas curieux du tout ; après le démembrement de la Yougoslavie qu’ils ont provoqué, on ne les a plus entendus, bien que le chaos, la mafia et les haines séculaires se fussent partagé les débris de la fédération.

J’ai donc lu le pamphlet de Richard Millet. Ce terrible sentiment de la dépossession qu’il a éprouvé dans une rame de métro en constatant qu’il était le seul Blanc parmi les boubous et les djellabas, je ne doute pas que nous l’ayons tous eu. Et que ce soit un sentiment désespéré car la situation est irréversible.

C’est ce désespoir qui anime son propos sous la pose de l’écrivain et l’enflure du style. La conclusion qu’il en tire d’une décadence placée sous le patronage de Drieu la Rochelle conclut à la mort de la littérature française. C’est possible. Je ne pense pas qu’il y ait beaucoup de gens pour lire, dans les années à venir, la Princesse de Clèves. Mais c’est un président de la République blanc, à la famille occidentale et parfaitement assimilée, qui nous a le premier déconseillé de le faire. Il y a longtemps que les Français ont décroché de la lecture et que les Goncourt ne valent rien. Les deux vont ensemble.

Valeurs actuelles

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